Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Sous-catégories

mardi 26 juillet 2016

Chronique heureuse d'un week end d'été

L’été est propice à une douce euphorie, pour nous c’est la fin de la saison (La nouvelle démarre début septembre, après notre 19ème anniversaire !).

Auto-satisfaction : notre public est toujours là, fidèle, heureux, qui se renouvelle sans cesse. Comme Taulière je retrouve la même impression que lorsque j’étais prof : chaque année j’ai un an de plus, mais le public lui garde sa moyenne d’âge insolente de jeunesse. L’été j’apprécie particulièrement les visites des anciens, ceux qui ont grandi, sont devenus matures et sortent moins souvent. Alors un petit tour par la Boîte à Frissons les étonne, on est toujours là, et on a tenu bon sur tous nos fondamentaux.

Samedi j’ai pu avoir une illustration du renouvellement de la clientèle, et c’était jouissif ! Gilles, notre DJ inamovible et tellement essentiel, a passé Gigi L’Amoroso, choix culotté durant ce week end à la mode Beyoncé. Et j’ai vu un jeune interloqué, plus que séduit, sentant instinctivement qu’il se passait un truc improbable : il a sorti son smartphone branché sur Shazam pour savoir qui pouvait bien chanter cette histoire si séduisante. Chaque nuit lorsque Gilles choisit le morceau inattendu de la soirée (Aznavour, Piaf, Georgette Plana... sont les best) je suis étonné par la réaction emballée du public, et je suis content d’être toujours là.

ohlala02BLOG.jpg

Nous ne sommes pas du tout people au Tango, mais samedi j’ai fait un accueil particulier à la troupe du spectacle Ohlala. David, l’agent de sécurité à la porte a été très surpris lorsque j’ai fait entrer une quinzaine de personnes sans payer (la consigne au Tango est claire : les people payent leur entrée !). Il faut dire que tout ce petit monde, composé de magnifiques danseurs, danseuses, acrobates, contorsionnistes était entrainé par le plus beau, le plus charmant, le plus sexy de la troupe (du moins selon le goût très arrêté de la Taulière), Nordine... Pour une fois j’ai timidement demandé à être photographié avec lui, mais Miss You (ma fille Youssef), énervé ou jaloux, a mis beaucoup de mauvaise volonté pour prendre cette photo.

blogjuillet2016nordine.jpg

Ils ont festoyé dans une ambiance bon enfant et l’acrobate de la troupe nous a même offert un show sur la scène (accompagné de deux belles filles un peu jalouses du succès des copains masculins), moment de grâce évidemment non photographié par ma mauvaise fille.

Cela m’a donné envie de programmer un petit show vendredi la semaine prochaine (comme chaque dernier vendredi du mois), avec notamment Sweety Bonbon (aussi mignon que Nordine, moins de muscles, mais si charmant !) et Tara Jackson, qui elle, a un organe vocal que bien des chanteurs pourraient lui envier.

mardi 1 septembre 2015

18 ans et on continue !

La Boîte à Frissons fête en septembre son 18ème anniversaire et entame sa 19ème saison ! Les anniversaires sont toujours l’occasion d’un examen de conscience !

Aujourd’hui le mien commence par un aveu : j’ai été très tenté d’arrêter la musique, comme le dit Piaf dans la chanson l’accordéoniste. Depuis quelques années je me suis un peu dispersé, j’ai écrit des livres, je me suis beaucoup investi dans la lutte contre le sida, j’ai pris des responsabilités au centre LGBT. Comme Taulière, j’avance en âge, et certaines évolutions ne m’emballent pas, par exemple : j’ai du mal avec certains tubes musicaux actuels que je trouve agressifs ! Je ne comprends pas pourquoi les jeunes reniflent du poppers sur la piste de danse. Et tous ces mecs scotchés sur leur smartphone qui oublient de sourire à leurs voisins c’est parfois flippant.

Je n’ai pas envie de ressembler à certains mecs matures comme moi, qui sont tellement omnibulés par le souci de « rester dans le vent » qu’ils en perdent leur boussole. Depuis le début, La Boîte à Frissons a été « anti-fashion », nous avons suivi nos intuitions, nos envies, sans nous demander si c’était tendance ou pas. C’est ainsi pour la musique que nous programmons, pour les danses à deux que nous pratiquons en début de soirée, pour la capote que nous continuons à vanter, les associations LGBT que nous soutenons et d’autres choix qui nous définissent.

Et au bout du compte ça marche ! Vous public chéri, vous êtes fidèles, vous vous renouvelez, je reçois tant et tant de marques de reconnaissance, des compliments incroyables de la part de tous ces habitués dont je suis totalement incapable de me souvenir de leurs prénoms. Je suis aussi tellement fier lorsque je sors dans d’autres lieux gays partout dans le monde, et que je constate qu’effectivement Le Tango est différent. Alors j’ai à nouveau envie de continuer, et de vous le raconter sur ce blog (Le blog c’est ringard ? Mais non c’est juste comme on aime : kitsch !).

Voici donc une nouvelle saison, avec une équipe renouvelée (je vous en dirai plus prochainement), un programme parsemé de soirées spéciales comme on les aime, un nouveau rendez-vous mensuel le premier dimanche du mois (Thé sportif & LGBT) et quelques autres initiatives en préparation…

dimanche 26 octobre 2014

Osons nous travestir tous ensemble

En ces temps de fantasmes aigus sur la théorie du genre, pratiquons l’insolence joyeuse au bal des travs !

Vous en avez marre d’entendre tant d’idioties et de fantasmes rétrogrades sur le genre ? Vous êtes aussi excédés par ces belles gueules qui geignent en permanence et instrumentalisent l’homophobie pour en faire un fonds de commerce médiatique ? Vous avez envie de retrouver un peu de peps ? Participez au bal des travs et adoptez la flamboyance pour retrouver le sourire et combattre les réactionnaires.

Vendredi prochain au Tango les garçons s'habilleront en filles et les filles en garçons. Nous ne pratiquerons pas la théorie du genre, mais une pratique collective de transgression des normes, joyeuse et pas prétentieuse ! Petit mode d'emploi !

1) Le Nec Plus ultra : votre baptême de travelo :
Faites votre baptême de travelo et entrez dans le traveloscope du Tango. Pour cela contactez-nous très vite, une préparation préalable est nécessaire. Avant minuit vous serez présentés au public, photographiés, puis entrainés en coulisses pour habillage et maquillage. Ré-apparition une heure après en créatures de rêve !
(Dernière minute : il ne reste que deux places !)

2) L'atelier de travelottage
Les paresseux et les novices pourront en arrivant se diriger vers l'atelier de travelottage au fond de la salle où Mademoiselle Gisèle, Livia et Sweety Bonbon, opéreront des transformations rapides.

ateliertravs2011.jpg

3) Le défilé des collections hiver 2014-2015
Si vous êtes déjà familiarisés avec le travestissement vous arriverez en grande tenue et vers 2 heures du matin vous participerez au grand défilé qui sera commenté cette année par notre conseillère bon goût Sasha Kills.

4) La maquillage express :
Et pour que personne n'échappe à la folie de la soirée, notre aimable personnel mettra à votre disposition rouge à lèvres et crayons noirs pour vous permettre de colorer un minimum votre frimousse.

5) les photos souvenirs :
Enfin, notre photographe maison, Daniel Nassoy, immortalisera votre allure, et les photos seront projetées toute la soirée. Elles seront disponibles le sur lendemain sur notre page facebook, Le Tango (La Boîte à Frissons).

Et nous arborerons un large sourire, tous ensemble !

mardi 1 juillet 2014

Lendemain de marche pluvieuse

Au cours de son histoire la Gay Pride a connu succès, rebonds et revers. Groupusculaire à ses débuts, elle a été successivement militante, commerciale, associative, pour devenir aujourd’hui simplement institutionnelle. Il est peut-être temps de la réformer !

