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jeudi 10 mars 2011

La lepenisation des esprits n'est pas forcément là où on l'attendrait

Comment les élus socialistes entretiennent l'idéologie sécuritaire au ras des pâquerettes, en toute bonne inconscience. Les échos du conseil de quartier de Madame Hervé...

Vous le savez, je suis un habitué des réunions de concertation de la mairie de Paris. J’y suis régulièrement témoin d’un discours qui me semble favoriser la lepenisation des esprits. Qui tient ce discours ? Les petites vieilles attachées à la vie locale, qui sont souvent majoritaires dans ces réunions ? Non, très souvent ces dames sont charmantes et pas si réac que certains se plaisent à le dire un peu hâtivement. Des militants UMP ? Non, ils ne semblent pas être là. Des militants du Front National ? Je n’ai pas l’impression qu’ils soient très nombreux non plus dans ces conseils de quartier. Alors qui ? Les élus socialistes !

En effet la phrase que vous entendrez quasiment à chacune de ces réunions publiques est celle-ci : « vous n’êtes pas sans savoir que le maire de Paris ne dispose pas des pouvoirs de police qui dépendent de la Préfecture… ». Sous entendu, voyez avec le gouvernement ! Mais poursuivons le raisonnement : « Ah si nous étions au pouvoir, ou si le Maire de Paris avait l’autorité sur la police, cela ne serait pas pareil… ».

Ainsi, le 8 février dernier, lors d’une réunion sur la sécurité dans un quartier squatté par une bande de jeunes désœuvrés, dealers à l’occasion, et surtout très bruyants la nuit, le maire du 3ème sortira la fameuse tirade. Au passage, en contradiction totale avec l’esprit de la réunion, qui justement réunissait tous les acteurs concernés, notamment les policiers de terrain. Ceux-ci ont dû apprécier : ils venaient d’expliquer tout le travail réalisé, en concertation avec Monsieur le Maire, ils soulignaient la complexité de leur mission (en France les flics respectent les lois et n’embarquent pas les jeunes qui traînent pour un oui ou un non, il y a une procédure, des circonstances, et ils ne sont pas responsables du chômage des jeunes, ni de la morosité ambiante qui favorise la consommation d’alcool et de drogue, etc…). Donc la réunion abordait un problème difficile à traiter, pas seulement sécuritaire, et tout le monde le comprenait, y compris les vieilles dames, souvent plus compréhensives que les jeunes bobos ! Mais non, pour le Maire il était trop tentant de répéter la fameuse phrase magique : « je n’ai pas les pouvoirs de police ». Cela signifie quoi ? Si le maire socialiste avait les pouvoirs de police il ferait quoi ? Il multiplierait les rondes de la maréchaussée ? Il ferait arrêter les jeunes toutes les nuits ? Il lâcherait les chiens pour nettoyer le quartier ?

Autre exemple, autre contexte, le 8 mars. Réunion sur la propreté en présence des techniciens de la ville. Nous abordons le souci du passage du Pont aux Biches, occupé par des SDF. Les professionnels des services techniques expliquent : ils ne peuvent pas nettoyer correctement ce passage car on ne peut pas doucher les pauvres qui sont là ! Les riverains comprennent et soulignent effectivement que ces SDF ne sont pas agressifs. Depuis pas mal de temps des habitants réfléchissent à un nouvel aménagement urbain permettant d’éloigner les SDF. Bref, le discours général est plutôt constructif. Une dame demande, sans agressivité, s’il serait possible de pratiquer durant une période de temps prolongé un harcèlement policier. Et voilà que l’élue chargée du dossier, Monique Saliou, embraye avec le couplet magique : « je dois vous expliquer que le Maire de Paris n’a pas les pouvoirs de police… » Et je me mets en colère ! « Et alors, lorsque vous serez au gouvernement vous ferez quoi ? Vous installerez un car de CRS devant le passage pour empêcher les SDF de s’installer ? »

Voici comment les socialistes (et beaucoup d’autres) alimentent la lepenisation des esprits. Pourquoi laisser croire que la solution des problèmes de la ville est sécuritaire ? Pourquoi ne pas avoir le courage de répondre avec un vrai discours de gauche : dans ces deux exemples on a affaire à des problèmes d’une société qui va mal, qui relègue à la marge des exclus. Les rares riverains qui se déplacent lors de ces réunions sont capables de le comprendre et sont prêts à penser les problèmes en terme de solidarité plutôt que de sécurité. Les socialistes n’ont-ils plus confiance dans leurs idées généreuses ?

