Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 21 août 2015

Kevin, 27 ans Quand le traitement est une galère

J'ai réalisé cet entretien avec Kevin en octobre 2010. Il figure parmi les témoignages rassemblés dans mon livre Génération Trithérapie paru en février 2012 (seul interview non anonyme). Aujourd'hui certains jeunes vont comprendre ce que ma génération a vécu. J'espère simplement que beaucoup vont se décider à se bouger et suivre son exemple : parler, témoigner, sortir du placard. Le sida banalisé est une fiction.

Kevin est un cas particulier. Il a ouvert un blog sur un site gay, son intention était d’effectuer un coming out de séropo et de raconter sa vie à sa façon. Au départ je voulais simplement l’interroger sur la manière dont il vivait ce statut de jeune séropositif « public ». Pourquoi avait-il osé s’exposer ? Et quelles en avaient été les conséquences ?

En fait je me suis rendu compte que c’est toute son histoire qui explique sa volonté de sortir du placard. Il a été victime d’une violente sérophobie dans son milieu professionnel, qui l’a obligé à changer de métier. À partir de là, pour lui la visibilité s’est imposée. Son témoignage n’en est que plus courageux et émouvant, car il ne nous dissimule ni ses doutes, ni ses errements, ni la galère de son traitement.

Sais-tu de quelle manière tu as été contaminé ?

La réponse est simple : oui, je sais qui, quand, comment. C’était il y a cinq ans. Une soirée assez banale pour l’époque – ce n’est plus le cas maintenant –, je fréquentais assidûment les sex-clubs, notamment un en particulier : le QG. Un samedi lambda, j’ai enchaîné les bouteilles de bière, j’étais un peu alcoolisé et excité, je croise le regard d’un garçon, et je suis littéralement subjugué. On a commencé à s’exciter dans une cabine et on s’est très vite rendu compte qu’on avait envie de continuer mais que ce n’était plus l’endroit approprié. Il me propose donc d’aller chez lui. (Je m’en souviens comme si c’était hier. Je me souviens de ce moment dans le taxi. Ce moment où tu sais ce qui va se passer, et tu te dis : « Mon Dieu, ça va être merveilleux. ») On arrive chez lui, on a continué à boire. J’ai toujours aimé boire modérément. J’ai été élevé comme ça, que ce soit pour l’alcool ou pour le reste. C’était donc exceptionnel que ce soir-là j’aille si loin dans la consommation d’alcool. Je n’allais pas très bien non plus : j’avais vingt-deux ans, j’étais paumé sur plein de trucs. J’avais des questionnements sur un tas d’autres choses, c’était un peu le bordel dans ma tête. C’est une explication parmi d’autres. Je ne considère pas que c’est parce que j’étais mal dans ma tête et dans ma peau que forcément j’ai pris un risque. Nous avons fait l’amour à plusieurs reprises, merveilleusement bien. Cela aussi a été une difficulté à l’annonce de ma contamination : j’avais à lier un moment agréable à des conséquences négatives. Et surtout, je m’en souviens très bien : mon Dieu que de merveilleux orgasmes… non protégés ! C’était la première fois de ma vie que je baisais sans capote. C’est assez bizarre, car au moment où le garçon a pris sa douche, je suis tombé sur des boîtes de médicaments. Il y a une partie de mon cerveau qui a fait « tilt », et l’autre partie qui s’est endormie, et c’est resté comme ça. J’avais conscience de quelque chose mais je n’avais pas envie de le voir. Je me suis véritablement voilé la face. Lui non plus n’a rien dit, juste : « Merci, au revoir. » C’était un plan cul qui n’a duré qu’un soir. Pareil, tu te rends compte que c’est merveilleux un soir et que ça ne le sera pas forcément si c’est répété. Et tout ça, je l’ai laissé couver pendant deux ans.



Concrètement : tu as ce rapport d’une nuit avec ce mec, après tu rencontres d’autres gens…

Après ce rapport d’un soir, je rencontre d’autres gens, avec qui je me protège. Et deux ans après, je rencontre un garçon avec qui je m’installe, je passe le concours de la police nationale, je fais mon école. Tout se passe très bien. Un jour en service, j’ai un accident : je m’étais pris une bouteille en verre sur la gueule. Deux jours après, ça n’allait toujours pas et je vais voir mon médecin. C’est un médecin un peu militant, qui fait les choses bien quand elle a un patient. Elle m’examine un peu partout et détecte des ganglions. Là, panique. Pas à cause du VIH mais parce qu’il y a eu des cas de cancer des ganglions dans ma famille. Le médecin prescrit une batterie d’examens lambda, notamment le VIH. Une semaine après, je l’appelle et elle me dit : « Venez me voir. » Elle m’annonce que je suis séropositif. J’ai tilté tout de suite. Tout de suite.

Ce médecin, une fois qu’il te prend en charge, va donc te dire à quand ça remonte ?

En l’occurrence, ce médecin traitant, non. Ils m’ont fait un génotype, et avec, ils arrivent à remonter un historique, avec des limites, mais ça collait, ça correspondait à ce rapport que j’avais eu deux ans plus tôt. J’étais policier et – non pas que ma fonction me le permettait –j’ai eu d’instinct le reflexe de faire des recherches, et effectivement, en regroupant certaines informations, j’ai réussi à savoir que le garçon avec qui j’avais couché deux ans plus tôt était séropositif.

Tu te retrouves donc contaminé à l’occasion d’un rapport non protégé assez unique, et alors que tu avais été parfaitement informé…

Oui. Déjà à neuf ans, ma mère me dépliait un préservatif devant moi pour me dire ce que c’était et surtout à quoi ça servait. Ce qui a été d’autant plus difficile, notamment pour ma mère, et sans doute une culpabilisation pour moi, puisqu’en gros, on pouvait dire que j’étais averti. Il y avait une deuxième culpabilisation de la part de ma mère qui se demandait : « Où est-ce que j’ai loupé pour que mon fils devienne séropositif ? »

Comment as-tu vécu cette annonce et comment as-tu réagi ?

Quand je suis sorti de chez le médecin, je me suis assis sur le banc d’en face, et j’ai pleuré. J’ai appelé une amie. Après, je suis rentré à la maison. Je vivais en couple. Il a fallu l’annoncer à mon partenaire. Et il y avait une autre difficulté. Cela faisait un an qu’on était ensemble et une semaine avant que j’aie cet accident, nous avions eu un rapport sexuel non protégé. La totale. Une fois à la maison, j’attends mon mari et je le lui annonce. Et là, cela a été un peu tendu. Il a tellement bien réagi qu’il m’a quitté un mois après. Mais pas seulement à cause de cela, c’était un concours de circonstances. Je suis même convaincu que cela n’avait rien à voir. Mais effectivement, c’était difficile car il fallait que je gère tout en même temps : notre séparation, mon état de santé, et m’assurer que lui n’avait pas été contaminé. Cela faisait beaucoup, mais on y est arrivé. Au final, mon état de santé n’était pas l’aspect le plus problématique. Notre séparation a été difficile mais lui n’a pas été contaminé. Ouf ! Parce que vivre avec cette culpabilité-là aurait été vraiment trop horrible.

Mais en même temps, du fait d’avoir été ensemble un certain temps, vous aviez parlé de baiser sans capote ?

Ce n’était pas délibéré. Sur le moment, il n’y a pas eu de discussion. On a toujours eu des rapports sexuels protégés et il y a eu ce moment-là où on n’en avait pas envie. Ce n’était pas un acte réfléchi. Mais je trouve que l’acte sexuel en soi n’est pas forcément un acte réfléchi (rires).

Tu te retrouves alors porteur du virus et à nouveau célibataire. Comment gères-tu ta nouvelle vie sexuelle ?

À ce moment-là ma sexualité était un peu… moyenne. Mais je ne sais pas si c’était uniquement dû à ma séropositivité ou à ma séparation. J’ai quand même eu des gros moments d’interrogations où je me suis dit « merde, comment est-ce que ça va se passer ? ». Il y a d’abord le stress, et quand t’es stressé, t’es moins apte à avoir un rapport sexuel. Ensuite, les questions du type : quand je rencontre quelqu’un, est-ce que je dois le dire ou pas ? Mais il n’y a pas de règles. Des fois, tu le fais, des fois tu ne le fais pas.

Concrètement, as-tu été hypersexuel ou moins sexuel ?

Je n’étais pas hypersexuel. Je ne me suis pas dit : « Ah mon Dieu, je suis séropositif, je ne vais plus avoir de sexualité ! » Je ne suis pas allé jusque-là. Mais je me suis plutôt posé des questions sur « comment » serait ma sexualité. Là oui, tu t’interroges, tu te demandes si elle sera pareille. Et non, elle n’est pas pareille. Il y a forcément quelque chose qui change. Il y a un élément particulier qui change et ça fait effet domino. Tu reconstruis autre chose.

À partir de ce moment-là, à qui l’as-tu dit, et dans quelles circonstances ?

La question s’est posée très rapidement. Il y avait trois grands groupes : le boulot, la famille, les amis. Les amis ont été là, très présents. Pour ce qui est de la famille… Étant donné que je vis dans une famille de pieds-noirs, ce n’est pas bien compliqué : à partir du moment où tu disais à un, tout le monde le savait. Au moins cela facilite la chose. Mais il y a deux personnes dans ma famille qui sont importantes pour moi : ma mère et ma grand-mère. Toutes les deux savaient que j’avais passé des examens médicaux, et elles étaient focalisées sur le cancer des ganglions. Étonnamment, je ne l’ai pas dit à ma mère tout de suite, je l’ai d’abord dit à ma grand-mère, une femme pragmatique. J’ai évidemment senti un trémolo dans la voix, et à la fin elle a dit : « Mon Dieu, comment ça va se passer avec ta mère ! » (Rires) Et pour le coup, ça n’a pas loupé. Je trouvais tout type de subterfuges pour ne pas le lui dire : ne pas répondre au téléphone… J’ai encore attendu une semaine. Je me souviens très bien, c’était devant le cinéma MK2 Beaubourg. Elle m’appelle et me dit, excédée : « Non, ce n’est pas possible, il y a un truc. Ce n’est pas possible que ça dure aussi longtemps tous ces examens ! » Ma mère m’a sorti tout le Vidal. Le VIH est arrivé tout à la fin. Lorsqu’elle posait des questions, je disais oui ou non. Quand elle a demandé : « C’est le sida ? », j’ai dit : « Oui… » Mon Dieu ! C’est là que j’ai su que ma mère avait quatre octaves dans la voix. Tout s’est passé au téléphone. Ça a été dur, à la fois pour elle et pour moi. J’ai vraiment entendu la souffrance que j’étais en train de lui infliger, pas volontairement, mais même encore maintenant, c’est douloureux pour elle, même si ça va mieux. Elle est même militante. Mais elle le dit elle-même : c’est une cicatrice qui ne se fermera jamais.