Depuis plusieurs années je me force à me rendre à la marche des fiertés. J’essaye de me motiver en reconnaissant son importance, j’observe le vrai plaisir de jeunes amis, français et surtout étrangers (des pays où n’existe pas la liberté de parader) qui la découvrent et s’émerveillent de son ampleur. Mais à chaque fois je ne m’y sens plus à l’aise. Je suis choqué de voir tous ces jeunes qui tiennent à la main une bouteille de bière ou d’alcool, ils semblent suivre tel ou tel char attirés par la force de la sono. Ils sont probablement là pour la cause, et ce mélange de populations friendly devrait me réjouir, sauf que les troupes militantes semblent, elles, noyées dans cette masse.

Et puis il y a les chars… Etait-ce la pluie cette année qui les rendait si tristes et uniformes ? Les plus gros sont aussi ceux qui ont le moins de choses à dire, ils sont envoyés là par les appareils institutionnels : le conseil régional Île de France, les syndicats, les partis politiques (expliquez-moi comment les radicaux de gauche peuvent-ils envoyer un des plus gros chars ?), les grosses entreprises publiques (sncf, ratp), même l’ambassade des Pays-Bas avait affrété un semi-remorque. Qu’est-ce qu’ils font là ces gens-là ? A part soigner leur image ?

Car pendant ce temps, j’ai à peine aperçu les banderoles des quelques associations qui comptent aujourd’hui et font avancer nos combats. Où était le char des trans ? Pourquoi Act-Up n’a-t-il plus de gros camion ? Pourquoi les sans papiers et les demandeurs d’asile soutenus par l’Ardhis et Les lesbiennes dépassent les frontières, nombreux et nombreuses cette année, doivent-ils marcher perdus dans la foule ? Un de ces gros chars institutionnels n’aurait-il pas pu les mettre en avant ? Pourquoi le Centre de santé 190, le lieu qui aujourd’hui innove et trace l’avenir de la prévention du sida et des IST, n’avait-il droit qu’à une petite camionnette ? De même le CRIPS accompagné des Séropotes a relégué le gros bus qu’il louait les années passées pour un petit train au moteur toussotant…

La marche a perdu sa flamboyance, et ce n’est pas la pluie qui est responsable. Dans les années 90 c’étaient les commerçants qui occupaient le terrain et avaient dénaturé le caractère militant et revendicatif de la marche. Ils ont été peu à peu écartés à partir de 1997. Aujourd’hui ce sont les institutionnels qui ont pris la relève.

Nous avons une année pour préparer une autre marche. Et si les institutionnels sont si préoccupés par notre fierté (et si altruistes !), ne pourraient-ils pas simplement nous offrir des plateaux de semi-remorques vides : nous nous chargerons de les occuper ! Alors la marche retrouvera son sens.

samedi 21 septembre 2013

L’engagement collectif est un facteur de bonheur

Cet automne en octobre le Centre LGBT fêtera ses 20 ans. La Taulière se souvient que c’est au CGL qu’elle a débuté sa carrière d’organisateur de soirées. Occasion d’inciter les plus jeunes à s’engager dans la vie associative.

Texte dédié à D

Si certains se demandent pourquoi je suis si attaché au Centre LGBT, il leur suffit de jeter un coup d’œil sur cette affichette. C’était au tout début de 1995 et j’ai déjà raconté sur ce blog l’histoire de ce mémorable premier bal gai et lesbien au Tango.

19950118_Folle-Semaine_Bal-.jpg

Je me suis présenté un jour au Centre avec une idée folle. Cette structure associative m’a accueilli et m’a fait confiance (certes je n’étais pas un inconnu, puisque je circulais dans le milieu militant gay depuis un peu plus d’une dizaine d’années). Puis dans la foulée j’ai créé les Gais Musette, et deux ans plus tard la Boîte à Frissons, en opérant une reconversion professionnelle osée.

Une fois devenu commerçant gay j’ai gardé la fibre militante et je continue à m’investir dans la vie associative. On ne doit jamais oublier d’où l’on vient, et ce que l’on doit aux autres. Voilà aussi pourquoi j’ai du mal à comprendre le manque d’investissement de beaucoup de gays dans les actions communautaires. Depuis 30 ans l’idéologie libérale fait son travail de sape en développant l’individualisme et en dénigrant l’engagement collectif. On se retrouve seuls devant nos écrans, on se soucie « de soi » au lieu de nous rencontrer dans des actions communes.

En tout cas personnellement, mes souvenirs de moments de bonheur intense (en dehors de mes grandes amours) sont associés à mes engagements dans des combats collectifs*, lorsque l’on parvient à former un groupe uni et à réaliser des merveilles. Se mêlent alors convictions, élan collectif et plaisir d’être ensemble.

Engagez-vous, engagez-vous, il n’y a rien de tel pour se sentir mieux !

  • Les combats dont je me souviens avec plaisir : les grèves au lycée, à la fac, le sauvetage de l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée, les universités d’été homosexuelle à Marseille, la coordination nationale homosexuelle en 1988, le combat pour la sauvegarde du jardin Villemin puis les actions de La Gazette du Canal, la création des Gais Musette, le cortège associatif de l’Europride, le comité de vigilance en solidarité avec les sans-papiers du quartier… plus récemment et encore aujourd’hui : le collectif Parlons Q.


vendredi 6 septembre 2013

Les Gais Musette changent de nom

Les Gais Musette ont décidé de changer de nom. L’association va se nommer « Rainbow Evidanse ». Pourquoi un terme anglais ? Pourquoi cette évidence de la danse ? Il parait que c’est plus moderne, moins ringard, et correspond davantage aux activités actuelles de l’association.

J’avoue que j’ai du mal à les suivre. Déjà bâtir un nom prend des années. Ensuite faut-il absolument utiliser l’anglais pour parler au public gay et lesbien ? De la même manière, mais vous allez dire que je chipote, je n’aime pas beaucoup le mot « Evidanse », tout simplement parce que je sais qu’il faut toujours se méfier des évidences !

J’ai retrouvé un des premiers tracts des Gais Musette, sorte de charte constitutive de l’association : "Le Paris gai, ces dernières années, s'est uniformisé. Partout sévit la même formule, les décibels à outrance, les fantasmes sur papier glacé, les rencontres furtives et, au bout du compte, des formes d'exclusion et de sectarisme : filles d'un côté, garçons de l'autre ; hétéros proscrits ; plus de trente-cinq ans non musclés non admis ; intégrisme musical techno, etc. Pendant ce temps le sida nous décime et nous défie. Nous croisons à nos fêtes des personnes très diverses. Les jeunes dansent avec les plus âgés. Des ami(e)s hétéros nous rejoignent. Certains invitent leurs collègues de travail, d'autres leurs voisins de palier. Les farandoles, le Madison, le quadrille du french cancan, la danse du tapis sont des moments particulièrement chaleureux. En prime les danses à deux facilitent les rencontres ! Tous ces moments de bonheur sont pour nous des cadeaux et nous confirment dans notre parti pris musette !"

Et oui le parti pris était « musette » en référence à tout un pan de cette culture populaire de l’entre deux guerres. Il s’agissait de refuser le diktat du gay-stream (oui en anglais !), d’assumer pleinement nos goûts pour la variété française, les musiques du monde et même l’accordéon, la danse à deux occupait pleinement sa place, sans être l’unique objet de l’association (à cette époque les fêtes étaient plus importantes que les cours).

En écrivant cela j’ai bien conscience de jouer le jeu du témoin gênant, celui qui se fait assassiner dans les romans policiers. Serait-il temps que je prenne ma retraite ? (Ou au moins que je ferme ma gueule ?) Au diable la nostalgie et longue vie à Rainbow Evidanse !

index.jpg

PS : Extrait de l'article 2 des statuts de l'association
L’association a pour objet "De résister face à une certaine uniformisation culturelle, en œuvrant pour conserver la mémoire d'une culture populaire qui s'est notamment exprimée et affirmée à travers les danses du genre musette et la chanson française."

vendredi 30 août 2013

Une si longue absence

Depuis quasiment un an votre Taulière a délaissé son blog. Va-t-elle aujourd’hui sortir de son mutisme, surmonter sa crise de maturité et retrouver sa légendaire verve ?