Pourquoi Marine Le Pen grimpe dans les sondages ? Parce que les femmes et les hommes politiques de gauche sous estiment la maturité de leurs administrés. Au lieu de rester fidèles à leurs valeurs, ils s’accrochent au pouvoir. Leurs discours ne sont plus dictés par des convictions mais par les sondages.

Alors citoyens de tous sexes et âges, mobilisez-vous, et ouvrez votre gueule !
Prochaine réunion du conseil du quartier Arts et Métiers, le mercredi 30 mars à 19 h 30 à la régie de quartier 58 rue du Vertbois. Ou comment trouver des solutions citoyennes aux soucis de la vie en collectivité.

mercredi 17 novembre 2010

Discrimination et vie nocturne

Madame Hervé vous raconte, à sa manière, sa participation à un atelier aux états généraux de la nuit. Pourquoi donc la nuit est-elle si discriminante ?

Lorsque le conseiller de la mairie m’a téléphoné pour me demander d’intervenir à cet atelier, je l’ai prévenu : « vous savez, moi je tiens la porte de la boîte, je pratique tout le temps une forme de discrimination, mais un peu en sens inverse : je refuse les snobs branchés et les hétérosexuels trop nombreux». « Oui, oui, vous nous expliquerez ».

Faut dire que c’est le Président de SOS Racisme qui a lancé les hostilités (très courtoises au demeurant) en balayant très large. Il a évidemment dénoncé les discriminations raciales, que personne n’a envie d’excuser, mais au-delà, il a prôné une vision universaliste de la vie nocturne : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, nous devons faire la fête tous ensemble dans la fraternité. Que l’on soit blanc, black, asiat, beur, jeune, vieux, fashion, riche, pauvre, gay, lesbienne, SM et que sais-je encore, nous devons pouvoir entrer dans n’importe quel lieu. C’est la loi de la République fraternelle et laïque.

La plupart des autres intervenants de l’atelier se sont donc attachés à ramener sur terre notre militant anti-communautés. Ben oui, car depuis des siècles, la vie nocturne réunit des tribus. Y’a ceux qui aiment la musique classique, ceux qui préfèrent le musette, d’autres adorent l’éléctro, la variété ou la pop alternative. Y’a les jeunes qui ne craignent pas les décibels, et les plus vieux qui aiment bien s’entendre pour discuter. Les coquins libertins apprécient de faire des cochonneries sur place, les lesbiennes aiment bien être entre elles, les mâles hétérosexuels se fâchent si un homo éméché a la main baladeuse, un homo cuir adepte du fist fucking sera rarement aimable avec une folle fashion efféminée, un asiat originaire du Vietnam dansera volontiers le cha cha, tandis qu’un black antillais a une manière de danser le zouc si sensuelle, qu’il risque de se prendre une claque par n’importe quelle fille d’une bonne famille blanche.

Donc, résumait un peu cyniquement le président du syndicat des tenanciers de cabarets et discothèques, la nuit parisienne nécessite de connaître ses rites et usages : avant de se présenter devant une porte de boîte, mieux vaut savoir si on y a sa place ou pas ! Mais il est normal qu’un taulier préserve son ambiance (et son fonds de commerce) en pratiquant une sélection préventive.

Sauf que… Comme toujours, mieux vaut être blanc et riche que noir et pauvre ! Mais pourrait-on demander à des tauliers de pratiquer la justice sociale que notre bonne république universaliste ne parvient pas à instaurer ?

Plus cocasse, et encore plus significatif des travers du discours de SOS Racisme et des autres pourfendeurs du communautarisme : un intervenant a parlé de « ségrégation sexuelle » lorsqu’une boîte homosexuelle refuse l’entrée à un hétérosexuel ! Moi, j’ai l’habitude de ce type d’objections à la porte du Tango, à longueur de nuit les hétérosexuel(le)s s’indignent de ne pas pouvoir entrer et me menacent de porter plainte pour discrimination, voire, de saisir la Halde ! Ils ajoutent : « vous, des victimes de discriminations, comment pouvez-vous nous faire cela ? ».

Justement, tant que je pourrai être victime de discriminations, tant que mon homosexualité peut poser problème dans la société, j’aurai besoin de lieux homosexuels. Et j’imagine que c’est ainsi pour un tas d’autres particularismes sexuels ou socioculturels.

