- Madame Hervé êtes vous inconsciente, d’organiser un bal des folles, alors que règne dans la communauté gay une incontestable follophobie ?

- Je n’ai pas réfléchi, j’écoute mon intuition. Le monde gay est traversé par un courant très morose. Nous nous sommes fourvoyés dans un modèle très homo-normé, assez ringard, qui se résume dans le slogan novateur aux débuts des années 80 : « le droit à l’indifférence » (Jean Louis Bory par exemple). Il nous faudrait rentrer dans le rang, passer inaperçus, adopter les normes de la société hétéro, nous marier, avoir des enfants, mettre en prison tous les vilains homophobes, laisser tous les gentils hétéros venir nous imposer leur mauvais goût dans nos soirées, et peut être manifester en costume cravate à la gay pride.

- Et donc, c’est la folle qui peut nous sortir de cette atmosphère déprimante ?

- Elle l’a toujours fait, à toutes les époques. Et ceux qui affirment « folles s’abstenir » ignorent que ce sont elles qui mettent l’ambiance, surprennent, lancent les modes, pratiquent l’humour, décontractent, provoquent, et au bout du compte, font avancer les mentalités. Le bal des folles, quelques jours après le mardi-gras c’est, comme dirait Yvette Leglaire, un hommage !

- Et vous attendez quoi ce jour là ?

- Nous avons une seule consigne : lâchez-vous ! Franchement ces derniers temps la majorité du public gay me déçoit. J’en perds mes repères et mes valeurs, rares sont ceux qui font un effort pour se looker, ne serait-ce que s’habiller un peu pour sortir ! Certains hétéros font plus gay que les gays ! Heureusement, il y a une jeune génération qui arrive et semble plus fantaisiste et à l’aise. Je vois quelques jeunes qui adorent porter des talons, et on a toujours les fashion-victimes-sympas que j’adore (j’aime moins le vrai milieu de la mode, prétentieux et mal élevé). Côté lesbiennes, les Lipsticks outrancières, peu nombreuses, sont tellement fun ! Voilà l’idée de ce bal : pour une fois, pour un soir, laissez surgir la folle qui sommeille en vous.

- Et vous attribuerez des prix ?

- Oui comme à Cannes on décernera des récompenses, mais il n’y aura pas pour autant de carré VIP au Tango, ce n’est pas le genre de la maison, nous restons une boîte populaire ! Du reste on improvisera selon les looks des uns et des autres. Mais j’avoue que je serais tellement heureuse de pouvoir attribuer un prix à toutes les composantes de la follitude gay : nounours, cuir, latex, travelo, butch, trash, dragg, BCBG (pas trop ceux là, ils sont trop souvent sarkozystes !), ultra modasse, militante, intello-défroquée, avenante et même chaudasse !

- Quelques conseils pour aider le public à se préparer ?

- Ne vous compliquez pas la vie, le bal des folles c’est l’inverse d’un bal costumé, pas de concept à imaginer, juste se laisser un peu aller : un foulard autour du cou, un pantalon coloré que vous n’avez jamais osé mettre, un tee-shirt si sexy qu’il en est provocant, tous les bijoux qui traînent dans votre tiroir, voire, vous maquiller les yeux ou la bouche, sculpter au gel vos cheveux, garder avec vous un sac à main si pratique… Voyez, il n’y a pas que le strass, les brillants et les paillettes qui apportent de la folie.

- Et Madame Hervé ce soir là ?

- Madame Hervé ne sera pas là, elle sera remplacée par Hervé Lafolle lequel a un vrai trac : le voilà obligé de laisser vivre la folle qui est en lui. Qui sait, peut être est-ce une nouvelle phase de la vie de Taulière qui va débuter ce soir là ?

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