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mardi 21 septembre 2010

Ne me forcez pas, je n'aime pas le luxe !

Pourquoi Madame Hervé n'aime pas les hôtels de luxe ?

Le luxe provoque en moi un double sentiment : je suis partagé entre la fascination et la répulsion. Prenons l'exemple des hôtels.

Dans certains pays exotiques, vous pouvez vous payer un palace pour le prix d'un hôtel deux étoiles en France. Il est assez difficile de ne pas succomber à la tentation : imaginez, un ancien bâtiment rénové, une chambre immense, un jardin luxuriant, une piscine, une salle de bains de la surface de votre chambre parisienne, un personnel discret et poli...

Certes, mais se faisant vous devez accepter d'entrer dans le ghetto des riches, et croyez moi, il est beaucoup plus immonde que le ghetto gay !

Votre îlot paisible de verdure est protégé par un mur, et son entrée est surveillée par un gardien en uniforme qui s'ennuie là jour et nuit. Pendant que vous prendrez votre bain dans la piscine, vous serez observé par un jardinier, accroupi dans un coin, occupé à ramasser les mauvaises herbes ou replanter des fleurs. Il est probable que le prix de votre chambre (si étonnamment bon marché pour vous) représente au moins deux fois son salaire mensuel. Bon j'arrêterai là la démonstration. Goûter au luxe est d'autant plus culpabilisant que vous êtes dans un pays pauvre. Et je vous l'accorde, c'est injuste, car chez nous, les riches peuvent jouir du luxe sans état d'âme.

Mais pire encore ! Dans le ghetto luxueux de votre palace vous devrez vivre avec les autres clients du lieu. Et alors, quel ennui ! Que des « blancs » (j'emploie ce terme issu de l'époque coloniale), oui que des touristes du monde occidental riche. C'est un peu paradoxal mais c'est ainsi, les riches locaux ne se mêlent pas aux touristes et ils ont d'autres hôtels pour eux, mais là ne rêvez pas, vous n'aurez pas les moyens de vous les payer !

Le touriste blanc réfugié dans son havre de verdure est chiant. Il évolue dans l'hôtel en silence, vous dit à peine bonjour, ne sourit pas. Il n'a probablement pas non plus l'habitude de tout ce luxe et n'est pas vraiment à l'aise. S'il est vraiment bourgeois, il paraît plus détendu, mais enveloppé dans sa dignité ne parvient pas à masquer son ennui blasé. Donc vous avez parcouru des milliers de kilomètres pour goûter à l'exotisme, pour rencontrer une autre culture, et vous vous retrouvez parqués dans un théâtre d'ombres, au confort normalisé à la mode occidentale...

C'est l'écrivain québécois Michel Tremblay, qui m'a permis de dépasser mes sentiments contradictoires vis à vis du luxe. Lorsqu'il était venu à Paris assister à la première de sa pièce « la duchesse de Langeais », j'avais voulu l'inviter dans un grand restaurant, il avait décliné mon invitation : « Non, je n'ai pas été élevé avec le goût du luxe, il me rend mal à l'aise ». Du coup je l'avais emmené déjeuner à la guinguette du Martin Pêcheur sur les bords de la Marne. Et pour moi ce fut une sorte de révélation. Lui ce grand écrivain, si connu, probablement très riche, restait fidèle aux valeurs qu'il avait si bien décrites dans ses livres.

C'est comme dans l'histoire où le roi est nu ! Les hôtels luxueux sont non seulement socialement immoraux, mais aussi d'un tel ennui ! Il suffit juste de le dire.

lundi 20 septembre 2010

Affronter sa condition de gay en voyage

Madame Hervé rapporte de ses lointains voyages récits ou réflexions. Elle vous raconte ici comme il est dépaysant de fréquenter les hôtels hétérosexuels...

Déjà, lorsque vous êtes gay, aller à l'hôtel vous ramène à votre condition de déviant sexuel. Vous avez pris soin de réserver une chambre avec un grand lit, pourtant dès que vous vous présentez à la réception, et que vous êtes identifiés comme un couple de mecs, votre grand lit se transforme en « lits jumeaux » (comme si les jumeaux ne pouvaient pas dormir ensemble !).

