Dans mon livre Génération Trithérapie je défends la thèse que pour re lutter efficacement contre l’épidémie de sida chez les gays il faut sortir du silence et rendre plus visible la séropositivité. C’est pourquoi avec un petit groupe d’amis nous préparons une initiative pour appeler à la mobilisation de la communauté gay.

Du coup samedi soir, croisant le président d’une association sportive j’en profitais pour aborder le sujet avec lui. Je lui exposais notre idée : provoquer durant quelques mois un grand déballage communautaire sur le thème de la prévention, en se posant chacun la question : concrètement, à notre niveau, que faisons-nous, et que pourrions-nous faire de plus pour enfin inverser cette sinistre remontée des contaminations chez les homosexuels ? Et je lui demandais directement :
- Combien avez-vous d’adhérents séropositifs dans votre club ?
Il m’a regardé un peu choqué, incrédule. J’insistais :
- Combien avez-vous d’adhérents ?
- Euh, environ 300.
- Donc vous avez au moins entre 25 et 45 séropos parmi vous. C’est quand même intéressant de le savoir. Aucun n’apparait clairement en tant que tel ? Vous n’abordez jamais la question entre vous ?
- Mais Hervé cela ne nous regarde pas, tu ne veux quand même pas qu’on leur demande leur statut sérologique ?
- Non bien sûr, mais je m’interroge sur cette invisibilité. Est-elle souhaitable, ou pourrions-nous la briser ? Il faudrait au moins leur demander leur avis, qu’est-ce que les séropos préfèrent : rester incognito ou partager leur expérience avec les séronégatifs ?

Et logiquement c’est en parlant de cette invisibilité des séropos que nous avons commencé à discuter de prévention et de la possibilité de l’introduire dans l’activité du club.

Voilà une illustration du débat qui serait souhaitable de lancer dans le monde des associations LGBT : comment chaque association, notamment celles qui aujourd’hui regroupent le plus de monde (sportives et de convivialité), peuvent-elles intégrer dans leur activité la question de la lutte contre le sida et les IST ?