Le caractère ambigu de cette réunion, qui voulait mêler des débats sérieux et des moments plus détendus (danse hip hop, film, musique rom et petits fours), façon mi colloque, mi raout, est sans doute révélateur du désarroi actuel de la lutte contre le sida. J’en suis ressorti assez mal à l’aise. Sur plusieurs points je me suis demandé si on ne se moquait pas un peu de nous.

La politique pour commencer.
Que le maire socialiste du 11ème arrondissement nous accueille, soit. Mais qu’ensuite les deux seuls hommes politiques à qui l’on donne la parole soient à nouveau des socialistes, je trouve cela un peu fort. Pas un représentant de l’UMP, ni du Centre, ni des Verts, ni d’ailleurs ? Ou bien on n’invite pas les politiques, parce qu’on juge qu’ils n’ont rien à dire sur la question (ce qui entre nous a été un peu le cas des intervenants socialistes), soit on respecte un minimum le pluralisme. Car entre nous, puisque l’on avait invité les médecins et militants associatifs historiques on aurait pu inviter Madame Barzach, ministre RPR de Jacques Chirac en 1986, et pionnière de la lutte contre le sida. Si les organisateurs de ce colloque croient aux lendemains qui chantent avec François Hollande, c’est leur droit, mais dans ce cas qu’ils ajoutent clairement le logo du PS sur l’affiche !

Le nouveau discours médical
Que se passe-t-il dans le monde de la lutte contre le sida ? Figurez-vous que l’on a retrouvé l’optimisme ! Pas seulement parce qu’avec François Hollande tout va changer (je plaisante !), mais parce que l’on a trouvé le nouvel outil magique de lutte contre le VIH : le traitement comme prévention bien sûr ! C’est cela le discours médical qui a le mérite d’être simple, technique, scientifique, sérieux. Ils n’ont plus que ce truc là à la bouche. Certes on précise, la prévention doit être diversifiée (sous-entendu, ben oui y’a encore ces trucs en latex que plus personne ne veut mettre), mais toute la communication se centre sur le duo tests-traitements, nec plus ultra du moment. Le summum de la soirée, fut donc l’exposé d’une femme médecin, intitulé « Guérir le sida ? », illustré par un diaporama power-point surréaliste : des courbes, des points, des mots anglais, les diapositives allaient et venaient dans le mauvais sens, on n’y comprenait rien, sauf qu’elle était contente et confiante, l’éradication est en vue !

Retour aux réalités et gueule de bois
Juste après, un autre Monsieur est venu parler. Lui n’avait pas besoin de power-point. En quelques phrases il a plombé l’ambiance : l’avenir du monde ne se construit pas uniquement dans les éprouvettes de nos savants. Il y a l’économie, le social, les droits de l’homme, les discriminations. Pour faire écho à ce rappel de la complexité de la vie en société, une juriste a montré comment on ne pourra jamais soigner les étrangers si on ne leur donne pas des droits, et un militant d’Act-Up ancien taulard a raconté qu’en prison mieux valait ne pas être séropositif ou malade !

Mais il était l’heure de passer à la suite de la soirée, le cocktail dinatoire. Et je suis parti…

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