Au petit matin, la nuit d'amour passée à vous câliner vous a ôté de la tête que nous vivons dans une société hétérosexuelle. Mais dès que vous allez entrer dans la salle où l'on sert le petit déjeuner, vous allez reprendre conscience de votre condition de gay : vous êtes le seul et unique couple de mecs attablé. Autour de vous règne une normalité désastreuse. Quelques messieurs seuls, probablement en voyage d'affaires, et des couples hétéros qui vous regardent comme une curieuse anomalie dans le décor.

Si vous restez quelques jours dans le même hôtel, vous pourrez poursuivre votre observation. En général le personnel s'habituera vite à vous et sera charmant. Ne plaisantez pas, les gays sont appréciés des femmes de ménage, ils laissent une chambre plus propre que les hétéros (cela fait cliché, mais interrogez les dames en question, elles seront unanimes à ce sujet !), et ils apportent une touche de pétillant dans l'hôtel. Encore un cliché ? Observez ! Qui sont encore les clients qui peuvent se changer trois fois par jour ? Car pour l'hétéro de base, voyager est synonyme de relâchement généralisé, il va porter des bermudas immondes, ne plus se raser et garder trois jours de suite le même T-shirt XXXL.

Alors de temps en temps, lorsque c'est possible, je fréquente les hôtels gays. Le ghetto a parfois du bon. On y est toujours bien accueillis, les lits sont grands, le petit déjeuner servi à point d'heure, on y assiste à des défilés de mode et je peux prendre la main de mon ami entre le jus d'orange et le thé.

(A suivre : demain, Madame Hervé vous expliquera pourquoi elle n'aime pas les hôtels de luxe !)

lundi 14 décembre 2009

Au-delà des clichés : carte postale de La Taulière en Thaïlande.

Quelques semaines après les déboires de notre ministre de la culture avec ses récits de voyage en Thaïlande, et alors que je sors à Paris un livre sur la prostitution masculine, vous imaginez bien qu’il n’est pas aisé de vous envoyer une carte postale de ce pays que j’aime tant, mais qui a si mauvaise réputation.

Un voyage en Thaïlande est forcément suspecté de « tourisme sexuel ». Les reportages putassiers ont bien fait leur travail, les stéréotypes sont bien ancrés dans la bonne conscience collective.

Comment vous expliquer ensuite, que justement, les choses ne sont pas si simples. Que certes il existe effectivement en Thaïlande, tout un secteur d’activité touristique qui s’appuie sur la prostitution, mais qu’il est stupide de réduire la vie gay à cette seule réalité. C’est comme si la vie gay française était réduite à la fréquentation du Dépôt et des autres baisodromes du même genre.

A Pattaya, début décembre, autour de la journée mondiale contre le Sida était organisé le « Pattaya Gay Festival », une semaine de shows et autres événements destinés à récolter des fonds pour la lutte contre le Sida et la prévention. A cette occasion j’ai rencontré le docteur Philippe Seur, qui depuis presque dix ans, tient un dispensaire qui prodigue des soins et distribue des médicaments à des malades du Sida de la région (plus de 1800 malades ont été concernés, des hommes, des femmes, des gays, des hétéro, des trans).

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A Udon Thani, grande ville du Nord Est de la Thaïlande, j’ai assisté à de curieux concerts de musique traditionnelle, qui attirent tous les LGBT de la région. Et ici, cette notion de diversité sexuelle n’est pas qu’un mot : se mélangent allègrement les garçons gays, les folles hystériques, les efféminés, et tous les ladies boys de tous les styles : travelottées, hormonées, opérées, féminines, campagnardes, masculines, fines, grosses… Dans un espace qui rassemblait une foule de plusieurs milliers de personnes, ils devaient être plusieurs centaines, créant leur propre «gay festival » informel à l’intérieur de la fête.

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J’ai croisé l’association gay locale qui distribuait des préservatifs, et du coup le lendemain j’ai pu réaliser une interview de son responsable, en profitant de la présence auprès de moi d’un thaïlandais parfaitement francophone.

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Le lendemain, dans un petit village, nous retrouvions toute une équipe d’amis sur le terrain de volley ball de l’école communale. Ambiance « Iron Ladies – Satreelex » (célèbre film sur l’équipe de Volley « queer » qui, en 1996, gagna le tournois national de Thaïlande).