Dans la vie il y a des hauts et des bas, le problème avec le boulot de Taulière est que les bas ne sont pas autorisés ! Je suis là pour le plaisir, pour que chaque soir La Boîte à Frissons joue son rôle de boîte à bonheur. Et cela depuis 16 ans ! Or ce blog, ouvert en 2006, était justement un de ces lieux où je déversais ma légendaire joie de vivre (croyez-le ou non, cela dure depuis mon enfance !), qui parfois, je l’admets, se manifeste par de sacrés coups de gueule qui ne font pas plaisir à tout le monde.

Lorsqu'une accumulation de soucis ébranle votre superbe moral, il peut être utile de se taire, même si « the show must go on !». J’ai donc douté. A quoi bon un blog, pourquoi s’épancher et susciter ensuite toute la hargne à laquelle s’adonnent les aficionados d’Internet ? Et puis il y a eu d’autres combats qui m’ont davantage mobilisé (Parlons Q : ou comment bouger les gays perdus dans leur sexualité productiviste ?).

Aujourd’hui, alors que nous allons entamer notre 17ème saison au Tango, j’ai décidé de revenir, parce que de l’avis général je vous ai manqué et que La Boîte à Frissons ne serait pas ce qu’elle est sans une Taulière toujours bavarde. Je reprends en mains ce blog !

accordeon.jpg

mardi 15 janvier 2013

Mariage, porno gay, normalité

Quoi de commun entre le mariage et le porno gay ? la même aspiration à une hétéro normalité ?

Au lendemain de la grande manifestation catholique contre le mariage homosexuel j’ai envie de vous faire partager un commentaire de John Rechy, écrit en 1977 dans The sexual outlaw (cité dans la conclusion du livre de René Paul Leraton sur le porn gay).

  • « Nous voulons nous marier. Nous sommes en attente du vrai grand amour. Avons-nous tort ? Non si certains le veulent. Mais le mariage et la fidélité ne doivent pas devenir une obligation.
  • Adopter des enfants ? Nous pourrions être de bien meilleurs parents que certains autres.
  • Nous engager dans l’armée ? Devenir policiers. Soutenir toutes ces institutions pourries qui nous ont massacrés ?
  • Rejoindre les églises qui nous ont toujours crucifiés ?
  • Les révolutions sont vouées à l’échec quand le pouvoir en place se sentant menacé distribue des miettes. Donc ils peuvent très bien nous « permettre » de nous marier, de nous engager dans l’armée, de devenir flic ou religieux. Mais ils ne nous laisserons pas baiser !
  • Essayer d’être plus hétéro que les hétéros dans notre façon de vivre est une forme de haine de soi-même. »

Durant cette bataille pour le mariage gay, je m’intéresse en effet au cinéma porno (pour un projet de documentaire mis en atelier au sein du collectif Parlons Q). Très ignorant sur le sujet, cela me donne un regard assez naïf. Quel rapport avec le mariage ? Il se trouve que le porno véhicule des valeurs et des modèles culturels. Ainsi, et surtout depuis la fin des années 80, l’homme qui excite les gays dans les films a de préférence des allures d’hétéro, aux manières plus viriles que tendres et il est super bien membré. Il y a chez les gays cette contradiction, ils hésitent entre un grand conformisme et des envies de liberté.

Quoiqu'il en soit, les plus jeunes découvrent aujourd'hui que la lutte militante a son utilité, et c'est cela qui me fait plaisir.

Lire : Le porn gay. Le film porno gay : histoire, représentations et construction d'une sexualité. René Paul Leraton, éditions H & O, 2002.

Leraton-Rene-Paul-Gay-Porn-Livre-896660689_ML.jpg

lundi 19 novembre 2012

Vieillir LGBT

Une conférence s'est tenue à Paris à l'initiative du Centre LGBT. Un thème avec lequel les gays ont beaucoup de mal !

vieillir.jpg

Quand on est gay comment aborder la question du vieillissement ?

En caricaturant : vous savez les gays ne font pas leur âge, ils soignent leur allure, utilisent depuis longtemps des crèmes anti-rides.
En dramatisant : un gay commence à être vieux à 30 ans et n’ose plus se montrer en public après 50.
En niant le problème : on connait tous de vieux cochons, les gays continuent leur vie sexuelle, en plus y’a le viagra.

A la conférence « vieillir LGBT » organisée le week end dernier par le Centre LGBT le constat était moins fou (folle !) : les vieux gays sont simplement un peu plus seuls, ils ne peuvent pas compter sur le traditionnel réseau de solidarité familial, ils portent souvent sur leurs épaules le poids d’une vie passée à dissimuler son homosexualité et ils ont pris en pleine gueule l’épidémie de sida. Alors ils compensent et s’adaptent en cultivant d’autres rapports solidaires, ceux que l’on a avec les amis, qui constituent une autre famille, choisie celle-là ! Même que les vieux célibataires rêvent encore de rencontres et ne désespèrent pas de trouver le partenaire avec qui ils aimeraient partager leurs vieux jours. Enfin ils se cultivent plus que les autres car ils ont le temps !

Actuellement c’est une nouvelle génération de gays qui va parvenir à la retraite, notamment ceux qui ont été les acteurs du mouvement homosexuel des années 70-80. Cette conférence faisait justement le point sur toutes les initiatives en cours. A Los Angeles il existe déjà une maison de retraite à la mode américaine, luxueuse avec piscine et spa, financée par de riches sponsors. Au Québec et aux Pays-Bas des organisations gays cherchent plutôt à intervenir pour que les maisons hetérottes se sensibilisent aux particularités des vieux gays et vieilles lesbiennes. En France on est aux balbutiements de la réflexion sur le sujet. Les associations comme les Gais Retraités, HommeFleur, David et Jonathan, L’Autre Cercle imaginent des formes d’organisation adaptées à nos spécificités : on se met alors à rêver d’immeubles semi-collectifs, de coopératives gérant une maison de retraite intergénérationnelle, d’encadrement amical de plus vieux que soi…

Mais une représentante du syndicat des directeurs des maisons de retraite a jeté un froid sur nos envies de bien vieillir. La réalité est bien moins rigolote, y compris pour nos amis hétéros, puisque 80 % des vieux (plus souvent des vieilles du reste) sont déjà atteints de la maladie d’Alzheimer lorsqu'ils aboutissent dans les établissements spécialisés, ils y entrent contraints et forcés. Le personnel est débordé, les budgets de fonctionnement sont serrés.

Bref gay ou pas, le hic est le moment où l’on bascule dans la grande vieillesse. Car avant cela, la question centrale pour les gays de tous âges reste la même : aménager sa vie pour ne pas être seul et savoir profiter des solidarités communautaires. L’ennemi du marginal est son isolement, sa force est sa famille reconstituée et choisie.

mardi 6 novembre 2012

Qu’on en finisse avec le mariage

Madame Hervé n’a jamais été fan du mariage et pense que les homos sont rattrapés par leur éternelle contradiction : droit à l’indifférence ou fierté d’être différent ?

Une des rares raisons qui pouvait me réjouir de voir revenir les socialistes aux affaires était qu’ils allaient enfin nous débarrasser de cette histoire de mariage des homosexuels. Ben oui, à titre personnel je ne suis pas fan du paradigme « égalité des droits » avec lequel se délecte le mouvement LGBT depuis tant d’années, en particulier depuis le montage médiatique du mariage de Bègles. Moi cette égalité-là je m’en fiche, car je n’y crois pas. Il y aura toujours des riches et des pauvres, des dominants des dominés, et donc des discriminés… des homos et des hétéros. Et donc des luttes sociales !