Alors ne mélangeons pas tout : oui la discrimination raciale est intolérable, la sélection par l’argent l’est tout autant, mais ce n’est pas une raison pour brandir l’étendard hypocrite de l’universalisme.

Donc qu’en est-il sorti, de cet atelier ?

En posant mal le problème, on accouche forcément de mesures insignifiantes. D’après le communiqué de presse de la Mairie (à ma connaissance l’atelier n’a pas vraiment validé ces points, mais l’élue qui animait l’atelier a été pas mal occupée à envoyer des textos), on fera une campagne d’information (aujourd’hui tout passe par de la communication) et on mettra en place une charte/label contre les discriminations (de la masturbation électorale).

D’autres pistes pertinentes ont pourtant été évoquées :

- Le sous préfet de police, très censé cet homme là, a souligné qu’il existait, surtout le week- end, un véritable déficit de l’offre (il n’y a pas assez de lieux). Donc si on veut éviter de refuser du monde à la porte des boîtes, faudrait organiser plus de fêtes le samedi soir.

- Justement, il y avait un représentant du collectif « Paris nous appartient » qui soumettait l’idée d’ouvrir des lieux publics pour organiser des fêtes populaires. Tous ces bâtiments prestigieux que seules les grosses sociétés peuvent se payer pour faire leurs fêtes entre riches. Le grand salon de l’opéra Garnier, le palais Brongniart (l’ancienne Bourse), les salons de l’hôtel de ville (on était dedans, je rêve encore d’y organiser un bal) et même, pourquoi pas, la verrière de la gare du Nord… Sérieusement, il y a plein d’espaces publics qui pourraient fonctionner en discothèque le samedi soir. Ce serait sans doute rentable et pas si compliqué à réaliser (je suis volontaire pour prendre en mains un tel lieu ! Et promis, pas que pour les homos, pour tout le monde !). Déjà quand j’étais prof en banlieue j’avais organisé une fête au lycée un samedi soir, on avait mis en place un service d’ordre avec l’association de parents d’élèves, mais le proviseur avait hésité à le faire régulièrement.

- Pour l’information, faudra qu’ils revoient sérieusement le site Paris Nightlife tant vanté par le patron du syndicat des discothèques. Je suis allé le visiter, et je me demande qui a payé, et combien, pour nous sortir une horreur pareille, pas pratique, pas clair et tellement incomplet. C’est certain qu’avec une telle information on n’est pas prêt de rendre plus lisible les subtilités des tribus de noctambules ! Qu’ils aillent voir un guide comme Paris-gay.com pour prendre des leçons de lisibilité, convivialité et efficacité !

- Sinon j’ai proposé au président de Sos Racisme de venir passer une nuit avec moi devant la porte du Tango. Ensuite je pourrai même lui donner une idée de demande de subvention : pour organiser des stages de formation des portiers de boîte. La communication c’est quand même la spécialité des politiques. Car une des vraies questions est là : comment faire comprendre à un brave gars ou fille qui se présente à l’entrée d’une boîte, qu’il s’est trompé d’adresse, et cela sans le vexer, sans le discriminer, juste pour l’aider à mieux organiser ses sorties. Bon, ensuite, si le gars est pauvre et mal inséré dans la société, il risque d’aller foutre le bordel dans la rue, peut être brûler des voitures, saccager des vitrines. Dommage qu’il n’ait pas envie d’aller militer à Sos racisme, ce serait plus utile…

dimanche 14 novembre 2010

Débat nocturne aux états généraux de la nuit

Les états généraux de la nuit c’est une idée géniale de la Mairie de Paris pour riposter face aux cassandres qui annoncent la mort de la nuit parisienne. Voici le récit du débat nocturne auquel j'ai assisté, il s’est tenu dans la magnifique salle du Conseil de Paris.