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A Bangkok, l’ambiance gay est parfois très formatée à l’occidentale, j’en ai eu un aperçu dans un vernissage-performance d’une exposition de photos. Mais une virée dans les établissements gays strictement thaïs (les farangs n’y sont pas très bienvenus) me permettra d’élargir ma vision.

Et lorsque je rentrerai en France, mes amis parisiens me regarderont avec un petit sourire en coin : « c’était bien ton séjour en Thaïlande ? » Et je pourrai leur répondre : "Sans doute beaucoup plus enrichissant que toutes les heures que vous passez à draguer sur le Net ou à vous envoyer en l’air dans les backrooms."

PS : Je n'ai rien contre les backrooms, ni contre la prostitution, mais admettez que ces formes de sexualité gay n'englobent pas toute la sociabilité gay.

PS bis : Mon ami photographe Amaury Grisel m'accompagnait. Il a réalisé de très nombreuses photos de tous les gays et ladies boys que nous avons croisés. Nous espérons pouvoir présenter son travail sous la forme d'une exposition et peut être d'un livre.

dimanche 13 décembre 2009

Le bruit des autres

Leçon de savoir vivre en Thaïlande. Ou comment apprendre à supporter que "les autres" existent, même bruyamment.

A Paris l’intolérance face aux bruits occasionnés par « les autres » devient un vrai problème, qui à terme, pourrait aller jusqu’à remettre en question des pans entiers de la vie nocturne. Faire du bruit, notamment la nuit, est incorrect et mal élevé. Dans la rue, les fumeurs doivent faire plus doucement, les bars et discothèques doivent limiter les « nuisances sonores », et les passants parler à voix basse. Dans les appartements il est de bon ton de garantir le calme pour faciliter le sommeil des voisins. Etc.

Les thaïlandais gèrent ce problème d’une toute autre manière. A première vue, du moins à travers le regard d’un bon occidental « bien élevé », ils se foutent pas mal de déranger les autres et ne manifestent aucun respect pour autrui ! Dans les villes les sonos des bars déversent leurs décibels jusqu’à plus d’heure, dans les chambres d’hôtel les télés hurlent. En ville vous pouvez trouver une discothèque qui va déverser ses décibels incontrôlés, juste sous les fenêtres d’un hôtel, ou mieux encore, à quelques dizaines de mètres d’un hôpital.

Pourquoi les thaïs supportent-ils si bien ce brouhaha ? Pourquoi cela ne les empêche pas de dormir ? Pourquoi cela ne les choque pas du tout ? Ils sont tout simplement plus tolérants face à la vie des autres, deux traits de leur caractère s’associent dans l’harmonie : un énorme individualisme à l’occidental (je fais du bruit sans me soucier des autres puisque cela me plait), et un esprit de tolérance (son bruit ne m’empêche pas pour autant de vivre).

Si l’occidental fait un effort pour surmonter son ethnocentrisme, il devient alors plus tolérant au bruit des autres : lorsque je me couche et que j’entends la sono de la discothèque du coin de la rue, je souris en pensant qu’ils doivent bien s’y amuser, et je m’endors sans souci. Le bruit des autres ne me gêne plus car il traduit juste leur existence.

Comment expliquer cela aux parisiens qui rêvent d’un couvre feu qui rendrait Paris aussi calme qu’un village de la France profonde ?

mercredi 9 décembre 2009

Petit cadeau du pays du sourire, royaume des ladies boys

En Thaïlande, elles sont partout. Notamment au cinéma et dans les feuilletons télé. Jugez plutôt...

lundi 26 octobre 2009

Carte postale de Berlin

Merci à Gaël d'exporter un esprit "Tango" à Berlin !

Salut Hervé,

Comment vas tu?

Tout va bien pour ma part J'arrête pas de profiter des soirées berlinoises.
Récemment j'ai été Dj dans une boite gay à Berlin pour une soirée française. Ça a été un franc succès. J'ai mixé avec un pote, on a passé du Mylene et Dalida. Les allemands ont adoré. On a mixé jusqu'à 8:00 du mat.
Regarde nous en action. Est ce que tu vas me reconnaître ?


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vendredi 19 juin 2009

A quand un renouvellement de la scène transformiste ?

Réflexions finales de La Taulière après une over dose de shows de drag-queens à Montréal.