Je ne crois pas non plus à l’efficacité des lois « bonne conscience », du genre on interdit le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme, l’usage du tabac, la drogue, l’euthanasie, sans oublier la prostitution ! Car se faisant, on ne s’attaque pas aux racines des soucis de la société.

Et les homos ont voulu croire qu’en accédant au mariage ils auraient enfin leur place et leur reconnaissance dans la société, comme les parvenus pensent qu’en s’enrichissant ils peuvent enfin passer pour des bourgeois. C’était oublier (et les anti-mariage vous le rappellent avec force) que la famille, organisée autour du mariage est le fondement de la morale qui nous persécute depuis toujours. Vous aurez beau tout faire pour vous assimiler à la norme hétérosexuelle, vivre en couple stable et fidèle, être de bons parents exemplaires, vous ne serez jamais assez normal pour faire oublier que justement vous êtes différents.

Dans le mouvement homosexuel il y a toujours eu cette hésitation entre deux aspirations : être comme les autres (le fameux droit à l’indifférence) ou au contraire vivre pleinement sa différence. Dans un cas on a envie de se marier, dans l’autre on aimerait inventer d’autres rapports amoureux.

mardi 9 octobre 2012

Danse avec moi !

« Au Tango, au bal de La Boîte à Frissons, en première partie de soirée, y’a que des vieux, qui dansent des trucs bizarres sur des musiques ringardes. » Parait que ce serait l’avis général des garçons à la mode du Marais. Madame Hervé elle, sait très bien que danser à deux reste le meilleur moyen de faire des rencontres.

J’adore observer la réaction des clients qui débarquent pour la première fois avant minuit et assistent au spectacle de ce bal inhabituel. Victimes de leurs préjugés, certains sont tentés de sourire et de se moquer (ouaf, ouaf c’est ringard !). D’autres sont d’emblée conquis, leur sourire n’est pas convenu, ils perçoivent de suite l’ambiance bon enfant et mesurent la différence avec les autres boîtes de nuit. Mon plus grand plaisir, certains soirs, est de me lancer dans une initiation improvisée (que je nomme : « ronde des débuTANTES » !), en quelques minutes je parviens à entraîner une vingtaine de couples à danser une marche ou un tango. Alors ils découvrent : la danse à deux c’est quoi ? C’est prendre un garçon (ou une fille) dans ses bras, engager avec lui (ou elle) quelques tours de piste, et c’est encore un des meilleurs moyens pour faire des rencontres, en s’amusant !

Et oui, le bal musette représente une certaine conception de la nuit et de l’amusement, c’est pour cela que nous y sommes si attachés. C’est un état d’esprit basé sur l’échange et le dialogue, cela nécessite une initiation minimum, le respect de quelques règles (on tourne sur la piste dans le bon sens pour ne pas se bousculer). C’est ainsi que certains ayant débarqué par hasard en début de soirée, y ont pris goût et sont devenus des accros.

Soirée spéciale découverte des danses à deux vendredi 12 octobre à partir de 22 h 30.

danseadeux01.jpg

En pratique :
Au Tango nous dansons à deux en début de soirée de l’ouverture jusque vers minuit trente. Observez les danseurs et n’hésitez pas à leur demander de vous inviter pour une danse facile (marche, paso et même tango, la valse est un peu plus difficile). En prime nous nous délectons avec toutes nos trouvailles musicales, la programmation si variée constitue une véritable encyclopédie musicale (tous les styles, tous les pays, toutes les époques).

Cours de danse :
Il existe à présent deux cours de danse « same sex » à Paris, Les Gais Musette bien sûr, et « Laissez-nous danser ».

jeudi 3 mai 2012

Moi Président de la République

Moi Président de la République je lancerai à Paris un grand festival d'accordéon international, je laisserai utiliser tous les samedis soirs les cours de récréation des écoles pour y organiser des bals musette ou des boums (sans alcool). Ainsi en faisant la fête dans tout Paris, il n’y aura plus à l’entrée des boîtes ni files d’attente, ni ségrégation.

Moi Président de la République je réformerai la Sacem pour que les droits d’auteurs soient répartis plus équitablement (pas tout à Johnny, Madonna ou Gaga, mais plutôt aux petits qui débutent). Je mettrai un peu d’ordre dans le droit des successions pour forcer Orlando à offrir gratuitement au public le répertoire intégral de sa sœur et arrêter de nous sortir une nouvelle compilation inédite tous les ans !

Moi Président de la République je porterai le ruban rouge en guise de légion d’honneur, et je taxerai très fortement toutes les dépenses de publicité des laboratoires pharmaceutiques.

Moi Président de la République, je prendrai au moins un ministre ouvertement séropositif(ve), un autre transsexuel(le).

Moi Président de la République j’autoriserai toutes les fantaisies en matière de plages horaires dans les piscines municipales : une heure pour les naturistes, une autre pour les gros, une pour les pédés qui aiment être en maillot de bain, une pour les gouines radicales, le lendemain pour les familles avec enfants etc. L'unique plage horaire interdite sera celle pour les seuls riches (ceux là ont déjà leurs piscines privées dans lesquelles il font ce qu’ils veulent).

Moi Président de la République j’instituerai dans les écoles la journée du travestissement pour éduquer nos enfants à la notion de genre. Chaque garçon recevra un tube de rouge à lèvre et chaque fille une cravate (on variera les symboles selon les années).

Mais je ne serai jamais Président de la République, je suis juste Taulière d’un bastringue ringard. Alors sincèrement je vous souhaite une belle fête ce 6 mai, et si possible au son de l’accordéon !

Madame Hervé au bal des travailleurs, veille du 1er mai.

travailleurs012.jpg

lundi 2 avril 2012

Commerçant et militant

Madame Hervé n'aime pas que l'on fasse atteinte à son honneur. Son cri du jour : commerçant ET miliTANTE, et fier de l'être !

Hier dimanche 1 er avril je suis allé parcourir le salon des associations lgbt. Savez-vous pourquoi ? Parce je suis « intéressé de façon financière et commerciale, directement ou indirectement », car « ma clientèle au Tango est constituée en grande partie de membres de ces associations », parce que je « pratique le mélange des genres », et personne autour de moi ne relève « ce grave manquement à l’éthique ».

Ben oui, c’est ce qu’a dit à mon sujet la Présidente du Centre LGBT lors de la dernière assemblée générale le 3 mars dernier, et qu’elle n’a pas eu honte de répéter sur son blog sur Têtue.com. Elle a aussi dit qu’en organisant au Tango les thés dansants le dimanche pour les associations lgbt je pouvais les tenir et les avoir sous mon pouvoir ! (Les dites organisations apprécieront) Vous vous rendez-compte, Madame Hervé parrain du milieu LGBT ! (oui ce terme insultant est masculin !). Quel dommage que je n’ai pas les moyens d’un Pierre Bergé, là je pourrai m’en donner à cœur joie !

J’en rigole aujourd’hui parce que j’ai digéré ce coup bas assez dégueulasse (parfois seul le vocabulaire cru est le plus approprié), mais le soir de cette assemblée générale cela m’a fait chialer. Incroyable ma sensiblerie sur cette question de l’argent ! Un relent de mes lectures de Karl Marx ? Ou un effet secondaire de mon éducation catholique ? Probablement les deux à la fois ! Ma culture d'origine est loin d'être celle du commerce.

Tenez par exemple, j’ai un côté économe, je n’aime pas trop les dépenses ostentatoires, ni les flambeurs. Et quand je vois les difficultés financières actuelles du monde associatif, je regrette que les militants gays aient choisi le week-end du sidaction pour dépenser autant d’argent pour organiser un meeting électoral aux Folies Bergères (au moins 25000 euros m’a-t-on dit, soit plus que les 20.000 euros de la subvention annuelle du sidaction attendue au Centre lgbt en 2012). Ils m’ont dit : « c’était une belle soirée, émouvante ».

