Aujourd’hui tout le monde sait que pour faire l’amour, il faut mettre une capote. Et pourtant chaque semaine, j’apprends la nouvelle séropositivité d’une personne de mon entourage (vaste, je vous l’accorde, avec le monde que je vois passer au Tango). Cette semaine, un petit jeune, pas même vingt ans, qui me glisse à l’oreille la confidence. La semaine dernière, indirectement, j’apprends qu’un vieux copain de mon âge, qui y avait échappé jusque là, vient de le chopper, sur le tard. Il y a deux semaines, c’est un autre ami, qui après un an de dissimulation, finit par me le dire, parce que j’ai enfin osé lui demander en face. Et ainsi de suite, je pourrai continuer la liste… Pourtant on n’en parle pas, ou si peu. Tout ce monde séropo reste tapi dans l’ombre.

Alors je me suis réjoui cette semaine de la publication sur "têtu.com" d’un spot publicitaire, qui aborde la fameuse question de le dire ou pas ! La vidéo est romantique, elle m’a arraché une larme : un beau gosse se réveille, seul dans un lit encore vaporeux des effluves de l’amour, il trouve sur son oreiller des post-its qui lui disent des mots doux et vont l’entraîner dans un jeu de piste charmant, pour lui apprendre que son partenaire, sans doute parti de bonne heure à son travail, est séropositif. Donc je trouve ce film sympa.

Mais patatras, mon « jspote » (oui un ami membre de l’association des Jeunes Séropositifs, avec qui je réfléchis beaucoup sur cette question en ce moment, en vue de la publication d’un livre sur le sujet) n’aime pas le scénario : « D’abord, le séropo on ne le voit pas, et c’est vraiment pas réaliste, cette façon mièvre de traiter le sujet. Cette pub qui tente de nous faire croire que les gens sont suffisamment informés pour sourire gentiment a l'annonce d'une séropositivité.... J'ai du mal à y croire... ». Lui préfère un autre spot de prévention, qui montre deux mecs hyper sexys qui rentrent dans un appartement, s’embrassent à pleine bouche, se collent l’un contre l’autre, s’arrachent les vêtements : une fois parvenus presque nus sur le lit, l’un des deux glisse un mot à l’oreille de l’autre, lequel se relève, empoigne son compagnon et le projette dans un placard dont il referme la porte avec violence. Le slogan annonce : « exclure un séropositif, c’est être sérophobe ».

Donc deux manières de dire la même chose : pourquoi et comment le dire ? Et mon jspote de conclure : « tu vois, à mon avis le premier spot a été filmé par un séroneg, et le second par un séropo ».

Quelque soit la manière, idéalisée façon roman photo de midinette, ou manière forte d’un écorché vif qui en a ras le bol de s’en prendre plein la gueule, n’est-il pas tout simplement temps de commencer à en parler ?

Pour conclure, l'affiche de l'association belge Ex-aequo, sur laquelle, mon pote et moi, sommes parfaitement d'accord : superbe, ils ont tout compris !

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