Les amis, la famille… Il reste le boulot ?

C’est l’effet boule de neige sur l’aspect médical. Une fois qu’on t’annonce ta séropositivité, on te dit : « Vous pouvez être orienté vers un hôpital. » Mon médecin traitant a été très honnête et m’a dit : « Je suis désolée, mais moi sur les questions de VIH, je ne m’y connais pas suffisamment pour vous suivre. » Et à la vue de mes résultats sanguins, on m’a mis immédiatement sous trithérapie. C’était Truvada + Norvir. Norvir, mon Dieu, quelle horreur ! La première fois que j’ai pris ce médicament, j’ai failli m’étouffer, il est resté bloqué. Mon médecin traitant m’avait prévenu qu’il y avait des effets secondaires indésirables, notamment sur le plan digestif. Étant donné que j’étais affecté en police secours, passer trois heures de patrouille en voiture si tu n’as pas de toilettes à côté, c’est juste un peu compliqué. Et je me suis demandé ce que j’allais faire. J’ai eu un entretien avec une supérieure hiérarchique. Je lui ai annoncé que j’étais séropositif et elle m’a orienté vers le médecin chef de la préfecture de police dans le but d’obtenir une dérogation pour ne pas être sur la voie publique pendant un certain temps. Et là, on m’a annoncé qu’on me retirait de la voie publique immédiatement et définitivement. Et on m’a fait comprendre que ma carrière dans la police…

Tu en étais où dans ton parcours professionnel ?

J’étais adjoint de sécurité, ceux qui ont les épaulettes bleues. J’étais destiné au bout de deux ans à passer le concours interne de gardien de la paix. Le médecin-chef m’a dit : « Le concours interne, pas la peine de l’imaginer, je m’y opposerai. Car toute personne étant atteinte de pathologie pouvant entraîner l’incapacité au travail ne peut pas passer les concours internes de la police. » C’est des histoires de gros sous : ils ne veulent tout simplement pas payer un futur malade. Il a fallu que je gère aussi cette « modification professionnelle ». Très vite, on m’a retiré de la voie publique. Le commissaire ne savait pas où me mettre, et pour le coup, il m’a trouvé un autre poste dans un autre commissariat, dans un bureau.

Tes collègues, comment l’ont-ils pris ?

Là-bas, tout le monde le savait et s’en foutait. Ils disaient même que c’était honteux. Ma séropositivité ne posait aucun problème à personne, ni à mes collègues, ni à ma hiérarchie directe. C’est la hiérarchie extérieure, celle qui n’était pas dans le commissariat, que cela gênait. Lorsque j’ai demandé au médecin-chef de la préfecture de police pourquoi, il m’a répondu, laconique : « Parce que vous êtes dangereux. » Cela faisait un peu plus d’une semaine que je savais que j’étais séropositif et je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire : « Vous savez, pour venir vous voir j’ai pris un métro. Une personne qui n’a pas la tête sur les épaules en repartant passe sous le métro. » Et je sais qu’il sévit encore sur d’autres pathologies.

Finalement, tu n’as pas eu de difficultés majeures à le dire ?

Si j’avais fermé ma gueule au boulot, il n’y aurait pas eu de soucis. C’était une possibilité. Si j’avais pu imaginer ces conséquences, je pense que je n’aurais rien dit. En même temps, j’avais une contrainte. Si c’était pour me mettre à chier dans la bagnole ! Cela aurait pu être encore plus catastrophique. Et puis au moins c’est dit. Je pense que le non-dit peut être pire. Parce qu’un commissariat, c’est comme dans n’importe quel boulot. Il y a des vestiaires, il y a des ragots. Il y a des choses qui se disent. Je ne voulais pas rentrer dans ce jeu-là. Tout le monde savait que j’étais homo. Dès l’école de police je l’avais dit, et ça ne posait aucun problème. Ce n’était pas une faiblesse, donc personne ne venait me chercher des noises. Il y a des gens très bien dans la police, même s’ils ne sont pas tous de gros humanistes. Je n’ai pas été élevé dans la culture du non-dit et de la dissimulation.

Dans la vie privée, avec les amants, dans quel contexte le dis-tu ou pas ? As-tu été victime de rejet à ce niveau-là ?

Oui, les garçons partent en courant. Je me souviens d’un garçon, très beau, je lui avais fait la cour pendant des mois et des mois. Un vrai lover ! Il savait l’attirance que j’avais pour lui. Un soir, je le retrouve en discothèque et il se jette dans mes bras, un vrai bonheur. On se roule des galoches et à un moment donné, je lui dis que je suis séropositif. J’ai tout de suite vu que c’était terminé alors qu’on avait passé la soirée à s’embrasser. J’ai subi des échecs affectifs principalement à cause du VIH. J’avais même réussi à retrouver un garçon dont j’étais amoureux au collège grâce à Facebook. Il est venu dîner à la maison. Et quand je lui ai dit que j’étais séropositif, il a juste fait une crise de tétanie. Ça fait drôle. Il y en a eu d’autres comme ça. Et d’autres non. Pendant un petit bout de temps, j’ai été indulgent et compréhensif. Et puis un jour, je me suis souvenu que j’avais été séronégatif, et donc dans la situation inverse. J’avais rencontré un mec, Florent, et dans le lit, il me dit : « Il faut que je te dise, je suis séropositif. » Et je lui ai répondu : « Ouais, et alors ? » En me rappelant ma réaction, je n’ai plus trouvé d’excuses aux garçons qui me jetaient. Je suis large d’esprit, mais c’est maintenant une des seules choses sur laquelle je bute : je n’arrive plus à trouver d’explications à leur rejet. Parce que justement il y a la capote qui est là, pour ne pas avoir à se poser de questions.

Peux-tu me parler de ton traitement médical ?

Pour moi, c’est vraiment galère. J’ai été mis sous Norvir en août. Ça s’est très mal passé et j’ai arrêté. J’ai dit au médecin : « Stop, ce n’est pas le moment. » Et elle me dit : « OK, vos résultats vous le permettent. On en reparle à la fin de l’année. » Fin décembre, le rendez-vous approche et je n’avais pas oublié. Je me disais qu’elle allait m’en reparler, et ça n’a pas loupé. Elle me dit : « Là, il faut » et elle me met sous Truvada + Kaletra. L’horreur. L’horreur totale. Ça a duré trois semaines. Au bout de ces trois semaines, ma mère débarque à la maison. Elle me dit : « Ouh, la, la, j’appelle un taxi. On va à l’hôpital tout de suite. » J’étais creusé, j’avais perdu sept kilos. J’allais trente fois par jour aux toilettes. On arrive et je dis au médecin : « Vous savez, je remercie mon bailleur d’avoir mis un lavabo à côté des WC. » On change de traitement, et je me retrouve sous Truvada + Sustiva. Donc là, tu as droit à la drogue gratos. Tu planes à dix mille mètres, c’est horrible. Mon médecin me dit : « Les effets secondaires se manifestent au niveau du système nerveux. Vous risquez de faire des rêves et des cauchemars un peu bizarres. » Elle ne s’est pas foutue de ma gueule ! Ça a été invivable. Je ne savais plus si mes rêves étaient de l’ordre de l’irréel ou du souvenir. Parfois, j’arrivais au travail et je parlais de quelque chose dont j’avais rêvé, comme si ça s’était vraiment passé. J’avais l’impression d’être tout le temps beurré. J’ai failli me faire écraser parce que je n’arrivais pas à évaluer la distance avec les voitures. J’ai persisté, mais j’ai commencé à faire une dépression. Et j’ai eu l’excuse d’une semaine de vacances en Corse pour tout arrêter. Je voulais être tranquille. Et quand je suis revenu, je n’ai pas repris. Pour le coup, j’ai fait une connerie parce que j’ai arrêté les médicaments, et aussi le suivi médical. Je ne me voyais pas m’en sortir. J’avais dit solennellement à ma mère : « Les traitements, ce n’est pas pour moi. Attends-toi à ce que dans quelques années il m’arrive quelque chose. » C’était limite si je ne la préparais pas à ma mort.

Et alors ? Qu’est-ce qui t’es arrivé pour que tu te remettes au traitement ?

Le temps a passé, et est arrivé septembre de l’année dernière. Le 10 septembre 2009. Je me connecte sur le site de rencontre Gayromeo et je me fais aborder par un mec. On papote. Il me montre des photos. Jolies. Il habitait à deux minutes de la maison. Il arrive, j’ouvre la porte : coup de foudre immédiat. Je propose un thé et on commence à passer à l’action. Un corps merveilleux. À un moment donné dans l’excitation, je sens qu’il oublie quelque chose. Et je lui dis : « Non, non. Il faut que je te dise, je suis séropo. » Pas de problème. Il met une capote. Après, j’avais rendez-vous chez ma mère. Ça allait se terminer comme un plan cul lambda, et juste au dernier moment, je le regarde et lui demande : « Est-ce que tu veux venir dîner à la maison ce soir ? » Il me sourit et il me dit : « Avec plaisir ! » Il vient dîner à la maison, et puis on reparle de ma séropositivité, et il s’en fout. Il est infirmier. Dans mon entourage et mes amis, d’autres ont rencontré des infirmiers ou des médecins et ça s’était mal passé. Ils ne géraient pas. Mais lui, non, ça ne lui posait pas de problème. Deux jours après, je devais partir de Paris pour faire des vendanges pendant une semaine. Le jour de mon retour, je lui envoie un e-mail : « Coucou, je suis de retour. As-tu toujours envie de me revoir ? » Et il me répond : « Oui, je n’attendais que ça. » On a habité ensemble, on a ri, pleuré ensemble…

C’est donc cette rencontre qui t’a permis de te soigner à nouveau ?

