C'est quoi cette histoire ? Les organisateurs de ce genre de groupe pensent-ils que le problème du séropo c'est d'être obligé de baiser avec capote ? Moi je ne le pense pas. J'en ai discuté avec les jeunes séropotes*, et ils m'ont expliqué, comment et pourquoi certains d'entre eux, à un moment de leur histoire de séropo, ont effectivement été poussés vers le bareback. C'était pas pour « Concilier moindre risque et maxi plaisir » comme le dit ce groupe « Nokapote », mais c'était parce qu'ils se sentaient isolés ou rejetés parce que séropos. Un autre copain séropo, plus âgé lui, m'a aussi expliqué pourquoi il s'est mis à fréquenter le site Bareback Zone : parce qu'il en avait marre de se faire jeter par ses amants, marre de devoir se planquer pour prendre ses médocs, marre de ne pas pouvoir s'afficher séropo, marre qu'on lui fasse la morale sans arrêt.

Ce qui me gêne donc dans ce groupe NOKAPOTE, ce n'est pas d'aborder tranquillement le thème du bareback, c'est la confusion totale du discours préventif sous jacent à cette démarche. Je reconnais derrière cette initiative l'inspiration de la méthode de limitation des risques expérimentée avec les usagers de drogue, mais je doute que l'on puisse la transposer telle quelle au bareback : il existait pour les drogués des moyens alternatifs pour empêcher la contamination (échange de seringues, produits de substitution), mais quelle est aujourd'hui l'alternative à la capote ?

L'autre versant de la prévention, c'est d'écouter nos potes séropos, d'entendre leurs conversations sur leurs angoisses, les médocs, les effets secondaires, la hantise de choper un rhume qui pourrait dégénérer, le verdict des analyses de sang à se farcir périodiquement, la dissimulation en famille, au boulot et même avec des amis…

Alors je ne sais pas qui a eu cette idée d'un « atelier de santé et sexualité barebackers », les intentions sont sans doute bonnes, et je suis pour « l'auto support »*, mais gare aux effets secondaires : assimilation séropo-barebacker, incompréhension accrue des comportements à risque et à terme pénalisation, sans oublier les discriminations et au bout du compte, le plus regrettable : toujours plus de contaminations, re-contaminations, développement des autres IST, etc.

En attendant, je me dis qu'une sérieuse étude de la phobie de la capote s'impose ! Même les campagnes de prévention officielles cherchent à nous dire que la capote c'est horrible (Voir mon avis sur ce blog 8 août 2008). Que font nos grands stratèges en communication ? Est-il si difficile de remettre à la mode cette bonne vieille capote en latex ?

- * L'auto support, c'est ce que pratique, fort bien, l'association des Jeunes Séropotes : en accueillant les jeunes séropos, en leur offrant un cadre confidentiel, elle facilite l'acceptation et la compréhension de son statut de séropo. Beaucoup de jeunes séropotes, après avoir participé aux discussions au sein de l'association, ont pris leurs distances avec la tentation bareback. Site des Jeunes Séropotes

- Les ateliers de santé barebackers. Information sur le site de Aides : SERONET