La Boîte à Frissons, installée au Tango en 1997, a toujours affirmé son caractère mixte : le bal est gay et lesbien. Pourtant force est de reconnaître que c’est un lieu avant tout gay, ne serait-ce que parce que ses animateurs sont gays. Pourtant les lesbiennes sont nombreuses à le fréquenter et ne semblent pas s’y sentir trop mal à l’aise. Certes il y a parfois à la porte des couacs, lorsque des filles suspectées d’être hétérottes sont refusées par erreur. Mais notre cohabitation ne se déroule pas si mal.

Et une fois par mois (le troisième dimanche) les lesbiennes investissent le Tango pour leur Thé au Gazon. A chaque fois que j’y fais un tour, j’expérimente une situation que beaucoup de gays devraient connaître de temps en temps : je suis tout à coup ultra minoritaire (Dimanche nous étions 4 hommes dans la salle pour plus de 200 femmes).

Et je ne me sens jamais à l’aise dans mes baskets : j’appréhende, je jette des regards inquiets sur mon entourage, j’évite de fixer trop longuement un visage, je me demande surtout comment peut être interprétée ma présence, et je souris le plus gentiment possible pour faire comprendre que je ne suis ni hostile, ni voyeur. Notez que je n’ai jamais ressenti une seule fille agressive à mon égard lors d’un thé au Gazon, mais c’est plus fort que moi, j’imagine que ma présence puisse passer pour incongrue.

Et cela me ramène à une question omniprésente dans le mouvement homosexuel, celui de la mixité. Pourquoi les gays sont-ils si souvent agressifs face à la revendication des filles de disposer d’espaces non mixtes ? Ainsi aux universités d’été à Marseille cela faisait toujours débat, au Centre LGBT certains, encore aujourd’hui, raillent le Vendredi réservée aux femmes. Les gays oublient leur propre non mixité si courante dans leurs établissements de prédilection.

Au Tango, le thé au Gazon est l’espace lesbien, les garçons y sont tolérés mais très peu se déplacent (quelques pédés à lesbiennes, comme il y a les filles à pédés) et c’est très bien ainsi. La non-mixité, personne ne nous y enferme, c’est la réalité sociale et ses discriminations qui parfois la rendent nécessaire et légitime.