Il m’a sauvé la vie… Il m’a aidé. On s’est rencontré en septembre, et fin novembre, je reprenais un traitement. D’abord, il m’a incité à retourner chez le médecin. Il m’a accompagné. Et puis j’étais amoureux, et forcément quand tu es amoureux, tu as des projets. C’était compliqué parce qu’en même temps, j’ai démarré un Kaposi. Ça a été dur. Il a été là. Je l’avais prévenu en lui disant que les antirétroviraux étaient quelque chose de difficile pour moi. J’avais abandonné, et comme c’était difficile pour moi, ça allait certainement être difficile pour lui aussi. Et il m’a répondu : « Je serai là. » Pour le coup, le nouveau traitement a juste été miraculeux, mais le Kaposi évoluait malgré le traitement. Le médecin m’avait prévenu qu’il y avait des risques de mise sous chimiothérapie. Moi j’avais un peu balisé et j’essayais de freiner des quatre fers pour qu’il n’y en ait pas. Jusqu’au jour où la lésion de Kaposi sur le visage est apparue. Là, c’est autre chose, quand tu te réveilles et que tu te retrouves avec ça en plein visage. J’ai appelé le médecin et je lui ai dit : « On fait une chimio tout de suite. » J’ai vécu une chimiothérapie extrêmement douloureuse et fatigante. Loïc a été là. La première injection a été un véritable enfer car j’en ai fait une allergie. J’ai passé un 31 décembre avec 39 de fièvre et à la limite de perdre la boule. Et j’étais avec un mari qui a été aux petits soins avec moi en tous points. Le matin, j’avais des absences de mémoire. J’étais incapable de savoir si j’avais pris ou non mon cachet. Et mon charmant Loïc m’a offert un pilulier. Il était tellement présent et prévenant que tous les dimanches soir, il le remplissait lui-même. Moi j’en étais incapable.

Et ton entourage par rapport à ça ? Les gens s’en étaient rendus compte ?

Sur le plan physique, j’étais tombé très bas. Quand j’ai rencontré Loïc, je pesais 58 kilos pour 1,83 mètre. J’avais des amis qui me disaient que j’étais l’ombre de moi-même. Dans ma famille, pour eux ce n’était pas compliqué : « Tu es malade, tu prends le traitement. » Maintenant, je le supporte mieux. Je prends Truvada + Isentress. C’est tout nouveau tout beau. À part me provoquer très régulièrement des nausées le matin, je n’ai rien d’autre. Les questions de traitements, ça a été des crises de larmes pour ma mère. Je me souviens d’une réflexion qu’elle s’est mangée quand on a essayé la troisième trithérapie. Quand tu commences un traitement, ton médecin te fait une prescription et avant même de commencer, tu as un entretien avec une infirmière. Et pour celui-là, j’ai amené ma mère pour la rassurer. Un truc tout con, cette nana à l’accueil du service des maladies infectieuses de l’hôpital te reconnaissait sans que tu aies besoin de dire ton nom. Ça avait marqué ma mère. C’était un gage de bonne prise en charge. Et pendant cet entretien-là, qui s’est passé avec des larmes évidemment, ma mère avait dit : « Puis-je appeler la clinique de temps en temps pour savoir s’il prend bien son traitement ? » Et elle s’est fait rembarrer par l’infirmière : « Ce n’est pas à vous de faire ça. Votre fils est un grand garçon. S’il veut le prendre il le prend, s’il ne veut pas le prendre, il ne le prend pas. Que vous l’appeliez de temps en temps pour lui demander si son traitement se passe bien, oui. Pas lui demander s’il le prend. » Sur le coup, elle l’a mal pris. « Mais quelle connasse, je suis sa mère, je fais ce que je veux. » Mais non, elle ne fait pas ce qu’elle veut, même si c’est ma mère.

Encore maintenant, tu as un pilulier que tu prépares tous les dimanches ?

Oui. J’en ai trois par jour à prendre. Un le matin, deux le soir. Le pilulier rentre dans ta vie comme rentre ta première carte de crédit. Tu sais que ça va t’accompagner tout le temps. Au début, j’ai mis du temps à m’y faire. C’est un truc de grand-mère. Et à un moment donné, tu te rends compte que pour une question de confort, c’est mieux, et tu n’as pas le choix. Effectivement, quand tu pars en voyage, tu n’as pas envie de te trimbaler toutes tes boîtes. En plus, si tu les perds, ça devient une catastrophe internationale.

Lorsque tu rencontres un mec, tu arrives à cerner les raisons pour lesquelles tu vas lui dire ou non ?

Je ne le dis pas forcément tout le temps. Néanmoins, j’ai beaucoup moins d’appréhension à le dire étant donné que maintenant si je me fais rembarrer, je suis beaucoup plus armé. Hormis quelques exceptions quand j’allais baiser au sex-club, à 95 % j’ai pris le parti de le dire. Je voulais éviter l’écueil de rencontrer un mec avec qui ça serait plus qu’un plan cul et qui après te reproche de ne pas lui avoir dit avant. Ce qui a changé, c’est ma manière de prendre les refus. Au début, ça me touchait, maintenant ça me fait rire. Je pratique la visibilité via l’humour. C’est aussi à glacer le sang de certains copains. C’est de l’humour archinoir. Je me souviens, après une réunion à l’Inter-LGBT, on était trente à aller au restaurant, et à la caisse, pour payer, ça prenait un temps monstrueux. Et je me vois dire tout fort dans le restaurant : « Bon, vous vous bougez le cul, il y a en qui ont une trithérapie à prendre ! » Et là Gilles m’a lancé un regard affolé… Ce genre de truc. Ou encore, j’arrive chez un copain pour déjeuner et j’entends un bip-bip-bip. Je lui demande ce que c’est. Il me répond que c’est l’antivirus de son ordinateur. Alors je dis : « Heureusement que je n’en ai pas un, sinon je sonnerais tout le temps. » C’est assez drôle de voir la réaction des copains, car même s’ils trouvent ça amusant, ils ne savent pas s’il faut en rire ou pas ; moi je pense que oui !

Justement, sur la visibilité, tu as fait ton coming out public en ouvrant un blog sur le site gay Yagg.com où tu utilises ton vrai nom : pourquoi l’as-tu fait ? Tu t’es senti protégé ? Quelles ont été les conséquences ?

Je ne me suis pas senti protégé, je me suis senti armé pour le faire. J’ai toujours tendance à agir de manière impulsive, mais réfléchie. À la fois, je me suis dit : « Merde, il n’y a pas de jeunes séropos qui s’expriment. » On parle en leur nom, on parle pour eux, mais les séropos dans tout ça, qu’est-ce qu’ils disent ? Et les jeunes de surcroît. Et il y avait des copains qui tenaient des blogs invités sur Yagg : Donald, Philippe… Mais je me disais : « Fait chier, pourquoi il n’y a pas de blog sur le VIH ? » Et c’est là qu’un matin est arrivée la chose impulsive. Je me suis dit, pourquoi on ne fait pas un blog sur Yagg ? Je me rue sur Facebook et j’envoie un message à Christophe Martet (directeur de publication) : « Je ne suis personne. Je suis juste un jeune séropo. J’ai envie de parler du VIH, est-ce que ça t’intéresse ? Ça s’appellerait Mon truc en +. » Deux jours après, il me répond : « C’est super, c’est merveilleux. Tout le monde à la rédaction est d’accord. » Et je me suis senti armé, parce qu’effectivement, tout mon entourage le savait. J’étais déjà militant dans le monde associatif LGBT, et je commençais à y modifier mon discours. Avant, je faisais de la prévention, ça m’intéressait. Mais j’en parlais en tant que séronégatif. J’ai commencé à en parler publiquement en tant que séropositif. Et pour le coup, je me suis dit : « Pourquoi pas ? »

Tu n’as pas eu peur que les gens te reconnaissent lorsque tu vas draguer ?

Je n’ai pas pensé à cela jusqu’au jour où c’est arrivé. Sur le Net, j’aborde quelqu’un et il me répond : « Bonjour mister Yagg. » Je n’avais plus besoin de le dire (rires) ! Au contraire, c’est aussi arrivé une fois qu’un mec me drague à Yagg – un séronégatif –, mais ça ne s’est pas fait parce que je ne voulais pas. La seule chose sur laquelle j’avais une appréhension, et j’en discutais avec Christophe, c’était sur les commentaires. Il me disait qu’on pouvait faire des modérations et je lui ai répondu : « Hors de question, je ne veux pas. » Certains commentaires étaient très durs. Je ne me braquais pas mais je répondais parfois du tac au tac. Quand je trouvais le commentaire con ou sans intérêt, je le disais. Je n’ai pas la prétention d’être plus intéressant qu’une autre personne. J’avais davantage l’appréhension de ne pas intéresser que de le dire en public.

Cette fois, tu ne t’inquiétais pas au niveau de ton boulot ?

Maintenant, je travaille dans le milieu politique, donc oui, je me suis senti protégé. C’est même allé plus loin : pour le Sidaction, je suis passé sur I>Télé. Ce jour-là je cumulais trois coming out : pédé, séropo et fan de Tina Turner (rires)8 Je dois aussi passer sur Arte prochainement avec ma famille. Pour le coup, je suis arrivé dans un stress de la surexposition. J’ai eu une très grosse engueulade avec un ami, lui-même séropo, qui m’a renvoyé ça à la gueule. Il me disait que je peaufinais ma petite notoriété et que j’étais une vulgaire starlette de Yagg. Pour le coup, ça m’a fait mal. Ça a été dur. Ma démarche est de donner une visibilité aux séropos, mais bien sûr je ne suis pas le seul !

Tu vas encore à l’association des Jeunes Séropotes ?

J’y vais de moins en moins, mais pour des raisons professionnelles. J’ai mes propres critiques par rapport aux Séropotes. Même si l’association a son utilité et remplit un rôle, pour moi, il y un truc qui ne me va pas. Ils n’offrent justement pas cet espace permettant aux adhérents de sortir du placard et ça me dérange. Je n’ai pas la prétention d’être le porte-parole des jeunes séropos, mais ça peut permettre à d’autres d’émerger. Et pour moi témoigner dans l’anonymat, ce n’est pas possible. Même si dans les histoires personnelles de chacun, c’est compréhensible, après dans le discours politique public, à un moment, il faut arrêter les témoignages à visage couvert. Ça commence à m’agacer. La future génération pourrait nous reprocher d’avoir été des pédés honteux.

Qu’est-ce que tu penses du relâchement de la prévention chez les gays ?

J’essaye de comprendre, mais je suis assez halluciné par l’état d’esprit. Mis à part le milieu associatif, et encore. Il n’y a pas si longtemps, dans une sauterie associative j’ai entendu le mot « sidaïque ». Je suis même arrivé à un stade où je me demande s’il n’y avait pas moins de « sérophobie » dans les années 1980 qu’aujourd’hui. À cette époque, les gens tombaient comme des mouches : le mec devenait malade et il allait crever. À la limite, on était plus solidaire, il y avait plus d’affect. Alors que maintenant, du fait qu’il n’y a plus le spectre de la mort, tu peux jeter les gens… Dans les années 1980, il y avait une prise de conscience collective, une nécessité et une urgence. On sauvait les meubles, il y avait le feu. Il y avait de l’ignorance parce qu’on ne savait pas tout. Alors qu’aujourd’hui, il y a de l’ignorance alors que l’on sait tout. C’est la même question par rapport à la communauté homosexuelle sur la connaissance du savoir et de l’histoire, étant donné que l’histoire du sida et celle de l’homosexualité, à un moment donné, se rejoignent. Il y a un problème : les séropositifs ne savent pas forcément d’où ils viennent, les pédés ne savent pas d’où ils viennent, les pédés ne savent pas ce qui s’est passé avec le sida.