On raffole de « drag-queens » à Montréal, et presque tous les grands établissements gays présentent des shows. En fait il s’agit à peu près tout le temps de numéros de transformistes, les québécois ont une expression très parlante de « personnification féminine ».

En fait, un travelo, plus ou moins ressemblant avec une vedette à la mode, vient sur scène faire un play back. Ensuite, on peut apprécier le numéro avec un certain nombre de critères : le degré de ressemblance, la finesse du maquillage, la beauté du costume (ah les plumes et le strass !), la chorégraphie réussie, la qualité du play back, etc. Mais il faut l’avouer, le plus souvent ces numéros se ressemblent, et passées les trente premières secondes de surprise, ils sont un peu lassants, ici à Montréal, comme ailleurs dans le monde. On retrouve partout les mêmes chansons, les mêmes imitations (De Tina Turner aux Whitney-Kylie-Beyonce). A croire que la culture de ces créatures est totalement étouffée par leurs perruques.

Ensuite, selon les lieux, le spectacle est de plus ou moins bonne qualité. Chez Mado la scène est grande et ils se payent le luxe de temps en temps d’avoir des danseurs qui entourent la performeuse (mais ce n’est tout de même pas comme à Bangkok où ils peuvent s'offrir dans leurs shows une dizaine de danseurs sexys et souriants). Tous rêvent en fait des grands shows, façon revue au Casino de Paris de la belle époque*…

Reste l’entre-deux numéros, le moment ou la meneuse de show intervient. C’est là qu’excelle Mado, lorsqu’elle commente sa salle, bitche le public, raconte ses conneries du jour. Dans les autres clubs d’autres drag-queens s’essayent à ce petit jeu avec plus ou moins de bonheur. Moi c’est quand même le moment que je préfère, même si parfois l’humour est facile et souvent, sorti du deuxième cerveau (celui qui se situe entre les jambes) ! Au moins il y a un échange avec la salle.

Au Tango où nous allons présenter un show chaque vendredi cet été, j’ai envie justement que l’on essaye de renouveler un peu le genre. Déjà nous avons des artistes qui chantent en direct, avec des paroles originales (ah les merveilleuses compositions de Gisèle, les impros déglinguées de Jacqueline Genou, l’intimisme de Taillefine ou les délires de Zoa !). Pour d’autres, effectivement mieux vaut le play back ! Mais dans ce cas, faisons en sorte que le numéro soit un peu soigné, drôle, progressif, à rebondissements…(Exotica et Mélissa répètent en ce moment de nouveaux numéros). Et nous inviterons de nombreux artistes qui chacun dans son genre, a sa particularité : les imitations incroyablement véridiques de Bruno Sandro, la voix surprenante de Zéa Jackson (qui cette fois chantera des classiques du disco revisités par Michel Heim), les effeuillages sexy burlesque d’Inga, etc. (surveillez le programme).

  • Pour des grands shows de ce style, pardonnez moi, mais c’est encore en Thaïlande que j’ai vu les plus impressionnants, au Tiffanys et à l’Alcazar à Pattaya !

mardi 16 juin 2009

Francophonie mon amour

La polémique du jour dans la presse québécoise ? Doit-on exclure les groupes anglophones des festivités de la fête nationale (Saint-Jean).

Au Québec, la question de la langue n’est pas une plaisanterie. Cela faisait la une de la presse ce matin : deux groupes musicaux anglophones avaient été programmés pour une soirée des festivités de la Saint Jean. Cela a provoqué l’indignation de militants indépendantistes et de personnalités autorisées (notamment les commandites, à savoir les collectivités qui financent la manifestation). « Le jour de la fête nationale, on doit parler français » disent-ils. « C’est quoi la nation, sinon toutes les communautés qui la composent » répondent les autres.

Les deux groupes ont donc été déprogrammés à la dernière minute…

Moi qui suis une miliTANTE de la francophonie, j’ai d’abord été tenté d’approuver le principe. Mais à y regarder de plus près, les francophones ne sont plus minoritaires et aujourd’hui sont quand même en position de force, surtout à Montréal. Alors pourquoi ne pas intégrer des anglophones dans la fête ? En tout cas au Tango je continuerai à me battre pour imposer une bonne dose de francophonie. Dalida restera ma préférée et je résisterai au rouleau compresseur des Madonna, Kylie et autres !

