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Quand on est gay comment aborder la question du vieillissement ?

En caricaturant : vous savez les gays ne font pas leur âge, ils soignent leur allure, utilisent depuis longtemps des crèmes anti-rides.
En dramatisant : un gay commence à être vieux à 30 ans et n’ose plus se montrer en public après 50.
En niant le problème : on connait tous de vieux cochons, les gays continuent leur vie sexuelle, en plus y’a le viagra.

A la conférence « vieillir LGBT » organisée le week end dernier par le Centre LGBT le constat était moins fou (folle !) : les vieux gays sont simplement un peu plus seuls, ils ne peuvent pas compter sur le traditionnel réseau de solidarité familial, ils portent souvent sur leurs épaules le poids d’une vie passée à dissimuler son homosexualité et ils ont pris en pleine gueule l’épidémie de sida. Alors ils compensent et s’adaptent en cultivant d’autres rapports solidaires, ceux que l’on a avec les amis, qui constituent une autre famille, choisie celle-là ! Même que les vieux célibataires rêvent encore de rencontres et ne désespèrent pas de trouver le partenaire avec qui ils aimeraient partager leurs vieux jours. Enfin ils se cultivent plus que les autres car ils ont le temps !

Actuellement c’est une nouvelle génération de gays qui va parvenir à la retraite, notamment ceux qui ont été les acteurs du mouvement homosexuel des années 70-80. Cette conférence faisait justement le point sur toutes les initiatives en cours. A Los Angeles il existe déjà une maison de retraite à la mode américaine, luxueuse avec piscine et spa, financée par de riches sponsors. Au Québec et aux Pays-Bas des organisations gays cherchent plutôt à intervenir pour que les maisons hetérottes se sensibilisent aux particularités des vieux gays et vieilles lesbiennes. En France on est aux balbutiements de la réflexion sur le sujet. Les associations comme les Gais Retraités, HommeFleur, David et Jonathan, L’Autre Cercle imaginent des formes d’organisation adaptées à nos spécificités : on se met alors à rêver d’immeubles semi-collectifs, de coopératives gérant une maison de retraite intergénérationnelle, d’encadrement amical de plus vieux que soi…

Mais une représentante du syndicat des directeurs des maisons de retraite a jeté un froid sur nos envies de bien vieillir. La réalité est bien moins rigolote, y compris pour nos amis hétéros, puisque 80 % des vieux (plus souvent des vieilles du reste) sont déjà atteints de la maladie d’Alzheimer lorsqu'ils aboutissent dans les établissements spécialisés, ils y entrent contraints et forcés. Le personnel est débordé, les budgets de fonctionnement sont serrés.

Bref gay ou pas, le hic est le moment où l’on bascule dans la grande vieillesse. Car avant cela, la question centrale pour les gays de tous âges reste la même : aménager sa vie pour ne pas être seul et savoir profiter des solidarités communautaires. L’ennemi du marginal est son isolement, sa force est sa famille reconstituée et choisie.