Il faut enseigner cette histoire aux plus jeunes ? Notamment leur expliquer ce qu’est le vécu des séropositifs comme toi ?

Moi, sur la question de la prévention, je suis partisan de ne pas mentir et de ne pas noircir le tableau. L’amélioration est notable, pas pour tous, mais en France, le VIH est devenu une pathologie chronique. Ne pas mentir signifie aussi dire la vérité sur ce qu’est le vécu des séropositifs : s’exposer à l’éventualité de prendre un râteau quand on drague un mec, devoir s’enfiler des cachets, devoir se taper des diarrhées, devoir se taper des rendez-vous chez le médecin, être plus sensible qu’un autre à tout ce qui passe (rhume, etc.)… Il vaut mieux dire ce qu’est la vie quotidienne d’un séropositif, sans forcément rentrer dans le drama queen.

vendredi 4 avril 2014

Les gays sont-ils dispensés de prendre soin d’eux ?

Week-end de Sidaction, entendrons-nous parler de prévention ou juste des formidables avancées des traitements ?

C’est quoi la prévention du sida que l’on nous vante tant actuellement ? C’est juste une philosophie de la vie, consumériste et béatement confiante envers le progrès médical. C’est un choix politique conforme à l’individualisme ambiant. C’est une vue archi pessimiste de la vie en société. Il nous faut tourner le dos à cette orientation !

Imaginez que l’on explique aux fumeurs : ne vous inquiétez pas, nous arrivons de mieux en mieux à soigner le cancer du poumon. Nous comprenons que vous ne parveniez pas à renoncer à ce plaisir formidable qui encrasse votre gorge et vos poumons. Mais grâce aux médicaments élaborés par les laboratoires, nous allons contenir les effets de la fumée…
Et pour les obèses ? Mangez braves gens, gavez-vous de graisses, de sucres, bouffez à vous en faire péter l’estomac. Nous sommes en train de mettre au point un médicament qui évitera l’infarctus et compensera votre alimentation lamentable.
Et les conducteurs d’automobiles ? En voilà des individualistes indécrottables, pourquoi continuer de leur imposer la ceinture de sécurité qui constitue une entrave à la liberté de mouvement et contrarie le confort du conducteur ? On fait des merveilles dans les hôpitaux aujourd’hui pour reconstruire un accidenté.

Pour le sida chez les gays c’est exactement ce type de choix absurde qu’on laisse se propager. La découverte de la fameuse trithérapie a été un tel soulagement qu’elle a relégué au second plan la prévention comportementale. Le nouveau dogme qui fait rage est : « testez-vous, on vous soignera », on ajoute pour ceux qui ne sont pas encore atteint « on est en train de tester la pilule préventive du sida » (essai Ipergay). Que fait-on alors du safer sexe et du préservatif ? Et n'oublions-nous pas les autres IST ? Que deviennent les méfiances vis-à-vis des effets secondaires des médicaments ? Quels seront les effets à long terme de cette sexualité médicalement assistée ?

On parle de plus en plus de l’influence de nos comportements sur notre santé, on nous prescrit sans cesse des conseils pour aller mieux. Très souvent ils nous incitent à nous discipliner et à maîtriser notre soif de plaisirs : éviter d’aller au soleil sans se protéger la peau, manger mieux et moins pour garder la forme, limiter la prise d’antibiotiques, d’anti-dépresseurs et autres médicaments aux effets secondaires pour se prémunir de certaines maladies du siècle (Cancers, Alzheimer, Parkinson, AVC…)… Pour le sida la méthode serait donc toute autre ? La sur-consommation de médicaments serait préférable à l’adoption des règles du safer sexe ?

L’augmentation des contaminations chez les gays le prouve, nous payons aujourd’hui le relâchement de cette prévention éducative et citoyenne. Il est impératif que toute la communauté gay se remobilise pour la remettre au goût du jour.

lundi 25 novembre 2013

Ipergay, un échec annoncé

L’ANRS, qui fête ses 25 ans en compagnie du Président de la République, pourra se vanter d’avoir réalisé la plus couteuse des études scientifiques pour démontrer que le préservatif demeure, toujours et encore, le meilleur outil de prévention du sida et des IST.

Au départ le but de cet essai, nommé Ipergay, et donc destiné aux gays, était de tester l’efficacité d’un traitement permettant de se prémunir d’une contamination en cas de pratiques à risque. Traduisons : le Truvada (nom de ce médicament déjà utilisé dans les trithérapies), deviendrait ainsi une sorte de pilule sexuelle anti-vih.

Une fausse bonne idée : proposer une solution médicale aux gays séronégatifs borderline, ceux qui ne parviennent quasiment jamais à utiliser des préservatifs, ceux qui cumulent tous les facteurs de risques, et qui en fait, constituent une toute petite minorité qui a toujours existé depuis l’apparition du sida. Et cela dans notre contexte de restrictions budgétaires, alors que tous les séropositifs n’ont pas partout accès à des traitements, alors que l’on tente de limiter les effets secondaires prévisibles des trithérapies, alors que l’on ne cesse de s’interroger sur les conséquences à terme de la sur consommation de médicaments, alors que l’on sait que l’observance d’un traitement est déjà compliquée pour un malade, etc.

Malgré toutes ces réserves, malgré le grand pessimisme face aux hypothèses de cet essai, l’ANRS et l’association AIDES se sont engluées dans Ipergay (budget annoncé, entre 6 et 12 millions d'euros selon les articles...).

Aujourd’hui tous les échos de l’avancée de cet essai confirment que l’on va dans le mur. Il n’y a pas assez de gays séronégatifs qui ont envie, et encore moins besoin, de jouer les cobayes. Et cela malgré tout l’argent dépensé en communication ; malgré tous les efforts des salariés de AIDES qui, pour obéir aux ordres de leur direction, détournent leur mission de dépistage et de prévention au profit du recrutement de volontaires pour Ipergay ; malgré le nouvel habillage de l’essai qui est à présent davantage présenté comme une offre de santé sexuelle gay friendly plutôt que comme le test d’un médicament proposé par un laboratoire privé.

Si bien que comme l’explique sans sourciller le sociologue Gabriel Girard, associé depuis le début à la mise en place de cet essai, on se rend compte que les volontaires ne sont pas des barebackers incorrigibles (l’hypothétique public concerné), mais des braves gays, soit militants, qui se sont engagés par altruisme, soit des angoissés qui sont heureux d’être enfin bien pris en charge, et gratuitement, pour avoir un suivi régulier de leur état de santé sexuelle.

Comme on manquait de volontaires, on n’a donc pas hésité à recruter des gays qui mettent une capote la plupart du temps, voire tout le temps pour certains. Et comme au fil de cette prise en charge, bichonnés comme ils le sont, testés pour toutes les IST, conseillés, fournis en préservatifs, ces volontaires s’avèrent prendre de plus en plus soin d’eux : ils mettent un préservatif ! C’est comme s’ils devaient tester une crème solaire sans s’exposer au soleil. On va se retrouver avec un essai qui risque bel et bien de démontrer que décidément la capote, lorsqu’elle est bien utilisée, par un public bien informé et motivé, cela marche super bien !

D’autant plus que quelques confidences de certains volontaires (du groupe des angoissés, car les altruistes de l’échantillon s’avèrent être de sacrés militants d’Ipergay) révèlent d’autres faiblesses de cet essai. Ainsi, à la suite de la prise de leur pilules, certains ressentent des effets secondaires (diarrhées, fatigues, cauchemars…), et d’autres pas… Ils en concluent facilement qu’ils prennent ou pas le placebo…

Pour finir, les gays vont comprendre que ce Truvada ne les protégera que du vih, et qu’ils seront donc obligés, s’ils souhaitent se protéger des autres IST d’utiliser la capote (toujours elle !).

Aujourd'hui on doit admettre que l’on ne trouvera pas assez de volontaires pour faire cet essai dans les conditions prévues par les hypothèses de départ. Même en allant demander de nouveaux crédits à l’Europe pour aller recruter dans d’autres capitales gays (on a démarré à Montréal).

Arrêtons les frais, reconnaissons que l’on s’est trompé et que l’analyse de départ des comportements sexuels des gays était erronée : on a confondu les pratiques à risques des séropositifs avec celles beaucoup plus prudentes des séronégatifs. Le traitement préventif conçu comme une pilule qui nous offrirait une liberté sexuelle sans contrainte est une utopie bio-médicale d’un autre âge, et probablement un beau projet économique de l’industrie pharmaceutique.

Au moins l’échec annoncé d’Ipergay nous permettra de revenir aux valeurs sûres de la prévention : la réflexion sur nos comportements sexuels, la promotion du safer sexe et la reconnaissance du bien-fondé de la santé communautaire.

samedi 3 novembre 2012

Connaissez-vous la marque LATAPEX ?

Dans son ancienne vie La Taulière enseignait les sciences économiques et sociales, et déjà, comme lui ont rappelé des anciennes élèves en visite au Tango vendredi soir, Hervé Latapie était branché « prévention ».

Le moment de bonheur vendredi soir fut la visite de trois anciennes élèves du lycée de Villeneuve La Garenne où j’ai fini ma carrière de prof au milieu des années 90. D’abord les compliments du genre « oh vous n’avez pas changé M’sieur » (les menteuses !), puis l’évocation des souvenirs…

L’un d’eux m’a littéralement sidéré. « Monsieur, vous vous rappelez de LATAPEX ? » Et elles ont toutes trois un gros fou-rire.
- A non ? C’était quoi ?
- Ben dans le cours sur la création des entreprises. C’était le nom de la société que vous nous aviez donné en exemple.
- Latapex ? … ???
- Oh, il ne s’en souvient pas ! (elles se bidonnent) Ben oui, « Latapex », la fabrique de préservatifs !