Et j’ai pensé : décidément, je ne suis pas moderne, car il n'y a pas si longtemps, pour communiquer et nous rassembler, on organisait aussi des belles soirées, c’était des fêtes, il y avait aussi des prises de parole… (sans remonter au Palace de 1981, ni aux fêtes d'après Gay Pride, de la Mutualité au Cirque d'hiver, en passant par l'Aquaboulevard, ou encore les galas pour Act-Up, etc.). On en garde aussi de très bons souvenirs, à la différence près que ces soirées étaient organisées pour gagner de l'argent, pas pour en dépenser ! On ne comptait pas sur les subventions pour militer.

Mince ! Est-ce donc parce que je suis un affreux commerçant que je pense ainsi ?

jeudi 5 janvier 2012

Bonjour 2012

Un regard sur l’année 2011 en guise de vœux du nouvel an. Une apologie des folles, de bons souvenirs, une pique à Têtu et un hommage aux danseurs et danseuses du début de soirée.

Il est vrai que La Boîte à Frissons a gardé un côté juvénile, puisqu’elle fonctionne en « année scolaire » ! Nous débutons notre saison début septembre avec les écoliers et nous l’achevons en pleines vacances d’été. Mais cela ne nous empêche pas de nous adonner aux usages traditionnels de la nouvelle année et de vous adresser tous nos vœux !

2011 une année folle !

En février nous avons organisé le Bal des Folles. Mine de rien, nous affirmions ainsi notre ras-le-bol du rejet des folles par bon nombre de gays. Historiquement ce sont toujours elles qui osent se montrer et ouvrent la voie à nos luttes. Ce sont elles qui ont de l’humour, qui savent s’habiller et mettre de la couleur dans notre monde souvent trop gris et conventionnel. Ce bal a été un succès, très bien annoncé par la série de portraits réalisée par notre DJ, Gilou. Merci à tous ceux qui ont accepté de faire partie de cette galerie de photos que vous retrouverez sur notre site ou sur facebook.

C’est à l’occasion de ce bal que j’ai donné naissance à Hervé Lafolle, un genre de Madame Hervé light. Par la suite j’ai remarqué que ce personnage plaisait moins que la dame originale. Comme quoi… Cela pourrait être un sujet de réflexion d’étude sur le genre ! Une chose est certaine, le gay se laisse plus facilement tripoter par un travelo que par une vieille folle !

balfol011.jpg rvlafolle01mini.jpg

Le placard à chansons a eu du mal à s'ouvrir

Année de la follitude également avec la production du spectacle Chantons dans le Placard, qui dans son genre est aussi un hymne à la liberté et un hommage à tous les chanteurs et chanteuses qui ont osé aborder le thème de l’homosexualité à des époques où il était plus populaire d’être homophobe. Le spectacle a plu mais n’a pas trouvé l’écho que j’espérais. On s’en sort avec un beau déficit financier, fort heureusement supportable grâce au succès des soirées au Tango. Il y aurait beaucoup à dire sur la timidité des grands médias qui peinent encore à s’intéresser à un tel spectacle, qualifié à tort de « trop gay ». Mais que dire d’un magazine comme Têtu, prévenu largement en amont, qui n’a su consacrer à cette anthologie de la chanson gay et lesbienne qu’un petit tiers de page ? Ils préfèrent visiblement consacrer des colonnes entières à la culture main-stream, celle qui s’étale déjà dans tous les autres journaux hétéros, et attire sans doute plus facilement les annonceurs publicitaires.

Quelle folie aussi au dernier Bal des Travs, où nous avons inauguré un atelier de travelottage qui a attiré beaucoup de monde, y compris un journaliste célèbre qui n’en revenait pas de son audace et s’est bien amusé !

Vive les danses à deux !

Pour finir je voudrai adresser un gros bisou particulier à nos danseurs et danseuses du début de soirée, ceux qui pratiquent les fameuses danses de salon. Je salue les Gais Musette, avec qui je m’entends bien à nouveau (c’est un vrai bonheur, comme si la crise d’adolescence de ce bébé était passée, mince je deviens vraiment vieille !), je félicite le jeune Julien qui a monté un nouveau cours de danse (Laissez moi danser !), et je vous encourage tous et toutes à vous lancer sur la piste en début de soirée : danser à deux c’est tellement chouette !

L'image de nos vœux pour 2012 :

IMG_4109.jpg

un bal du mélange des genres, tous les publics (pas trop d'hétéros beaufs tout de même), toutes les danses (et toujours les danses à deux), toutes les musiques (sauf la techno). Mince ! Un programme qui n'a pas pris une ride depuis 1997 !

dimanche 18 décembre 2011

Pour un centre LGBT autonome

Depuis sa création en 1993 le centre gay et lesbien (devenu LGBT) est devenu un bel outil au service de toute la communauté LGBT. Pourquoi aujourd’hui vouloir lui retirer son autonomie et son indépendance ? C'est pourtant ce qui se trame dans un projet de fusion entre le centre LGBT et l'Inter LGBT.

Un projet de fusion entre le Centre LGBT Ile de France et l’Inter LGBT est actuellement discuté. Ses promoteurs pensent que dans un contexte de crise du militantisme, cela permettrait d’unir les forces LGBT et d’économiser les moyens matériels et humains. Je pense que cette fusion, impliquant un nouveau changement des statuts du Centre, serait une erreur. En revanche, ce projet nous donne peut être une occasion de redéfinir et de clarifier les rôles, missions et moyens d’action du Centre et donc aussi peut être de l’Inter LGBT.

Retour sur l’histoire du Centre

Cette histoire pourrait se lire à travers les différentes modifications des statuts de cette association créée en 1993. Chaque changement, en particulier lors des premières années, a fait l’objet d’une bataille entre d’une part certaines associations dites « politiques » et d’autre part les individus, appelés aujourd’hui les « volontaires » qui animent et gèrent concrètement le fonctionnement du centre. Les enjeux de ces discussions se résument en quelques questions fondamentales : Quel est le rôle du centre ? Qui doit le contrôler ? Comment faire en sorte qu’il reste ouvert à toutes les composantes de la communauté LGBT, et qu’il parvienne à être un lieu d’accueil vivant, dynamique et culturellement intéressant ?

Au départ, la création du centre a été voulue et portée par la volonté politique de militants, notamment de l’association Act-Up à l’époque de son heure de gloire. Puis peu à peu on s’est rendu compte que le centre était avant tout un lieu d’accueil, avec plusieurs dimensions, sociales, culturelles, de prévention du sida. La « rue Keller » était devenue une ruche LGBT, où s’opérait dans des locaux exigus un brassage permanent. Est apparue une contradiction, qui peut être survit encore aujourd’hui. Pour bien fonctionner, le centre a besoin d’une vraie équipe de personnes motivées et très impliquées. Mais pour perdurer et ne pas dépendre que d’individus, il a besoin d’être également suivi et utilisé par les associations, qui sont la vraie richesse de la mouvance LGBT et s’inscrivent davantage dans la durée que les personnes. Pour réaliser cet équilibre, les statuts actuels ont délibérément affirmé l’indépendance du centre par rapport aux associations justement plus « politiques », comme l’Inter LGBT, mais également SOS Homophobie, les groupes rattachés à des partis politiques, etc. Ces associations peuvent être membres du centre, avoir un droit de vote en assemblée générale, mais ne sont pas éligibles au conseil d’administration, et ceci, précisent les statuts « afin de garantir l’indépendance politique du centre LGBT », et « cela vaut pour l’association elle-même comme pour ses principaux représentants… ».

