Mercredi dernier, 4 mai, je me suis rendu à la Cité des Sciences pour assister à une rencontre organisée par le CRIPS sur le thème : vivre en France avec le VIH en 2011 : quels changements ? Quels enjeux ?

En arrivant, on m’a remis le descriptif de la rencontre et plus surprenant, la liste complète des inscrits. Et c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à retrouver mes réflexes de pédé vipère !

J’ai perdu de vue depuis longtemps le petit monde de la lutte contre le Sida, les seuls que je fréquente régulièrement sont les jeunes séropotes, qui sont un peu à part (un groupe d’auto-support, autonome, non subventionné et jusqu’à présent épargné par la médiatisation). Aussi ai-je été très surpris de constater que l’immense majorité des participants à cette discussion était des professionnels : médecins, psychologues, infirmières, chercheurs, journalistes, salariés des associations, travailleurs sociaux, militants permanents. Il y avait aussi quelques « bénévoles », mais pas de public lambda, vous voyez ce que je veux dire, des gens qui seraient venus là simplement parce qu’ils sont concernés par le vécu des malades séropositifs.

Cette composition de l’assemblée m’a choqué. Du coup j’ai un peu observé comment cela se déroulait : qui prenait la parole, pour dire quoi…

Ainsi certains précisaient qu’ils étaient séropos, mais personne n’a dit qu’il était séronégatif. N’est-ce pas curieux ? Autant dans cette assemblée, afficher sa séropositivité semblait donner du poids à ses propos, autant il n’était pas nécessaire de dire que l’on était séronégatif. De la même manière le statut homosexuel des personnes qui intervenaient n’était pas mis en avant : probablement parce que ce petit monde a ses habitudes et se connaît déjà, il va de soit que les homos sont omniprésents dans cette histoire du Sida, mais depuis le début il est préférable de ne pas trop insister là-dessus !

J’ai retrouvé dans la discussion la tendance des associations à vouloir à tout prix intervenir, même sans avoir rien de nouveau à dire. Du reste comme dans leurs journaux-magazines : chaque institution de la lutte contre le Sida est dans l’obligation de produire son propre journal, sans cela existerait-elle de la même manière ? Parcourez Remaides, Transversal, le journal du Sida, Protocoles, Action… Inutile de dire qu’ils se répètent, avec à peu près tous les mêmes travers : tendance à l’auto-promotion, dérive people et emploi du même jargon.

Je me suis amusé de ce vocabulaire des professionnels. Savez-vous qui sont les PvVIH ? « Les personnes vivant avec le VIH » ! Ou encore les HSH ? (Ou MSM en anglais !) « Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ». Pour moi ces expressions résument tous les travers de la bureaucratisation et traduisent la dérive actuelle de la lutte contre le Sida. A force de la confier à des spécialistes salariés, non seulement on la déshumanise, mais surtout elle perd son efficacité.

En disant cela j’ai bien conscience que la critique est facile, voire cruelle pour tous ces professionnels qui sont souvent très impliqués et plutôt de bonne volonté. Loin de vouloir les blâmer, j’ai plutôt envie de dire aux gays qu’il est temps qu’ils se réveillent, qu’ils prennent conscience qu’il ne suffit pas de voter, contrairement à ce que clame le mot d’ordre de la prochaine gay pride, mais bel et bien de se mobiliser à nouveau.

Aujourd’hui on déconne : on baise sans capote, on se contamine, on se co-infecte avec l'hépatite et les IST, on se planque, on se met entre les mains des médecins, on se décharge sur les professionnels et au bout du compte on déprime. Il faudrait reprendre le slogan de la belle époque d’Act-Up : action = vie.