Là effectivement j’ai également éclaté de rire et tout cela m’est revenu en mémoire. Le cours de seconde sur l’entreprise que j’avais conçu comme un jeu « l’entreprise dont vous êtes le héros ». Il fallait trouver une idée et bâtir un empire capitaliste… En plein boum du sida et de la découverte des bienfaits du préservatif, je me suis inspiré de… DUREX ! Je m’étais également servi d’un extrait de l’émission Culture Pub qui présentait une compilation de toutes les pubs du monde entier sur le préservatif (et les petites élèves musulmanes suivaient le cours avec attention, les garçons ricanaient pour faire les malins). Cela avait juste suscité la curiosité du collègue de la classe voisine : il donnait un devoir sur table et ses élèves entendant forcément des bribes de ces spots affriolants avaient été troublés…

Avec mes anciennes élèves, l’évocation de la formidable histoire de l’entreprise Latapex nous ramena à discuter du Sida et de l’air du temps actuel. Fini l’époque où justement on en parlait partout, même dans les cours d’économie. Aujourd’hui elles sont mères de famille et constatent que les enfants ne perçoivent plus la maladie comme une menace sérieuse et qu’il n’y a plus comme avant assez d’information et de mobilisation.

Moralité à faire méditer aux stratèges de la prévention : le martèlement de messages, même entourloupé grossièrement, ne représente pas forcément un traumatisme et peut même laisser dans les esprits de très bons souvenirs.

latapex.jpg

vendredi 19 octobre 2012

Pour un retour du sida dans les associations LGBT

Au Tango, le samedi soir on ne craint pas les conversations militantes. Exemple de la semaine : la place du sida dans les associations sportives LGBT.

Dans mon livre Génération Trithérapie je défends la thèse que pour re lutter efficacement contre l’épidémie de sida chez les gays il faut sortir du silence et rendre plus visible la séropositivité. C’est pourquoi avec un petit groupe d’amis nous préparons une initiative pour appeler à la mobilisation de la communauté gay.

Du coup samedi soir, croisant le président d’une association sportive j’en profitais pour aborder le sujet avec lui. Je lui exposais notre idée : provoquer durant quelques mois un grand déballage communautaire sur le thème de la prévention, en se posant chacun la question : concrètement, à notre niveau, que faisons-nous, et que pourrions-nous faire de plus pour enfin inverser cette sinistre remontée des contaminations chez les homosexuels ? Et je lui demandais directement :
- Combien avez-vous d’adhérents séropositifs dans votre club ?
Il m’a regardé un peu choqué, incrédule. J’insistais :
- Combien avez-vous d’adhérents ?
- Euh, environ 300.
- Donc vous avez au moins entre 25 et 45 séropos parmi vous. C’est quand même intéressant de le savoir. Aucun n’apparait clairement en tant que tel ? Vous n’abordez jamais la question entre vous ?
- Mais Hervé cela ne nous regarde pas, tu ne veux quand même pas qu’on leur demande leur statut sérologique ?
- Non bien sûr, mais je m’interroge sur cette invisibilité. Est-elle souhaitable, ou pourrions-nous la briser ? Il faudrait au moins leur demander leur avis, qu’est-ce que les séropos préfèrent : rester incognito ou partager leur expérience avec les séronégatifs ?

Et logiquement c’est en parlant de cette invisibilité des séropos que nous avons commencé à discuter de prévention et de la possibilité de l’introduire dans l’activité du club.

Voilà une illustration du débat qui serait souhaitable de lancer dans le monde des associations LGBT : comment chaque association, notamment celles qui aujourd’hui regroupent le plus de monde (sportives et de convivialité), peuvent-elles intégrer dans leur activité la question de la lutte contre le sida et les IST ?

jeudi 24 mai 2012

Le sida indésirable dans le futur méga-centre LGBT

Le sida supprimé des statuts du futur Centre LGBT. Voilà ce que trament ceux qui prétendent construire le grand mouvement LGBT de demain. Mais qui va réagir ?

Le sida va disparaitre des statuts du Centre LGBT Paris ÎdF. Quelle bonne nouvelle ! Il n’y a pas que les médecins, chercheurs, laboratoires pharmaceutiques qui spéculent sur l’éradication de la maladie, voici que les militants homosexuels (du moins certains d’entre eux) rayent d’un coup de stylo l’existence de la maladie.

Rappelons le contexte : depuis le mois de décembre 2011, une poignée de militants LGBT, conduits par les responsables de l’Inter LGBT et la Présidente du Centre, déploient toute leur énergie pour réaliser la fusion du Centre et de l’Inter. Quel est leur projet ? Que souhaitent-ils faire dans ce méga centre ? Quelle est leur analyse des priorités actuelles du mouvement homosexuel ? En tout cas certainement pas la lutte contre le sida ! La mention du sida a purement et simplement été supprimée des statuts de la future structure.

Anodin ? Que non ! Les statuts sont à une association ce qu’est la constitution pour un pays (c’est ce que nous avons discuté mercredi 23 mai lors d’une première rencontre-débat de la nouvelle université populaire LGBT, consacrée à l’histoire du Centre à travers l’évolution de ses statuts). Depuis la création du CGL en 1993 le sida a toujours été un des objets de l’association clairement défini. Il aura donc fallu attendre cette fusion avec l’Inter LGBT pour que soit osée la disparition du mot sida des statuts.

Cela en dit long sur ce projet de méga-centre et illustre parfaitement ce que nous sommes un certain nombre à dénoncer depuis quelques mois : cette fusion résulte d’une mauvaise appréciation des enjeux actuels du mouvement LGBT, elle ne répond à aucune nécessité, loin d’assurer la « force par l’union », elle va entraîner des divisions et des gaspillages. Le malheur est que tout cela se prépare et risque d’être adopté dans l’indifférence générale : jusqu’à aujourd’hui les autres grandes associations LGBT laissent faire et se taisent (à l’exception de Contact, du MAG et d’OuTrans).

Aujourd’hui ce sont tous ceux et celles qui se préoccupent de la persistance des contaminations du VIH chez les homosexuels qui peuvent s’inquiéter. Le sida va disparaître des articles «objet » et « moyens d’action » des statuts de ce que l’on nous annonce devoir devenir la plus grande association LGBT française.

NB : deux informations :
1) Réunions d’information sur ces statuts jeudi 24 mai à 19 h et samedi 26 mai à 14 heures au Centre LGBT, adoption prévue au cours d’une AG extraordinaire convoquée le vendredi 15 juin à 18 heures
2) Parce qu'il faut bien palier aux insuffisances de ce Centre LGBT : un grand débat animé par le journaliste Anthony Bellanger (Le Blogueur, Arte) se tiendra au Tango le mardi 19 juin à 20 heures : Le sida s'invite à la Gay Pride : 30 ans après, quelle prévention pour les gays ?

sida.jpg

mercredi 22 février 2012

Génération trithérapie : sortie du livre...

Je suis une grande bavarde et une de mes qualités (autant se complimenter soi même !) est d’être à l’écoute de mes clients. Et c’est ainsi qu’un jour, au cours d’un bal des célibataires j’ai fait la connaissance des « séropotes » qui ont créé une association de jeunes gays séropositifs. Au fil du temps j’ai sympathisé avec eux et continué de discuter (je vous le dis, la tchatche est une vraie passion).

C’est donc l’histoire d’une belle rencontre entre une « vieille séroneg » et des « jeunes séropos ». Il n’y eut pas de sexe entre nous (hélas !) mais je n’en ai pas moins accouché d’un livre qui va sortir très prochainement : Génération Trithérapie, rencontre avec des jeunes gays séropositifs.

COUV_blog.jpg

Il y est d’abord question de visibilité : pourquoi les séropos se cachent-ils ? Pourquoi craignent-ils autant le regard et le jugement des séronégatifs ? La vieille militante que je suis leur a donc expliqué toute l’histoire de la maladie, comment aux débuts on ne pouvait pas se cacher puisque cela se voyait ! Et pourquoi ensuite certains sont carrément descendus dans la rue pour se faire entendre… Mais aujourd’hui tout le monde est rentré dans le placard : le sida, on évite d’en parler, cela plombe l’ambiance. Sauf que les gays se contaminent encore, et beaucoup trop : après avoir été les inventeurs du safe sexe, nous sommes les mauvais élèves.

Bref, le but de ce livre est d’écouter les séropos, mieux les connaître pour trouver ensemble des moyens d’agir pour que la prévention fonctionne à nouveau. Dans la conclusion du livre vous me retrouverez telle que je suis, Taulière furieuse, aimant ouvrir ma gueule : je n’aime pas le nouveau paradigme de « le traitement comme prévention » et l’euphorie bio-médicale ambiante m’énerve. Je préfère les bonnes vieilles méthodes et surtout le militantisme de terrain.

Alors vous savez ce qu'il vous reste à faire ? Lire mon livre et retrousser vos manches pour vous remettre à bouger vos belles fesses. Avez-vous envie que l’on soit tous obligés de prendre des médocs toute notre vie pour survivre ?

Le livre est déjà en vente au Tango. Vous pouvez aussi dès à présent le commander sur le site :
www.legueuloir.com

Rencontre signature à la librairie Les Mots à la Bouche le jeudi 1er mars 2012 à 19 heures.

mardi 29 novembre 2011

30 ans de sida

Le 1er décembre nous fêtons la Saint-Sida. Cette année c’est le 30ème anniversaire. Par le plus grand des hasards (j’ai eu l’information sur le site yagg.com), je me suis inscrit à un événement intitulé « 30 ans de sida déjà, et maintenant ? », qui a eu lieu ce lundi 28 novembre au Café de la Danse à Bastille.

arton3771.png

Le caractère ambigu de cette réunion, qui voulait mêler des débats sérieux et des moments plus détendus (danse hip hop, film, musique rom et petits fours), façon mi colloque, mi raout, est sans doute révélateur du désarroi actuel de la lutte contre le sida. J’en suis ressorti assez mal à l’aise. Sur plusieurs points je me suis demandé si on ne se moquait pas un peu de nous.

La politique pour commencer.
Que le maire socialiste du 11ème arrondissement nous accueille, soit. Mais qu’ensuite les deux seuls hommes politiques à qui l’on donne la parole soient à nouveau des socialistes, je trouve cela un peu fort. Pas un représentant de l’UMP, ni du Centre, ni des Verts, ni d’ailleurs ? Ou bien on n’invite pas les politiques, parce qu’on juge qu’ils n’ont rien à dire sur la question (ce qui entre nous a été un peu le cas des intervenants socialistes), soit on respecte un minimum le pluralisme. Car entre nous, puisque l’on avait invité les médecins et militants associatifs historiques on aurait pu inviter Madame Barzach, ministre RPR de Jacques Chirac en 1986, et pionnière de la lutte contre le sida. Si les organisateurs de ce colloque croient aux lendemains qui chantent avec François Hollande, c’est leur droit, mais dans ce cas qu’ils ajoutent clairement le logo du PS sur l’affiche !