En gros l’histoire du centre a été l’acquisition de son autonomie par rapport au mouvement militant LGBT, assortie de l’affirmation de son indépendance politique : d’un côté le centre pour accueillir tout le monde, offrir des services, développer une expression culturelle ; de l’autre les associations militantes chargées de la revendication politique des LGBT.

Cette belle répartition des rôles et des tâches a connu quelques secousses. Par exemple à une époque où les dirigeants de l’Inter LGBT (alors encore Lesbian and Gay pride Paris) ne s’entendaient pas très bien avec ceux du Centre Gay et Lesbien (cela remonte très précisément à la fin des années 90 après la fameuse banqueroute de la fête de Bercy en 1996) les organisateurs de la Gay Pride ont marché sur les plates-bandes du Centre en organisant « le printemps des associations », événement qui aujourd’hui nous paraitrait relever plus directement du Centre. Quant au Centre il est parfois tenté d’apparaitre comme le porte-parole légitime de tout le mouvement LGBT : comment interpréter aujourd’hui ses nombreux communiqués de presse prenant position sur de nombreux sujets politiques sans que l’on comprenne très bien comment ils sont élaborés, et du coup ce qu’ils expriment réellement : l’opinion du conseil d’administration du centre ou une véritable position collective de l’ensemble des adhérents du centre ?

Pour un Centre LGBT autonome

Nous devons retenir les enseignements de cette histoire du mouvement LGBT. Là où il y a de « l’inter-associatif », il y a des tentations de s’en attribuer la représentativité, cela se traduit par des luttes de pouvoir et des conflits politiques. Le Centre LGBT doit s’en tenir à l’écart, il n’a pas vocation à être le porte-parole de la communauté LGBT. Son intérêt est au contraire de continuer d’être un lieu de rencontre et d’échanges au service de tous.

Nous devons à Christine Le Doaré , actuelle présidente, une certaine institutionnalisation du Centre LGBT Paris Ile de France: installé dans de nouveaux locaux, financé par les collectivités locales, correctement géré, le Centre est devenu un bel outil au service de toute la mouvance LGBT. Il serait donc dommage aujourd’hui de bouleverser cet équilibre qui a été si difficile à mettre en place.

Le Centre parvient à une nouvelle étape, il doit s’inscrire dans la durée et relever le défi du changement d’équipe annoncé (Christine Le Doaré qui a beaucoup donné pour le Centre souhaite quitter la présidence en février prochain). Ce n’est pas en procédant à un énième changement de statut, ni en fusionnant avec une association qui a toujours eu une vocation politique que nous assurerons un avenir tranquille au Centre. Il ne doit pas devenir un lieu d'affrontement idéologique et politique, au contraire il doit accueillir tout le monde, rester indépendant, et permettre le dialogue entre tous et toutes.

mardi 23 août 2011

En attendant la rentrée

Votre taulière se mélange l'esprit, anticipe les anniversaires mais prépare tout de même sa rentrée.

Cette semaine c’est une pré-rentrée. Les rues s’animent, les coups de fil repartent, la carnet de rendez-vous se remplit, même Méziane annonce son retour le week end prochain. Et je me rends compte que j’ai abandonné mon blog depuis plusieurs semaines. Il faut dire que j’ai eu un traumatisme qui m’a coupé l’inspiration !

Imaginez que depuis un an je m’étais mis en tête l’idée qu’en septembre 2011 nous allions fêter notre quinzième anniversaire. Ben oui normal, puisqu’il y a deux ans nous avions fêté le 13ème et l’an dernier le 14ème…

anniversaire09pastille.jpg Anniversaire10pastille.jpg

Sauf que l’autre jour, Gilou, le DJ surdoué, m’a fait une leçon de calcul et m’a envoyé le calendrier officiel. J’avais confondu le nombre de saisons et le poids des ans. Nous allons donc effectivement achever notre quatorzième saison et atteindre l’âge de 14 ans (pas encore la majorité sexuelle !), et donc entamer la quinzième saison du Bal de la Boîte à Frissons au Tango (vous me suivez ?).

15-ANS-2pastille.jpg

Ce mélange des chiffres m’a perturbé et j’ai abandonné la rédaction du feuilleton d’été annoncé précédemment… J’ai encore toute une année pour rédiger les mémoires de notre quinzaine. De même, du coup les festivités seront réduites au minimum syndical. D’abord j’ai horreur des anniversaires, et nous promettons de faire mieux l’année prochaine, pour les vrais 15 ans !

Le vendredi 2 septembre, Madame Hervé sera de retour, non liftée, naturelle, pour entamer la 15ème saison, et ce seront les Chansons du Placard qui seront les vedettes du premier show de l’année.

samedi 4 juin 2011

La culture LGBT : un alibi commercial ?

Qui a le culot de nous faire passer une semaine de clubbing techno pour un grand festival culturel LGBT ?

Cela fait des semaines, pour ne pas dire des mois que tous les médias gays nous matraquent avec le «1er festival des cultures gay LGBT de Paris » qui va se dérouler pendant la semaine de la Gay Pride. Est-ce que l’on se moque de nous ? Ou est-ce que l’on nous prend vraiment pour des niais ?

« Paris Circuit Party » est en fait une semaine de clubbing à grande échelle judicieusement organisée pendant la semaine de la Gay Pride. Point. Tout le reste n’est que de l’habillage pour épater, et probablement pour récolter, sinon des sous, du moins des soutiens. Par exemple, la mairie de Paris est partenaire : décidément les princes de l’hôtel de Ville sont bien mal conseillés.

Pour la petite histoire, l’organisateur de ce pseudo-festival, Denys Fischer, est venu me rencontrer en janvier. Il m’a sorti son discours du mieux disant culturel : une semaine d’évènements, des expos, des débats, du théâtre, de la chanson, du cinéma… Il m’a surtout vanté les perspectives d’une communication monstrueuse ! Je lui ai parlé culture : les visites de Paris Gai Village, le spectacle sur la chanson homosexuelle, un grand débat « Pourquoi la prévention du Sida n’intéresse-t-elle plus les gays ? ». Autant vous dire que je n’ai plus eu aucune nouvelle de lui ! Jusqu’à ce que son « RP » m’appelle, il y a quelques semaines, pour me demander comment je comptais m’associer à leur formidable festival ! Je suis resté poli…

Cela m’amuse donc de voir cette orgie de communication autour de ce non-événement. La presse gay est bien forcée de relayer l’information d’un gros annonceur publicitaire (y compris les sites internet qui se proclament plus indépendants !), mais la Mairie de Paris, que vient-elle faire dans cette galère ?

Mine de rien c’est tout une conception de la vie publique qui est en jeu : le fric et les copains dictent la politique, les militants se laissent déborder par une privatisation miroir aux alouettes et la cause gay y perd son âme et sa culture ! Il serait peut être bon qu’un jour l’Inter LGBT oublie le traumatisme du fiasco du Bercy Gay de 1996, et se mette au travail pour offrir un véritable programme culturel autour de la marche des fiertés.

PS : Bon, en attendant cette « Paris Circuit Party » (prononcez de préférence avec l’accent américain), venez donc assister cette semaine à un tout petit évènement (qui a bénéficié d’une com ridiculement artisanale, sans attaché de presse, ni « RP »), mais qui en revanche, est un vrai spectacle, qui plus est, hautement culturel : en 1 h 30 vous aurez droit à un tour d’horizon complet de la chanson gay française…
Chantons dans le placard
Une comédie théâtrale et musicale de Michel Heim
Mardi 7, mercredi 8, jeudi 9,
Mardi 14, mercredi 15, jeudi 16 juin à 20 h 30
AuTango.
Entrée 20 euros. Places assises.
Réservation conseillée : resa@boite-a-frissons.fr
www.chantons-dans-le-placard.com

mercredi 9 mars 2011

Conseils pratiques pour le bal des folles

Madame Hervé a reçu un abondant courrier concernant le bal des folles. Extraits en forme de conseils pratiques.