Les chansons anglaises dans la programmation musicale, c’est comme les hétéros dans la salle : tout est question de dosage, un peu ça va, trop, bonjour les dégâts !

Pour en savoir plus, site du journal La Presse

lundi 15 juin 2009

Chamailleries de Drag Queens à Montréal

Observations incognito du microcosme interlope québécois (1)

L’idée de vous raconter quelques morceaux de mes voyages est séduisante, mais finalement assez complexe à réaliser. Au Maroc, je dois respecter l’anonymat de mes amis, obsédés par la nécessaire dissimulation de leur homosexualité. Ici à Montréal, c’est presque l’inverse : mes hôtes sont trop connus pour que je me sente totalement libre de parler d’eux, sans risquer forcément de les froisser.

Dire la vérité et éviter la langue de bois n’a jamais été facile pour une Taulière, qui demeure une commerçante !

Prenez la Mado Lamotte par exemple, je vous l’ai présentée avec fierté et bonheur au Tango, et bien à Montréal ce n’est pas exactement la même. La pauvre ! Dans son cabaret, elle doit se coltiner à longueur de soirées tous les enterrements de vies de jeunes filles de la ville ! Vous savez, ces groupes de nanas ridicules, qui font tout pour être le plus vulgaires possible, et font la fête « entre elles » une dernière fois avant d’affronter l’enfermement conjugal. Et bien l’autre soir, il y en avait au moins trois groupes du genre attablées devant la scène de la plus fameuse Drag Queen de Montréal ! Sincèrement j’avais pitié. Les hétéros ont envahi le cabaret Mado : il faut bien vivre, ils sont plus nombreux que les homos… Au moins ils sont encore jeunes, elle n’en est pas encore, comme chez Michou à Paris, aux sorties des clubs du troisième âge. Donc si vous allez à Montréal, la soirée gay au Cabaret Mado c’est le mardi soir ! Là c’est bien gay comme on aime !

Un soir que j’avais un rendez-vous « hot », je me suis rendu chez un garçon tout de cuir vêtu. (Ma copine Kassandre, m’encourage à expérimenter de nouvelles sensations : « à ton âge chérie, faut élargir ton horizon, et les cuirs sont moins regardants sur la fraîcheur de la bête ! ») Mais le « cuir » en question avait surtout envie de parler, crevé qu’il était par une dure journée de travail, et quelque peu calmé par un joint de réconfort. Du coup je dois lui raconter les raisons de mon séjour dans la belle province… Et voilà-t-y pas qu’il déteste Mado ! Il me fait alors un long exposé de toutes les chamailleries que se font les Drag Queens entre elles, les rivalités, les haines, les réconciliations, les ressentiments…

J’en avais déjà eu un aperçu de ces amours vaches en rencontrant la semaine dernière Guilda, un monument local. Aujourd’hui âgé de 85 ans, Guilda a été une immense vedette, travesti génial, qui ne s’était pas contenté de « personnifier » des vedettes célèbres, mais avait créé son propre personnage : une femme très glamour, chanteuse avec orchestre et meneuse de spectacles. Or Guilda, dans sa retraite tranquille, refuse d’admettre qu’il existe toujours une scène interlope, et qualifie Mado, avec un brin de condescendance limite méchant, de « simple clown » et soupire « qu’il n’existe plus rien ! ».

Moi dans ce dédale de créatures, je me régale. Incognito, je me balade d’un bar à un autre, j’observe, j’écoute, je recueille les confidences, parfois les rancœurs, mais je m’attache surtout à écouter les passions des uns et des autres ! Je cherche, et je suis certain de trouver des idées sympas pour alimenter les fêtes à venir au Tango !

dimanche 14 juin 2009

A Casablanca, être gay c’est être obsédé par l’appel de l’exil.

Impressions de voyage à méditer en ces temps de départs en vacances.

Imaginez une grande ville blanche au bord de l’océan, le ciel est bleu, l’air est balayé par un vent incessant qui rafraîchit l’atmosphère. La ville a poussé dans les années trente et est parsemée des traces d’une splendeur passée. Les immeubles, un peu décatis, sont encore ornés de décorations géométriques et de mosaïques splendides.

