C’est quoi la prévention du sida que l’on nous vante tant actuellement ? C’est juste une philosophie de la vie, consumériste et béatement confiante envers le progrès médical. C’est un choix politique conforme à l’individualisme ambiant. C’est une vue archi pessimiste de la vie en société. Il nous faut tourner le dos à cette orientation !

Imaginez que l’on explique aux fumeurs : ne vous inquiétez pas, nous arrivons de mieux en mieux à soigner le cancer du poumon. Nous comprenons que vous ne parveniez pas à renoncer à ce plaisir formidable qui encrasse votre gorge et vos poumons. Mais grâce aux médicaments élaborés par les laboratoires, nous allons contenir les effets de la fumée…
Et pour les obèses ? Mangez braves gens, gavez-vous de graisses, de sucres, bouffez à vous en faire péter l’estomac. Nous sommes en train de mettre au point un médicament qui évitera l’infarctus et compensera votre alimentation lamentable.
Et les conducteurs d’automobiles ? En voilà des individualistes indécrottables, pourquoi continuer de leur imposer la ceinture de sécurité qui constitue une entrave à la liberté de mouvement et contrarie le confort du conducteur ? On fait des merveilles dans les hôpitaux aujourd’hui pour reconstruire un accidenté.

Pour le sida chez les gays c’est exactement ce type de choix absurde qu’on laisse se propager. La découverte de la fameuse trithérapie a été un tel soulagement qu’elle a relégué au second plan la prévention comportementale. Le nouveau dogme qui fait rage est : « testez-vous, on vous soignera », on ajoute pour ceux qui ne sont pas encore atteint « on est en train de tester la pilule préventive du sida » (essai Ipergay). Que fait-on alors du safer sexe et du préservatif ? Et n'oublions-nous pas les autres IST ? Que deviennent les méfiances vis-à-vis des effets secondaires des médicaments ? Quels seront les effets à long terme de cette sexualité médicalement assistée ?

On parle de plus en plus de l’influence de nos comportements sur notre santé, on nous prescrit sans cesse des conseils pour aller mieux. Très souvent ils nous incitent à nous discipliner et à maîtriser notre soif de plaisirs : éviter d’aller au soleil sans se protéger la peau, manger mieux et moins pour garder la forme, limiter la prise d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs et autres médicaments aux effets secondaires pour se prémunir de certaines maladies du siècle (Cancers, Alzheimer, Parkinson, AVC…)… Pour le sida la méthode serait donc toute autre ? La sur-consommation de médicaments serait préférable à l’adoption des règles du safer sexe ?

L’augmentation des contaminations chez les gays le prouve, nous payons aujourd’hui le relâchement de cette prévention éducative et citoyenne. Il est impératif que toute la communauté gay se remobilise pour la remettre au goût du jour.