Nous attendions tous beaucoup du prestigieux débat du soir. D’abord en raison de son animateur, Frédéric Taddei, expert dans ce genre d’animation, ex noctambule professionnel sur la chaîne Paris Première, mais surtout pour le thème annoncé : « quelle évolution profonde des nuits festives ? »

Nous avons pris place dans l’hémicycle du conseil de Paris. Je vous assure que cela fait de l’effet. Nous étions tous (en tous cas ceux et celles qui étaient autour de moi) comme des gamins en visite à Disneyland. Comme un fait exprès, alors que je n’avais pas jugé bon de me travelotter, je me suis retrouvé assis à la place de Rachida ! Je mourrai d’envie de fouiller dans son tiroir pour y découvrir un tube de rouge à lèvres. Et si j’avais été mal élevé, j’aurai collé mon chewing-gum sur son siège, histoire de lui gâcher une robe Dior. En raison du retard des uns et des autres, nous avons eu le temps de nous toiser. Ma voisine, plus mondaine que moi, m’indiquait qu’untel était le patron du Queen, tel autre du Baron, le suivant du Rex, tandis que moi, je lui montrais tous les anciens militants homos devenus élus ou conseillers des princes. A nous deux, nous formions un sympathique bottin.

Hélas, cette grande messe finale fut bien décevante. L’animateur, que nous avions un peu surestimé, s’est avéré moins doué, es concertation-médiation, que les organisateurs de la journée. Au lieu de faire en sorte que chacun se lance dans de belles considérations sur les évolutions profondes, il tomba dans le panneau et relança la discussion sur… le bruit ! Et rebelote, on répéta pour la énième fois les discussions déjà longuement développées durant la journée qui avait précédé. Chaque partie recracha son discours : le pétitionnaire originel gémit sur la nuit qui fout le camp, les associations de riverains hurlèrent leur ras le bol des éclats de voix, les tenanciers de bars pleurèrent sur l’acharnement réglementaire qui finira par leur faire rendre l’âme, les grands patrons de boîtes vantèrent leur dynamique professionnalisme, les élus socialistes firent l’apologie de la médiation, et ainsi de suite durant une bonne partie du débat. Il n’y avait que le sous préfet de police, perché à sa place habituelle, qui semblait se délecter : dans cette affaire, c’est quand même lui qui garde le beau rôle, il encadre, autorise, sanctionne !

En ce qui concerne les évolutions profondes, nous sommes restés sur notre faim… A quoi ressembleront nos fêtes dans une société de plus en plus sécuritaire et hygiéniste ? Nous autres, organisateurs de soirées, saurons-nous offrir dans des lieux aux normes, des ambiances assez délirantes, à un prix abordable ? Quelles seront ces ambiances ? Les méga fêtes électro ? Les sexe-clubs intimistes et spécialisés pour chaque tribu ? Les grandes journées événements type la Nuit Blanche, la Gay Pride, le 14 juillet et la Fête de la Musique ? Faut-il s’engager dans une réappropriation de l’espace et des bâtiments publics comme le propose le collectif « Paris nous appartient » ? Ou, au contraire, devrons nous nous contenter de quartiers spécialisés, sorte de zones franches échappant aux réglementations, et donc à la furie des riverains ?

Parmi les interventions :

J’ai apprécié l’éloge du bal musette par Mimi de Rosa Bonheur (Buttes Chaumont).

J’ai bien compris que la volonté du préfet de police est de limiter au maximum les hordes de jeunes la nuit en errance dans les rues ou les parcs : mieux vaut les voir recueillis et encadrés dans des lieux clos tenus par de bons professionnels. Alors pas de médisance, l’obsession du préfet n’est pas de supprimer les autorisations d’ouverture de nuit !

J’ai souris lorsque Gérard Siad, le président de mon syndicat professionnel (le SNEG) a évoqué « la souffrance » des exploitants confrontés à toutes les difficultés du métier, en revanche j’ai été séduit lorsqu’il a fait l’éloge du rôle de la nuit dans l’histoire de l’émancipation et de la reconnaissance des gays.

J’ai halluciné, lorsqu’un intervenant du collectif « Paris nous appartient » a expliqué, sérieusement, que la ségrégation sexuelle c’était lorsqu’un hétéro ne pouvait pas entrer dans une boîte gay !

Lorsque Tony Gomez, patron du Queen a expliqué qu’il pouvait payer 20.000 euros un DJ pour une soirée, j’ai commencé à m’imaginer avec un tel budget artistique pour ma prochaine soirée spéciale...

J’ai été un peu énervé par la manie de certains élus, de vouloir toujours prendre la parole pour ne rien dire, juste rappeler qu’ils ont un nom (comme Julien Dray, arrivé très en retard, ayant raté le début de la messe, discutant sans s'en cacher un moment avec son voisin, et prenant ensuite quand même la parole…).