Cette ville, capitale économique du pays, n’attire aucun touriste. Elle est trop grande, trop bordélique, trop industrielle, trop difficile à découvrir. Du coup les Casablancais sont sympas, ils sourient, ils ont la fierté d’être les habitants de la capitale et ne cherchent pas à arnaquer les rares visiteurs européens, qui le plus souvent habitent et travaillent ici.

Les amis gays rencontrés sont drôles, ils ont l’humour facile, sont habillés à la mode, sortent le samedi soir au « Village », boite interlope à l’ambiance unique en son genre. Ils sont étudiants, infographistes, comédiens, commerçants, journalistes, ou travaillent dans les nombreux centres d’appel téléphoniques très demandeurs de jeunes gens parlant bien le français. Internet leur fournit aujourd’hui toutes les occasions de se rencontrer, de se reconnaître et de fréquenter des voyageurs venus d’un peu partout d’Europe.

Pourtant, à la terrasse du grand café où nous sommes attablés, toutes les conversations aboutissent toujours à la même question : sera-il possible un jour d’échapper à la pression sociale et religieuse et de vivre gay en se sentant vraiment libre ? Peut-on cesser d’avoir peur des réactions des autres ? Peut-on envisager d’être soi même sans être contraint à la double vie ? Au bout du compte, comment faire pour partir, quitter le pays, et accéder à l’eldorado gay occidental ?

Il y a quelques semaines, un écrivain gay, Abdellah Taia, a publié dans l’hebdomadaire progressiste TelQuel son coming out public sous la forme d’une lettre à ses parents. Cet acte a inspiré en France beaucoup de commentaires plutôt optimistes, puisque l’on a fait un parallèle avec le contexte de libération homosexuelle de la fin des années 70. Hélas, ce n’est pas exactement l’air du temps que je ressens ici, au contraire, on a l’impression qu’une chape de plomb s’abat de plus en plus sur la vie gay. Par exemple, Internet, d’un côté leur permet de se retrouver, mais d’un autre supprime tous les anciens espaces de sociabilité. Il y a quelques années, mes amis m’emmenaient se promener la nuit et on rencontrait ainsi leurs copains. Aujourd’hui leur espace de liberté se privatise, les jeunes gays semblent moins habitués à se faufiler dans l’espace public. Tous les récits que j’entends évoquent la crainte de l’homophobie. Le café réputé autrefois comme lieu de ralliement et de rencontre, a été déserté, mes amis refusent de m’y donner rendez-vous, ils ne veulent plus y être vus et risquer ainsi d’être catalogués homosexuels. Et les rumeurs circulent, parlent d’une nouvelle vulnérabilité parce que la police surveillerait très facilement ce qui se passe sur le Net. D’année en année, la religion semble prendre du terrain et accroît la pression, les filles voilées sont toujours plus nombreuses. Un sit-com, ayant pour personnage principal un garçon travesti a été déprogrammé de la télévision nationale malgré la campagne de publicité importante qui l’avait annoncé pour le mois du ramadan : les islamistes avaient protesté et crié au scandale. La presse pratique régulièrement l’outing, comme récemment à Marrakech en faisant état des accusations d’un jeune prostitué envers le maire de la ville.

A cette terrasse de café, je me tasse sur mon fauteuil, je me sens si privilégié avec mes euros en poche et mon passeport qui m’offre tous les voyages que je souhaite. Moi qui me paye le luxe de venir ici pour goûter à leur genre de vie que je trouve plus spontané qu’à Paris (ici, nul besoin de prendre rendez-vous quinze jours à l’avance pour organiser un dîner entre amis !), j’ai de plus en plus de mal à les sentir obsédés par leur envie d’exil. Je cherche des raisons pour les dissuader, j’en aurai trouvées il y a quelques années, mais j’avoue qu’aujourd’hui je partage leur pessimisme. Et c’est au moment où ils auraient le plus besoin que nous ouvrions nos frontières, que nous les fermons sans scrupule. J’ai honte.*

  • Pour un jeune marocain, obtenir un simple visa touristique pour voyager en Europe est devenu si difficile, à moins d'être vraiment riche.

samedi 13 juin 2009

Scène de la vie gay au Maroc : dans l’express Marrakech Casablanca

Les récits des voyages de Madame Hervé.