Le nouveau discours médical
Que se passe-t-il dans le monde de la lutte contre le sida ? Figurez-vous que l’on a retrouvé l’optimisme ! Pas seulement parce qu’avec François Hollande tout va changer (je plaisante !), mais parce que l’on a trouvé le nouvel outil magique de lutte contre le VIH : le traitement comme prévention bien sûr ! C’est cela le discours médical qui a le mérite d’être simple, technique, scientifique, sérieux. Ils n’ont plus que ce truc là à la bouche. Certes on précise, la prévention doit être diversifiée (sous-entendu, ben oui y’a encore ces trucs en latex que plus personne ne veut mettre), mais toute la communication se centre sur le duo tests-traitements, nec plus ultra du moment. Le summum de la soirée, fut donc l’exposé d’une femme médecin, intitulé « Guérir le sida ? », illustré par un diaporama power-point surréaliste : des courbes, des points, des mots anglais, les diapositives allaient et venaient dans le mauvais sens, on n’y comprenait rien, sauf qu’elle était contente et confiante, l’éradication est en vue !

Retour aux réalités et gueule de bois
Juste après, un autre Monsieur est venu parler. Lui n’avait pas besoin de power-point. En quelques phrases il a plombé l’ambiance : l’avenir du monde ne se construit pas uniquement dans les éprouvettes de nos savants. Il y a l’économie, le social, les droits de l’homme, les discriminations. Pour faire écho à ce rappel de la complexité de la vie en société, une juriste a montré comment on ne pourra jamais soigner les étrangers si on ne leur donne pas des droits, et un militant d’Act-Up ancien taulard a raconté qu’en prison mieux valait ne pas être séropositif ou malade !

Mais il était l’heure de passer à la suite de la soirée, le cocktail dinatoire. Et je suis parti…

Plus d'infos sur l'événement.

mercredi 14 septembre 2011

Petits arrangements avec son traitement

Contribution au débat sur la dérive bio-médicale de la prévention du sida et illustration de l’état de l’indépendance de la presse gay.

Dans ses deux derniers numéros (168 et 169) le journal Têtu publie un étonnant « publi-reportage », avec le soutien des laboratoires Bristol-Myers Squibb*, intitulé « Mon traitement et moi ». Il est suivi quelques pages plus loin d’une publicité du même groupe pharmaceutique.

Préparant actuellement un livre sur les jeunes gays séropositifs, j’ai moi-même réalisé un texte accompagné d’un reportage photo sur le même thème. Je comptais justement proposer à Têtu de le publier ! En commanditant ces publi-reportages, les fabricants de médicaments m’ont devancé.

Au jeu de la comparaison, il est clair que mon approche du sujet n’est pas conforme à l’air du temps. J’ai d’abord été frappé de voir que trois des quatre photographies publiées dans Têtu ont la même esthétique que celles réalisées par mon ami photographe Amaury Grisel. Mieux, elles mettent en scène des objets similaires : un pilulier, un smartphone et un jus d’orange pressée. Mais en observant d’un peu plus près les images, je me suis rendu compte que le parti-pris est très différent. Dans Têtu, nul comprimé à l’horizon, nulle représentation concrète de ce fameux traitement dont il est question. Alors qu’au contraire, les photos réalisées pour illustrer les entretiens que j’avais effectués avec des jeunes gays séropositifs plaçaient au centre de l’espace les comprimés, gros et colorés. Mon objectif était de traduire en douceur la réalité d’un traitement, à savoir l’obsession des médocs, que l’on ne doit surtout pas oublier de prendre, et que l’on doit parfois cacher pour ne pas se faire identifier comme séropositif.

Photos d'un pilulier : avec ses comprimés (Photo Amaury Grisel)... ou sans (version Têtu-Laboratoire pharmaceutique)
medoc03.jpg medoctetu03.jpg

L’intention des laboratoires est effectivement toute autre, elle est exposée dans le chapeau de l’article : « A l’heure où les trithérapies sont plus efficaces que jamais, la prise d’un traitement soulève encore des inquiétudes légitimes. Quatre garçons infectés par le VIH livrent leurs conseils pour tirer le meilleur parti du progrès ». Suit un long texte, non signé, qui présente des témoignages de séropositifs. Il est rédigé dans un style journalistique, qui se veut donc objectif. Mais le ton est optimiste, il s’agit de positiver les traitements. Par exemple, un certain Thomas de 25 ans raconte : « Je m’attendais à des schémas compliqués puisqu’en lisant les magazines associatifs, je ne comprenais rien », mais heureusement pour lui l’infectiologue lui a bien expliqué, la diététicienne lui a appris à bien manger, « il peut compter sur l’équipe médicale » et hop le voilà requinqué ! Miguel, 29 ans, clubber habitué d’Ibiza « avait peur d’avoir affaire à une grosse dame sévère. Raté, il est tombé sur un jeune infirmier connaissant la techno, les raves et le bon son » : s’agit-il du début du scénario d'un film porno ? Les molécules sont si efficaces que tout cela est formidable. Eric, 36 ans, s’est converti : « je suis resté longtemps anti-médicaments », mais sa mère, baba cool fan de bio l’a convaincu d’en prendre, puisqu’elle-même suivait un traitement contre ses bouffées de chaleur ! A présent, pour Eric c’est presque cool, « le fait de pouvoir bénéficier d’un traitement en une seule prise l’a aidé à dédramatiser ». Justement, chaque nouveau témoignage tombe à pic pour dédramatiser. Stéphane, 52 ans, explique comment il a pu se plier à une discipline pour ne pas oublier son traitement « Une bouteille d’eau et un verre au pied du lit et l’affaire est jouée » ! Les effets secondaires ? « L’affaire de trois ou quatre mois ». Prenez ce que l’on dit de Hakim, 29 ans : « Il a parfois des maux de tête, mais il en avait avant. Son ventre lui parait plus sensible ». Comme c’est bien dit ! Et ainsi de suite… Vous l’avez compris, merci les laboratoires, être séropo sous traitement n’est vraiment plus un souci.

Avec le jus d'orange : les comprimés et les boîtes de médicaments dissimulées dans une boîte discrète (Photo Amaury Grisel), ou un jus pressé sans aucun comprimé en vue (Photo Têtu).
medoc01.jpg medoctetu01.jpg

Face à ce tableau idyllique dressé par un gros groupe pharmaceutique, je comprends que les témoignages que j’ai recueillis fassent mauvais effet. Ils débouchent sur une toute autre vision. Les séropos sont condamnés aux petits arrangements avec leurs traitements. Même grandement améliorées au fil des ans, les trithérapies constituent toujours une sacrée contrainte. Et les fameux effets secondaires ne sont pas que physiques mais également psychologiques. Un traitement anti-VIH est forcément lourd, car omniprésent. On peut s’en accommoder, mais franchement, on ne peut le souhaiter à personne, surtout pas à tous les jeunes gays séronégatifs qui aujourd’hui semblent se relâcher et abandonnent la capote.

Mine de rien, en publiant ce publi-reportage, Têtu illustre parfaitement la tendance actuelle : face au déclin regretté de la capote on baisse les bras, on s’en remet aux laboratoires et on se cantonne à une approche bio-médicale de la prévention. Ce n’est plus le plastique qui est fantastique, mais le progrès qui est formidable. Personne n’est respecté dans cette histoire et on ment à tout le monde. Qu’espère-t-on en nous faisant passer une trithérapie pour une simple formalité ? L’intention affirmée est d’encourager les gays séropos à se soigner, et donc à devenir moins contaminant. Mais a-t-on bien évalué le revers de cette communication ? Les jeunes gays interprètent ces messages tout autrement : le sida, qui se soigne si simplement ne leur fait plus peur, il devient anodin d’abandonner la capote.

En proposant à Têtu de publier mon reportage, qui préfigure un livre que je suis en train d’écrire, je pensais justement proposer une ouverture vers un autre type de prévention, plus équilibré. Il s'agit de donner la parole aux jeunes séropositifs, pas de fabriquer des pseudos témoignages orientés. On a tout à gagner à montrer la réalité du vécu du sida, sans dramatiser, mais sans déni. Actuellement les jeunes séropositifs se planquent pour se protéger de la stigmatisation. Résultat, le sida est invisible, les laboratoires pharmaceutiques en profitent pour bidouiller des images aseptisées et nous vendre un avenir radieux médicalement assisté.

Capote chérie, ils sont devenus fous !

Être jeune et séropo, c'est quoi ? Trimballer en permanence dans son sac auprès de son smartphone une petite boîte discrète (photo Amaury Grisel) ou être branché et prendre des notes sur son smartphone (Photo têtu)
medoc02.jpg medoctetu02.jpg

NB : L'ensemble de mon texte et des photos prises par Amaury Grisel sera publié intégralement d'ici quelques jours sur le site des éditions Le Gueuloir.

  • Bristol-Myers Squibb (BMS) est une entreprise pharmaceutique américaine, dixième groupe pharmaceutique mondial.


vendredi 6 mai 2011

Rencontre débat en Sidacratie

Madame Hervé est ressortie un peu désabusée d'une rencontre débat sur le vécu du VIH aujourd'hui en France et se pose la question : est-il bien prudent de laisser la lutte contre le Sida entre les mains des seuls professionnels ?

Mercredi dernier, 4 mai, je me suis rendu à la Cité des Sciences pour assister à une rencontre organisée par le CRIPS sur le thème : vivre en France avec le VIH en 2011 : quels changements ? Quels enjeux ?

En arrivant, on m’a remis le descriptif de la rencontre et plus surprenant, la liste complète des inscrits. Et c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à retrouver mes réflexes de pédé vipère !

J’ai perdu de vue depuis longtemps le petit monde de la lutte contre le Sida, les seuls que je fréquente régulièrement sont les jeunes séropotes, qui sont un peu à part (un groupe d’auto-support, autonome, non subventionné et jusqu’à présent épargné par la médiatisation). Aussi ai-je été très surpris de constater que l’immense majorité des participants à cette discussion était des professionnels : médecins, psychologues, infirmières, chercheurs, journalistes, salariés des associations, travailleurs sociaux, militants permanents. Il y avait aussi quelques « bénévoles », mais pas de public lambda, vous voyez ce que je veux dire, des gens qui seraient venus là simplement parce qu’ils sont concernés par le vécu des malades séropositifs.