Et je me suis endormi pendant d’autres interventions, en me demandant comment Frédéric Taddei pouvait continuer à avoir l’air aussi captivé. Je crois que j’ai fait remarqué à ma sympathique voisine que j’aimerai savoir s’il animait ce débat pour le plaisir ou s’il était payé pour le faire…

vendredi 1 octobre 2010

Les états généraux de la nuit se préparent dans la concertation : danger !

Que se dit-il sur la nuit à Paris dans une réunion de concertation organisée par la Mairie de Paris ? "Silence !"

C’était mercredi soir. En tant que conseiller de quartier (très sceptique et désengagé cependant, mais c’est une autre histoire) je me suis rendu à l’Hôtel de Ville assister à une réunion de concertation préparant les états généraux de la nuit, qui se tiendront les 12-13 novembre prochain. Donc effectivement je me sentais particulièrement motivé, d’une part en tant que Taulière d’un établissement de nuit (respectable !), et d’autre part en tant qu’amoureux des grandes villes et de leur vie nocturne.

Je me suis donc retrouvé dans une petite assemblée, d’à peu près 60 à 70 personnes (si je ne compte pas les élus et le personnel de la mairie assez nombreux), dont la moyenne d’âge m’a semblé plus proche de la retraite que de l’entrée dans la vie active, ceci étant dit sans aucun mépris pour les anciens que j’adore fréquenter. Mais effectivement, constatant l’allure de ce public, je ne m’attendais pas à assister à un plaidoyer pro noctambules !

J’avoue que les propos tenus étaient édifiants. Chaque intervention rajoutait un grief contre toute les formes d’activités nocturnes, qui n’ont qu’un seul but : empêcher les honnêtes gens de dormir. Ont été dénoncés, pèle mêle : les terrasses de café, les sorties de discothèques, les gens qui parlent trop fort, les pique nique sauvages, mais aussi, et plus surprenant, les sirènes des voitures de police et de pompier, les tournages de films, les chantiers de travaux publics…

Avec courage, ou inconscience, je suis intervenu pour tenter d’expliquer que le bruit était une forme d’expression inhérente à la vie dans une grande ville, et que même avec la meilleure volonté, à moins d’instaurer un couvre feu, on n’obtiendra jamais le silence des campagnes à Paris. Mes collègues conseillers de quartier étaient outrés, et l’élu président de séance m’a qualifié de provocateur.

Je suis sorti assez déprimé. Incontestablement, si on reconnaît à ces conseillers de quartier une légitimité de représentants de la population, on peut s’inquiéter (*). Leur vision de la ville ne laisse de toute façon pas de place à la moindre vie nocturne. Les solutions qu’ils ont évoqué : « morceler la nuit en plages horaires distinctes » (traduisez : arrêter toute tolérance au-delà de minuit !) et « faire respecter la loi pour ne pas discriminer les gens ordinaires qui doivent se lever tôt le matin » (ces lève tôt font décidément beaucoup fantasmer).

Qui sont ces gens qui rêvent d’une société super organisée, policée, normalisée ? Lorsqu’ils étaient jeunes, ont-ils rêvé d’interdire d’interdire ? La nuit totalement disciplinée est un idéal dangereux. Mieux vaut partir d’un pré supposé inverse : la nuit est une soupape, un moment suspendu entre nos rêves et la réalité. Supprimez ces rêves éveillés, et plus dur encore sera votre réveil.


(*) La mairie de Paris a instauré une bien curieuse vie démocratique. Jadis sous la droite, la concertation était inexistante, du coup il se créait des combats et des rapports de force finalement assez sains. On pouvait se battre et obtenir des victoires. J’ai connu cela en participant activement à l’aventure du journal La Gazette du Canal, formidable outil d’animation et de proposition politique à l’échelon du 10ème arrondissement : on avait sauvé le couvent des Récollets et le jardin Villemin, instauré le canal piéton le dimanche, veillé au respect du quartier Sainte Marthe, dénoncé les abus de pouvoir, etc. Aujourd’hui les conseils de quartier amollissent les débats, ils font illusion. On y discute beaucoup entre gens bien élevés, mais on y baille énormément. Il semble que la réunionite finit par rendre le pouvoir aux technocrates de la ville (élus et techniciens salariés), les citoyens, endormis par cette omni-concertation, perdent leur force de proposition alternative. Si j’étais élu, je serai moi-même découragé par cet effet pervers d’une bonne intention (Delanoë n’a-t-il pas décidé d’arrêter ? Bravo !).

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