De Jérôme Indécis : « Madame Hervé, aidez-moi, je n’ai rien à me mettre ! »

Mais mon chéri, sois toi-même, laisse juste vivre la folle qui est en toi. N’as-tu jamais eu envie d’être légèrement extravagant ? Ne t’es tu jamais retourné dans la rue pour admirer avec envie une folle exubérante : son allure, ses bijoux, son foulard, son sac !

La folie est certes un art de vivre qui ne s’improvise pas (lis régulièrement les chroniques de Candy Lafolle pour t’imprégner de cet état d’esprit), mais pour le bal des folles ne te prends pas la tête. Voici quelques indications :

- des vêtements moulants,
- de la couleur,
- des accessoires, foulard, bijoux,
- un coup de crayon sur les yeux et du gloss sur les lèvres,
- un sac à main…

Sylvain Raleur : Madame Hervé, vous me faites chier avec vos bals costumés, je viens de payer mes impôts et je suis fauché, j’ai pas un centime à investir dans vos conneries de folles ! »

Ta pauvreté ne t’autorise pas à être grossier chéri. Mon conseil ? Cherche bien dans tes armoires et tiroirs. Bien au fond, tu vas trouver des fringues que tu n’as jamais osées mettre ! Pourtant tu as un coup de cœur quand tu les as achetées… Et bien vendredi soir, vas-y, ressors les ! Le dress code est : lachez-vous !

De Simon Intello : Mme Hervé, pouvez-vous m’expliquer la différence entre une folle et un travesti ? Le bal des folles n’est pas le bal des travs ?

Pour être concret et pratique. Le travesti s’habille en femme : c’est compliqué, cela demande au moins deux heures de préparation, il faut investir en robes, chaussures, produits de maquillage hors de prix, etc.
La folle ne cherche pas à changer de sexe, elle joue avec son allure, lui donne une note de féminité pour le fun, mais ne méprise pas pour autant sa masculinité.
Le délire vestimentaire de la folle est donc beaucoup plus facile à réaliser que le travestissement.

De Rémi Rumeur : Je suis très inquiet, un bruit circule que ce bal des folles serait l’enterrement de Mme Hervé qui se transformerait en Hervé Lafolle…

J’apporte à ce bruit de couloir le plus formel des démentis. Madame Hervé sera toujours là, notamment pour présenter la folle académie et animer son bal des célibataires. En revanche, Hervé Lafolle pourrait effectivement devenir un nouvel habitué de certaines soirées… !

Dans tous les cas, je suis et reste votre dévouée taulière !

vendredi 18 février 2011

Le bal des folles

Quelques questions à Madame Hervé pour comprendre ce que sera le bal des folles, le vendredi 11 mars prochain.

- Madame Hervé êtes vous inconsciente, d’organiser un bal des folles, alors que règne dans la communauté gay une incontestable follophobie ?

- Je n’ai pas réfléchi, j’écoute mon intuition. Le monde gay est traversé par un courant très morose. Nous nous sommes fourvoyés dans un modèle très homo-normé, assez ringard, qui se résume dans le slogan novateur aux débuts des années 80 : « le droit à l’indifférence » (Jean Louis Bory par exemple). Il nous faudrait rentrer dans le rang, passer inaperçus, adopter les normes de la société hétéro, nous marier, avoir des enfants, mettre en prison tous les vilains homophobes, laisser tous les gentils hétéros venir nous imposer leur mauvais goût dans nos soirées, et peut être manifester en costume cravate à la gay pride.

- Et donc, c’est la folle qui peut nous sortir de cette atmosphère déprimante ?

- Elle l’a toujours fait, à toutes les époques. Et ceux qui affirment « folles s’abstenir » ignorent que ce sont elles qui mettent l’ambiance, surprennent, lancent les modes, pratiquent l’humour, décontractent, provoquent, et au bout du compte, font avancer les mentalités. Le bal des folles, quelques jours après le mardi-gras c’est, comme dirait Yvette Leglaire, un hommage !

- Et vous attendez quoi ce jour là ?

- Nous avons une seule consigne : lâchez-vous ! Franchement ces derniers temps la majorité du public gay me déçoit. J’en perds mes repères et mes valeurs, rares sont ceux qui font un effort pour se looker, ne serait-ce que s’habiller un peu pour sortir ! Certains hétéros font plus gay que les gays ! Heureusement, il y a une jeune génération qui arrive et semble plus fantaisiste et à l’aise. Je vois quelques jeunes qui adorent porter des talons, et on a toujours les fashion-victimes-sympas que j’adore (j’aime moins le vrai milieu de la mode, prétentieux et mal élevé). Côté lesbiennes, les Lipsticks outrancières, peu nombreuses, sont tellement fun ! Voilà l’idée de ce bal : pour une fois, pour un soir, laissez surgir la folle qui sommeille en vous.

- Et vous attribuerez des prix ?

- Oui comme à Cannes on décernera des récompenses, mais il n’y aura pas pour autant de carré VIP au Tango, ce n’est pas le genre de la maison, nous restons une boîte populaire ! Du reste on improvisera selon les looks des uns et des autres. Mais j’avoue que je serais tellement heureuse de pouvoir attribuer un prix à toutes les composantes de la follitude gay : nounours, cuir, latex, travelo, butch, trash, dragg, BCBG (pas trop ceux là, ils sont trop souvent sarkozystes !), ultra modasse, militante, intello-défroquée, avenante et même chaudasse !

- Quelques conseils pour aider le public à se préparer ?

- Ne vous compliquez pas la vie, le bal des folles c’est l’inverse d’un bal costumé, pas de concept à imaginer, juste se laisser un peu aller : un foulard autour du cou, un pantalon coloré que vous n’avez jamais osé mettre, un tee-shirt si sexy qu’il en est provocant, tous les bijoux qui traînent dans votre tiroir, voire, vous maquiller les yeux ou la bouche, sculpter au gel vos cheveux, garder avec vous un sac à main si pratique… Voyez, il n’y a pas que le strass, les brillants et les paillettes qui apportent de la folie.

- Et Madame Hervé ce soir là ?

- Madame Hervé ne sera pas là, elle sera remplacée par Hervé Lafolle lequel a un vrai trac : le voilà obligé de laisser vivre la folle qui est en lui. Qui sait, peut être est-ce une nouvelle phase de la vie de Taulière qui va débuter ce soir là ?

20110311.jpg

mardi 21 décembre 2010

Des pédalos qui ont mal vieilli…

Madame Hervé est tellement déçue du spectacle « Encore un tour de pédalos », que cela lui donne l’occasion d’analyser trente ans de vie gay et de crier haut et fort : vive les gays, vive les folles !

Je me souviens, j’avais 20 ans (ou 21 je ne sais plus), je venais de débarquer à Paris. J’étais un jeune homosexuel qui faisait ses premiers pas dans le monde gay et construisait son identité. Un ami, un peu plus âgé que moi, m’invita dans un petit théâtre près de Montparnasse à assister à un drôle de spectacle « Essayez donc nos pédalos ». Pour nos plus jeunes il faut expliquer le contexte : à l’époque, les homos (qui étaient en train de devenir gays) cherchaient à acquérir une nouvelle place dans la société. Les pédalos, qui ont tourné partout en France, faisaient un pied de nez à « la cage aux folles » en se réappropriant magistralement insultes et clichés. Le spectacle proposait une galerie de portraits : du tapin au mari au foyer, en passant par le travelo, le dragueur nocturne, et même le pédophile ! Le parti pris était de rendre compte avec humour, tendresse et parfois sarcasme des différents aspects de la vie des homosexuels. J’ai gardé un souvenir merveilleux de ces Pédalos qui figuraient en tutu sur les affiches, et fredonner leurs refrains me redonne toujours le sourire et l’envie de bien vivre dans ma peau de pédé !