Cette composition de l’assemblée m’a choqué. Du coup j’ai un peu observé comment cela se déroulait : qui prenait la parole, pour dire quoi…

Ainsi certains précisaient qu’ils étaient séropos, mais personne n’a dit qu’il était séronégatif. N’est-ce pas curieux ? Autant dans cette assemblée, afficher sa séropositivité semblait donner du poids à ses propos, autant il n’était pas nécessaire de dire que l’on était séronégatif. De la même manière le statut homosexuel des personnes qui intervenaient n’était pas mis en avant : probablement parce que ce petit monde a ses habitudes et se connaît déjà, il va de soit que les homos sont omniprésents dans cette histoire du Sida, mais depuis le début il est préférable de ne pas trop insister là-dessus !

J’ai retrouvé dans la discussion la tendance des associations à vouloir à tout prix intervenir, même sans avoir rien de nouveau à dire. Du reste comme dans leurs journaux-magazines : chaque institution de la lutte contre le Sida est dans l’obligation de produire son propre journal, sans cela existerait-elle de la même manière ? Parcourez Remaides, Transversal, le journal du Sida, Protocoles, Action… Inutile de dire qu’ils se répètent, avec à peu près tous les mêmes travers : tendance à l’auto-promotion, dérive people et emploi du même jargon.

Je me suis amusé de ce vocabulaire des professionnels. Savez-vous qui sont les PvVIH ? « Les personnes vivant avec le VIH » ! Ou encore les HSH ? (Ou MSM en anglais !) « Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ». Pour moi ces expressions résument tous les travers de la bureaucratisation et traduisent la dérive actuelle de la lutte contre le Sida. A force de la confier à des spécialistes salariés, non seulement on la déshumanise, mais surtout elle perd son efficacité.

En disant cela j’ai bien conscience que la critique est facile, voire cruelle pour tous ces professionnels qui sont souvent très impliqués et plutôt de bonne volonté. Loin de vouloir les blâmer, j’ai plutôt envie de dire aux gays qu’il est temps qu’ils se réveillent, qu’ils prennent conscience qu’il ne suffit pas de voter, contrairement à ce que clame le mot d’ordre de la prochaine gay pride, mais bel et bien de se mobiliser à nouveau.

Aujourd’hui on déconne : on baise sans capote, on se contamine, on se co-infecte avec l'hépatite et les IST, on se planque, on se met entre les mains des médecins, on se décharge sur les professionnels et au bout du compte on déprime. Il faudrait reprendre le slogan de la belle époque d’Act-Up : action = vie.

mercredi 8 décembre 2010

Youpi : succès du bal des célibataires avec les séropotes !

Le succès du bal des célibataires spécial Ruban Rouge donne le sourire à Madame Hervé. Le mélange séropos, séronegs n'est-il pas au centre de la question de la prévention du Sida ?

Donc le Bal des Célibataires spécial ruban rouge s’est bien déroulé. A présent je vais vous le dire : j’avais un trac pas possible ! Oh, pas pour incarner une fois de plus Madame Hervé, elle a assez de bouteille pour animer son monde. Mais parce que nous avions clairement indiqué que la soirée était organisée avec et pour les jeunes séropotes. Et alors ? Sachez que nous avions déjà tenté des soirées avec ces petits jeunes porteurs du VIH, et, à chaque fois, nous avions eu l’impression que les foules ne se déplaçaient pas facilement. Comme si le label « superpositif » (nom donné à ces premières tentatives) dérangeait. Même une soirée Madonna, à l’époque la meilleure locomotive pour attirer le public au Tango, n’avait pas été un franc succès.

Cette fois, le Bal des Célibataires, il est vrai une de nos soirées cultes, a balayé les réticences et attiré beaucoup de monde. Mieux, l’ambiance a été "un je ne sais quoi" de plus que d'habitude. L’excellent accueil à l’entrée, assuré par l’association, et le renfort de Michelle O à l’animation auprès de Madame Hervé n’expliquent pas tout. Il y avait dans la salle comme une émotion diffuse, un sentiment collectif de vivre un moment particulier. Dès que l’on sort dans un lieu qui rassemble des gays, on sait qu’il y a parmi nous des séropos, mais là, ce soir-là, il ne s’agissait pas seulement de le savoir, nous le vivions ouvertement, presque comme un défi.

Pour la première fois au Tango, le label « séropos et leurs amis » fonctionnait bien. Comme si chacun avait conscience qu’être là, à ce moment précis, avait une signification précise. Moi j’étais heureux, parce que depuis longtemps j’en suis persuadé : c’est à la fois par une meilleure visibilité des séropos et un dialogue plus naturel avec les séronegs que l’on fera face au Sida.

Alors, on va continuer : rendez-vous le dimanche 13 février pour une Saint Valentin Ruban Rouge, avec encore plus de monde !

vendredi 18 juin 2010

Sida 2010 : le retour de mes années 80

Cela commence par un coup de fil de pur hasard.
- Salut Mathieu, tu viens au bal des travs vendredi prochain ?
- Non… Euh… Je suis hospitalisé depuis une dizaine de jours.
- Ah bon, t’aurais pu me prévenir. C’est grave ?
- Oui un peu, mes poumons ont lâché… je vais rester là encore quelques semaines.
Drôle d’impression après avoir raccroché le téléphone. Tous les mauvais souvenirs de la fin des années 80 m’assaillent.



J’ai donc pris le chemin de l’hôpital. J’ai trouvé Mathieu dans une chambre d’un service de réanimation, entubé de partout, surveillé par un appareillage high tech. En arrivant, il me tend un bout de papier, sur lequel je lis le diagnostic que j’avais déjà deviné : pneumocystose vih +. Je lui souris, gêné qu’il préfère me le faire lire que de me le dire. Et j’écoute son histoire. Il a toujours eu peur de faire le test, il n’allait pas bien, se sentait fatigué, enchaînait les mauvais rhumes… Et puis ces dernières semaines, une angine plus coriace que d’habitude, avec une perte de poids spectaculaire : son médecin de quartier qui ne savait rien de sa sexualité n’a pas compris. Mathieu s’est retrouvé pratiquement mourant à la maison, puis transporté aux urgences dans un très sale état. Depuis il sait, la contamination remonte à plus de 10 ans. Un traitement démarré à temps lui aurait évité cet épisode douloureux.

Il n’a pas de famille sur Paris et craint que ses collègues l’apprennent. Il a donc peu de visites et s’ennuie à l’hôpital. Mais il est rassuré, il est très bien soigné, le personnel du service est remarquable. Il va revivre.

Et je retrouve une sinistre routine. Dans ma mémoire, chaque hôpital de Paris porte le prénom d’un de mes amis malades, que j’ai visité durant des semaines… Je joue au brave, j’assume, mais j’en chiale en cachette.

Et voici qu’en 2010, je me retrouve plongé dans la même ambiance qu’il y a plus de 20 ans. Lutter contre la honte de la mauvaise conscience, briser le silence parce que sinon les malades crèvent seuls, expliquer à nouveau aux gays de baiser avec des capotes.

J’apprends chaque semaine une nouvelle séropositivité, des amis sont hospitalisés et cet hiver je suis retourné à deux reprises au Père Lachaise.

Dites moi que ce n’est pas vrai ! Et dans une semaine nous ferons la fête sur les chars de la Gay Pride ?

mardi 23 mars 2010

Séropositivité n'en faisons plus un tabou !

Les campagnes de prévention commencent à s'orienter vers ce message assez simple : c'est en parlant de la séropositivité que l'on deviendra plus safe. Reste à savoir comment s'y prendre pour en parler : en douceur ? en colère ? Peu importe ! Que l'on en parle !

Aujourd’hui tout le monde sait que pour faire l’amour, il faut mettre une capote. Et pourtant chaque semaine, j’apprends la nouvelle séropositivité d’une personne de mon entourage (vaste, je vous l’accorde, avec le monde que je vois passer au Tango). Cette semaine, un petit jeune, pas même vingt ans, qui me glisse à l’oreille la confidence. La semaine dernière, indirectement, j’apprends qu’un vieux copain de mon âge, qui y avait échappé jusque là, vient de le chopper, sur le tard. Il y a deux semaines, c’est un autre ami, qui après un an de dissimulation, finit par me le dire, parce que j’ai enfin osé lui demander en face. Et ainsi de suite, je pourrai continuer la liste… Pourtant on n’en parle pas, ou si peu. Tout ce monde séropo reste tapi dans l’ombre.

Alors je me suis réjoui cette semaine de la publication sur "têtu.com" d’un spot publicitaire, qui aborde la fameuse question de le dire ou pas ! La vidéo est romantique, elle m’a arraché une larme : un beau gosse se réveille, seul dans un lit encore vaporeux des effluves de l’amour, il trouve sur son oreiller des post-its qui lui disent des mots doux et vont l’entraîner dans un jeu de piste charmant, pour lui apprendre que son partenaire, sans doute parti de bonne heure à son travail, est séropositif. Donc je trouve ce film sympa.

Mais patatras, mon « jspote » (oui un ami membre de l’association des Jeunes Séropositifs, avec qui je réfléchis beaucoup sur cette question en ce moment, en vue de la publication d’un livre sur le sujet) n’aime pas le scénario : « D’abord, le séropo on ne le voit pas, et c’est vraiment pas réaliste, cette façon mièvre de traiter le sujet. Cette pub qui tente de nous faire croire que les gens sont suffisamment informés pour sourire gentiment a l'annonce d'une séropositivité.... J'ai du mal à y croire... ». Lui préfère un autre spot de prévention, qui montre deux mecs hyper sexys qui rentrent dans un appartement, s’embrassent à pleine bouche, se collent l’un contre l’autre, s’arrachent les vêtements : une fois parvenus presque nus sur le lit, l’un des deux glisse un mot à l’oreille de l’autre, lequel se relève, empoigne son compagnon et le projette dans un placard dont il referme la porte avec violence. Le slogan annonce : « exclure un séropositif, c’est être sérophobe ».

Donc deux manières de dire la même chose : pourquoi et comment le dire ? Et mon jspote de conclure : « tu vois, à mon avis le premier spot a été filmé par un séroneg, et le second par un séropo ».

Quelque soit la manière, idéalisée façon roman photo de midinette, ou manière forte d’un écorché vif qui en a ras le bol de s’en prendre plein la gueule, n’est-il pas tout simplement temps de commencer à en parler ?

Pour conclure, l'affiche de l'association belge Ex-aequo, sur laquelle, mon pote et moi, sommes parfaitement d'accord : superbe, ils ont tout compris !

seropo.jpg

mardi 2 décembre 2008

Phobie de la capote ou phobie des séropos ?

Cette semaine va avoir lieu la première réunion « NOKAPOTE » dans les locaux de l'association AIDES : un atelier de santé et sexualité pour les mecs qui aiment la baise sans capote !

C'est quoi cette histoire ? Les organisateurs de ce genre de groupe pensent-ils que le problème du séropo c'est d'être obligé de baiser avec capote ? Moi je ne le pense pas. J'en ai discuté avec les jeunes séropotes*, et ils m'ont expliqué, comment et pourquoi certains d'entre eux, à un moment de leur histoire de séropo, ont effectivement été poussés vers le bareback. C'était pas pour « Concilier moindre risque et maxi plaisir » comme le dit ce groupe « Nokapote », mais c'était parce qu'ils se sentaient isolés ou rejetés parce que séropos. Un autre copain séropo, plus âgé lui, m'a aussi expliqué pourquoi il s'est mis à fréquenter le site Bareback Zone : parce qu'il en avait marre de se faire jeter par ses amants, marre de devoir se planquer pour prendre ses médocs, marre de ne pas pouvoir s'afficher séropo, marre qu'on lui fasse la morale sans arrêt.

Ce qui me gêne donc dans ce groupe NOKAPOTE, ce n'est pas d'aborder tranquillement le thème du bareback, c'est la confusion totale du discours préventif sous jacent à cette démarche. Je reconnais derrière cette initiative l'inspiration de la méthode de limitation des risques expérimentée avec les usagers de drogue, mais je doute que l'on puisse la transposer telle quelle au bareback : il existait pour les drogués des moyens alternatifs pour empêcher la contamination (échange de seringues, produits de substitution), mais quelle est aujourd'hui l'alternative à la capote ?

L'autre versant de la prévention, c'est d'écouter nos potes séropos, d'entendre leurs conversations sur leurs angoisses, les médocs, les effets secondaires, la hantise de choper un rhume qui pourrait dégénérer, le verdict des analyses de sang à se farcir périodiquement, la dissimulation en famille, au boulot et même avec des amis…

Alors je ne sais pas qui a eu cette idée d'un « atelier de santé et sexualité barebackers », les intentions sont sans doute bonnes, et je suis pour « l'auto support »*, mais gare aux effets secondaires : assimilation séropo-barebacker, incompréhension accrue des comportements à risque et à terme pénalisation, sans oublier les discriminations et au bout du compte, le plus regrettable : toujours plus de contaminations, re-contaminations, développement des autres IST, etc.

En attendant, je me dis qu'une sérieuse étude de la phobie de la capote s'impose ! Même les campagnes de prévention officielles cherchent à nous dire que la capote c'est horrible (Voir mon avis sur ce blog 8 août 2008). Que font nos grands stratèges en communication ? Est-il si difficile de remettre à la mode cette bonne vieille capote en latex ?

- * L'auto support, c'est ce que pratique, fort bien, l'association des Jeunes Séropotes : en accueillant les jeunes séropos, en leur offrant un cadre confidentiel, elle facilite l'acceptation et la compréhension de son statut de séropo. Beaucoup de jeunes séropotes, après avoir participé aux discussions au sein de l'association, ont pris leurs distances avec la tentation bareback. Site des Jeunes Séropotes

- Les ateliers de santé barebackers. Information sur le site de Aides : SERONET

mardi 22 mai 2007

Assumer notre Séro Différence

Le divan de Madame Hervé : les banquettes du Tango.

La Taulière veille sur ses mignons. Mine de rien elle furette en toute discrétion, remarque la formation de tel ou tel couple, s’inquiète de la dislocation d’un autre. Je ne suis pas Taulière pour rien.

Vendredi dernier j’ai recueilli les confidences de Luc (prénom changé comme disent les journalistes, pour assurer l’anonymat du témoignage !). La semaine précédente il était tout heureux dans les bras de Marc (Prénom…idem…). Ce soir il semble tristounet, je lui demande où est Marc…

Marc ne l’a pas rappelé, il n’a pas non plus répondu à ses messages… Pourtant c’était plutôt bien parti. Luc ne comprend pas mais n’insistera pas. Marc est séropo, Luc séronégatif. Ils en ont parlé dès le premier soir, et Luc s’en foutait. Alors ?

Cette fois ce n’est pas le séroneg qui s’est enfuit face au séropo, mais l’inverse. Et Luc ne comprend pas. Bien sûr il s’est posé des questions, ne serait-ce que sur ce qu’ils pouvaient faire, sur ce qu’ils ne devaient pas faire. Le seul doute (dans toutes les conversations sur le sujet actuellement) est toujours cette histoire de fellation avec ou sans capote, mais à part cela, Marc plait beaucoup à Luc, ils avaient plein de choses à se dire, et beaucoup d’attirance physique. Alors ?

En voyant Luc si dépité et triste, j’ai cherché à le consoler (sans le tripoter ! pourtant cela me démangeait, mais je vous le dis je peux être sérieuse !). Je lui parlais de tous les couples séro-différents que je connais et qui vivent ensemble depuis si longtemps. Je lui citais cet ami séropo persuadé de ne jamais plus avoir d’histoire d’amour avec un séronèg qui venait justement d’en débuter une qui s’annonce prometteuse ! Pour finir, je lui ai conseillé d’insister et de brusquer un peu Marc, qui après tout était plus apeuré que lui…

Mais au fond de moi j’étais en colère. Qu’est ce qui se passe en ce moment ? les séropos se cantonnent entre eux, se rencontrent sur le site barebackzone, geignent qu’ils sont discriminés, et décampent sans explication à la première occasion de rencontre sympa avec un séronèg ? Va vraiment falloir nous bouger !

Une raison de plus de câliner les séropotes et de rappeler que la prochaine soirée « Superpositif » c’est le dimanche 17 juin, et que ce serait bien pour l’occasion que tout le monde se mobilise, séropos et séronegs !

Voir le site SEROLOVE, mis en place par l’association Warning pour mieux appréhender la relation amoureuse dans les couples séro-différents.

mardi 6 février 2007

Les pédales d'or 2007

Les Jeunes Seropotes association la moins idiote

Alors que la soirée Superpositif revient dimanche prochain, nous apprenons que Les Jeunes Seropotes se sont vu attribuer la pédale d'or de l'association la moins idiote par l'équipe de Pédérama. Je vous invite donc à visiter le site de cette émission de radio. Attention, les âmes sensibles hétéro-solidaires risquent d'être offusquées !

Le site de Pédérama

lundi 4 décembre 2006

Superpositif : bilan...positif !

Livre d'or de la soirée

Hier soir s'est tenue la soirée Superpositif. Une fête sous la bannière des PopinGays (merci à eux), au profit des associations Basiliade et Les Jeunes Seropotes.

Emue et encore toute retournée par cette première soirée, La Taulière vous propose de prendre la parole et de laisser vos commentaires... Comment avez-vous vécu cette soirée ? Que pensez-vous de Superpositif ?

(La Taulière qui la ferme et vous laisse parler... un événement !)

jeudi 30 novembre 2006

Les slogans des jeunes seropotes

A partir de demain, et durant tout le mois de décembre, nous exposons au Tango huit slogans "cris du coeur" imaginés par les jeunes seropotes. Voici en avant première l'un d'entre eux !

mercredi 29 novembre 2006

Superpositif imite ses petits frères du Québec

Toujours la revue de la presse gay francophone de La Taulière

A notre connaissance, la soirée Superpositif est une première à Paris. Curieusement, en feuilletant Fugues, le magazine gay québecois, je découvre qu’il existe à Montréal des soirées un peu semblable, et cela depuis juin 2005 ! Nous sommes vraiment des «maudits français» à la traîne !

DANCEPOZ, organisé deux fois par mois, s’adresse aux « hommes gais séropositifs et tous leurs amis, gars ou filles, atteints ou non du VIH ». La pub ajoute : « un lieu convivial et sans discrimination, où vous pourrez vous amuser, prendre un verre et danser si le coeur vous en dit ! Et vous donner surtout la chance de rencontrer des gens comme vous. Souriez, le soleil brille pour tout le monde ! ».

De même le club Bolo (équivalent des Gais Musette, en version danses en ligne) organise une fois par mois une « soirée positive : une fête pour les séropositifs et leurs amis. Venez-vous y mêler, faire de nouvelles rencontres et peut être davantage. Musique, danse et plus encore. »

Et je me dis que c’est rigolo, nous les français si prétentieux, plus d’un an après, nous imitons nos petits frères du Québec !

Soirée Dancepoz
Soirée positive

vendredi 24 novembre 2006

Quand la sortie du placard se trame

La première réunion avec les jeunes séropotes (16 octobre 2006)

Ce soir là, Madame Hervé était sur un nuage. La première réunion de préparation s’était bien déroulée : Les PopinGays ouvrent leur Pop Tea Time aux Séropotes qui en partageront les bénéfices avec Basiliade. Les jeunes ont trouvé un nom rigolo, chargé d’un sens bien adapté à notre objectif : "Superpositif". Y’a un côté joyeusement provoc qui me plait bien. En prime, on a conçu une série de slogans qui seront affichés sur les murs du Tango (mais ce sera une surprise…).

Puis je me suis retrouvé au restaurant avec l’équipe des Jeunes Seropotes. Ils étaient là, autour de moi, les mignons du nouveau siècle, adorables, différents, partageant ensemble leur secret de souffrance qu'ils pensent trop souvent inavouable. Et tous les ingrédients du bonheur étaient réunis : connivence, humour, chaleur, déconnades, avec en toile de fond ce goût provocateur pour les histoires sexuelles qui ne finissent pas toujours bien, mais sont tout de même bien excitantes ! Et surtout une espèce d'énergie positive, ils sont tous ensemble, réunis par les mêmes enjeux, le même combat à venir, ils le sentent, et ça bouillonne. Faut dire qu’ils ont cela dans les tripes, ils n’ont pas le choix. C’est une question de survie, simplement pour garder leur place, pour savourer le goût à la vie, continuer à séduire, à aimer, à baiser aussi.

Et m’introduisant parmi eux, invité et non par effraction, je suis impressionné par leur appétit d’agir. Vu de l’extérieur, je n’ai rien à faire parmi eux ce soir, sauf que les circonstances de notre rencontre m’ont conduit ici. Elektron_LibrE me qualifie de marraine ! J’ai envie de les protéger, de les aider à se préserver de toutes les embûches qu’ils ne vont pas manquer de rencontrer. Je pense que l’expérience d’une vieille Taulière peut leur être utile. A un moment où l’air du temps est si sinistre et sans perspective enthousiasmante, je trouve en eux un je ne sais quoi de prometteur. J’anticipe peut être, mais je pense que leur prise de parole peut apporter une avancée.

- page 1 de 2

La Boîte à Frissons

Programme des soirées

Galeries de photos ()

Mailing-list

Inscrivez-vous à la mailing-list de la Boîte à Frissons :

 
Annuler mon inscription

 
 
La Boutique !
 
laissez nous danser