L'affiche des pédalos en 1979 : l'époque où l'on osait le tutu ! pedalos.jpg

Quelle ne fut donc pas ma hâte lorsque j’ai appris que le même auteur, Alain Marcel, allait les faire revivre ! Trente après, je me retrouve donc dans un grand théâtre (du Rond Point), subventionné et prestigieux. J’invite deux amis, un jeune et un plus vieux que moi, histoire de croiser les regards d’autres générations. J’appréhende un peu, ayant été alerté par la lecture d’une présentation du spectacle dans la presse : je me demande pourquoi l’auteur a adopté une grille de lecture ethnique et religieuse du monde gay (ses quatre personnages se nomment le Juif, le Français de souche, le Noir et l’Arabe !). En revanche, je n’avais pas remarqué le sous titre du nouveau spectacle, qui effectivement résume parfaitement les propos de l’auteur : «Je hais les gais » (moi qui suis un militant francophone je trouve ridicule l’écriture « gai » pour rendre compte d’un phénomène de société mondial, non accessoirement issu des Etats Unis). Hélas, il n’y a pas l’ombre d’un second degré dans cette explication de texte.

Dès le début du show je suis glacé. Pas de décor, juste les murs gris du théâtre, rideau noir en fond de scène, un piano qui nous tourne le dos (on découvre le visage du pianiste lors des saluts) et des éclairages blancs coupés au carré. Pire ensuite, pour un spectacle sur les homos, nos quatre personnages ethnicisés sont habillés dans d’affreuses tenues : manteaux gris, pantalons noirs lâches. Ces garçons sont tous habillés de la même manière (inutile de les distinguer puisque vous l’avez compris leur identité est ethnique et religieuse), trois ont les cheveux rasés, le quatrième les cheveux courts plaqués. « Bon, cela commence mal me suis-je dit », tandis que mon jeune voisin pensait que ces manteaux moches dissimulaient des tenues plus affriolantes qui allaient surgir à la suite d’un astucieux effeuillage. Mais non, le ton ne variera pas, puisque les déshabillages ne feront apparaître que du marronnasse, sauf vers la fin, lorsque nos acteurs (au demeurant excellents) se dénuderont, arborant tous le même boxer, toujours sombre et sobre. Bien entendu, comme dans tout bon spectacle gay, actuel et bien pensant, le travestissement n’est plus de mise.

Et nous voici parti pour notre galerie de portraits du monde « gai ». Mais quelle affreuse époque vivons nous mon pauvre Monsieur ! Savez-vous ce que sont devenus les gays ? Ils s’enferment dans un ghetto (y’a même un boulanger gay, un syndicat…), ils draguent avec méchanceté, ils sont souvent blasés, colportent des ragots et se moquent de ceux qui ne sont pas de leur monde ; parfois ils ont du fric et sont encore plus dégueulasses, ils pratiquent le tourisme sexuel et ne ratent pas une occasion pour fantasmer sur les arabes et les noirs (tiens nos pauvres asiatiques sont encore une fois oubliés). Le Sida ? Cela nous donne des rimes très fines : « je suis un minet tu m’as contaminé ». Pour finir nous avons droit à une interminable scène où se succèdent le viol de l’esclave noir, la déportation nazie, et surtout, au pire mal des temps présents, la pendaison de l’homosexuel en Iran, chez ces musulmans fanatiques. Ce n’est plus de l’auto-critique des gays par un gay, c’est une auto flagellation, un regard désespéré (ou simplement aigri ?) sur trente ans de vie gay.

Je plains le jeune de 20 ans, en pleine découverte de son homosexualité, qui viendra voir le spectacle ! Qu’est devenu le formidable souffle optimiste et combatif des Pédalos de la fin des années soixante dix ? Est-ce que trente ans de lutte nous ont mené à ce sombre tableau ? Est-ce que les homos auraient perdu leur humour et leur flamboyance ? La vie gay est-elle devenue si moche ? Sincèrement je ne le crois pas, et personnellement, si j’avais eu à proposer des portraits d’homosexuels des années 2010 j’aurai choisi une toute autre optique, et mes chansons auraient été beaucoup plus gaies ! Jugez plutôt !

Ainsi habitant le Marais j’achète mon pain dans la boulangerie gay, une des meilleures du quartier, magnifiquement gérée par un couple de professionnels hors pair. Le personnel y est ravissant, et mieux super sympa ! Même que tous les hétéros du quartier (toujours majoritaires ceux là !) la fréquentent avec plaisir.

Le syndicat gay, c’est pas juste une corporation, c’est lui qui organise la plus dingue, la plus colossale des distributions de préservatifs en France (et peut être même dans le monde). Combien de camions semi remorque emplis de préservatifs, les gays ont-ils consommé depuis l’apparition du Sida ? Car si le relapse existe bel et bien, qui c’est-y qui a montré aux hétéros que les préservatifs pouvaient sauver les acquis de la libération sexuelle ?

Sur facebook (pas grand-chose là-dessus dans le spectacle, Internet est pourtant au centre de notre vie actuelle) j’ai crée un groupe « Ethnik Queer », parce que j’adore le mélange des origines culturelles. Et il y aurait tellement de choses drôles et riches à raconter sur les couples gays mixtes. Toutes ces belles histoires d’amour qui ont débuté à l’autre bout du monde, car les vacances et le tourisme sont propices au débridement sexuel ! Le bon côté de la mondialisation est cette circulation qui fait que les gays se rencontrent à Casablanca, Bangkok, Rio, et même Pékin… Et Paris est un carrefour où se réfugient des gays de tous pays, un laboratoire où nous devons apprendre à nous méfier de nos préjugés culturels. Demandez à cet ami chinois, s’il est agréable d’être toujours pris pour une pute, à chaque fois qu’il se promène avec son ami français de souche : son salaire est beaucoup plus élevé que celui de son mari, ils ont le même âge, mais le « blanc » fait beaucoup plus vieux…

Je ne suis plus tout jeune (puisque j’ai eu la chance de voir les Pédalos il y a trente ans), mais je pourrai vous confier comment je me découvre, et m’accepte folle sur le tard : je me permets des audaces de toute sorte que je n’aurai jamais, ne serait-ce qu’imaginé, lorsque j’avais 20 ans. Et j’ai ces dernières années rencontré plein de vieux messieurs qui se sont adonnés à la passion du travestissement une fois à la retraite, ils sont touchants et souvent très drôles (il y a eu un joli reportage sur eux à la télé dernièrement). Sans parler des mecs qui attendent la cinquantaine pour s’aventurer vers de nouveaux horizons sexuels, quitte à prendre de temps en temps un billet d’avion pour Berlin… Vieillir gay peut aussi être fun et ne condamne ni au cynisme, ni à la dépression.

Il y a trente ans je n’avais aucune idée de ce qu’était une (et encore moins un) transsexuel(le)s. Depuis je les adore parce qu’elles (ils) brouillent nos identités, notre langage, notre vision du monde. Tenez, en ce moment il y a un spectacle très sympa, d’une trans qui se met en scène, façon « la vie rêvée d’une trans », du reste elle a appelé son show « Princesse sans royaume ». Alors au lieu d’aller dans le grand théâtre du Rond Point voir un spectacle qui souhaite nous donner une mauvaise leçon, courrez dans le minuscule Instinct Théâtre (plus connu sous le nom Club 18) le mercredi soir à 21 heures voir Sony Chan. Là, sans prétention, et même modestement, vous y serez un peu bousculés : on y traite le thème identitaire avec humour et émotion.

Alors triste et impitoyable la vie gay parisienne ? Demandez plutôt à tous ces gays du monde entier qui aimeraient tant qu’on leur accorde un visa pour qu’ils puissent venir y vivre.

- page 1 de 13

La Boîte à Frissons

Programme des soirées

Galeries de photos ()

Mailing-list

Inscrivez-vous à la mailing-list de la Boîte à Frissons :

 
Annuler mon inscription

 
 
La Boutique !
 
laissez nous danser