Deux folles casablancaises, un jeune étudiant gay de Rabat, tendance métrosexuel, et un européen parisien montent dans l’express Marrakech-Casablanca dans un wagon de seconde classe. C’est la folle, Hamza, qui dirige le petit groupe. Il s’agit de trouver un compartiment vide pour s’en emparer et s’y sentir à l’aise, « entre nous ». Celui-ci conviendra très bien, il a été délaissé parce que l’air conditionné ne fonctionne pas. On s’y installe, en poussant quelques cris hystériques. « Chéries, super, on va être bien ! » Se félicite Hamza tandis qu’Omar (le métrosexuel) dépose sur la tablette une pile de journaux : Madame Figaro, deux magazines de mode masculine, un quotidien local et un vieux numéro de Têtu datant d’il y a quelques mois… Samir se dandine devant la porte du compartiment pour décourager les autres voyageurs de venir s’installer avec nous. Je m’installe dans le coin près de la fenêtre.

A l’arrêt suivant les mimiques et le gazouillement des folles n’impressionnent pas de nouveaux voyageurs. Une jeune femme voilée s’installe et se plonge aussitôt dans la lecture d’un livre pieux, son mari se place en face en lissant sa belle moustache, puis deux jeunes hommes plutôt mignons s’assoient à nos côtés, à notre grande satisfaction ! Hamza et Samir minaudent discrètement, Omar me fait un clin d’œil.

L’un des jeunes hommes demande si on peut lui prêter une revue… Hamza, décidément la plus délurée, lui met Têtu entre les mains. Le garçon commence à feuilleter tandis que nous nous retenons tous pour ne pas éclater de rire. Le pauvre ! Il se rend compte très vite que ce magazine n’est pas tout fait comme les autres : il tourne les pages, remue sur son siège et ne sait plus très bien dans quel sens il peut tenir la revue pour dissimuler les photos d’hommes en petite tenue. La jeune fille voilée, imperturbable ne décolle pas son nez de son livre, mais son mari fronce ses sourcils. Hamza, radieux, exulte ! Il est content de sa plaisanterie et fixe le garçon en souriant. Finalement, notre pauvre victime va bien vite remettre Têtu sur la pile de magazines et recommencer à respirer calmement. Son copain, plus embarrassé, sort dans le couloir pour griller une cigarette.

Cette scène me semble bien résumer la vie des gays au Maroc. Ils cherchent à exister, à coup de gentilles provocations, mais leur marge de manœuvre est assez limitée. Leur vie quotidienne est jalonnée de ces actes de bravoure, qui au bout du compte finissent par être éprouvants. Derrière cette gaîté, souvent exprimée en follitude, se dissimule une difficulté d’être soi même

Hamza le plus âgé, regrette de ne pas avoir pu, comme certains de ses amis, aller s’installer en France à l’époque où il était plus facile d’obtenir un visa. A un peu plus de trente ans, il se rend compte, que sans être riche, ni affranchi de l’emprise familiale, il lui est quasiment impossible d’envisager de vivre une simple vie de couple avec un autre garçon marocain. Quant à l’histoire avec un européen, il a déjà donné… Omar le plus jeune, étudiant brillant, vit avec sa famille et craint terriblement les réactions de son père. Son ordinateur portable est son plus fidèle compagnon, qui lui assure un accès magique au reste du monde. Il se dissimule derrière son allure « métrosexuelle », être branché ne veut pas forcément dire être homosexuel. Sa priorité est de réussir ses études, ensuite il verra bien. A défaut de partir en Europe, il compte s’installer à Casablanca pour respirer un peu et s’éloigner de son père ! Samir est le plus insouciant, ou le plus inconscient ? Il vit au jour le jour, multiplie les rencontres avec des européens rencontrés sur le Net, voyage avec eux, et profite au passage de leur style de vie. Il n’imagine pas que sa famille puisse découvrir sa double vie. Pourtant il dissimule dans sa chambre une valise soigneusement cadenassée dans laquelle il cache ses trésors : des revues gay, des sous vêtements sexys, sa réserve de préservatifs, une perruque, une trousse de maquillage... Il a toujours sur lui une clé USB qui contient ce qu’il a de plus précieux, toutes les photos qui témoignent de la réalité de sa vraie vie : ses amants, ses voyages et les soirées de déconnade avec ses amis, lorsqu’il porte sa perruque et se travestit !

Le voyage se déroule dans la bonne humeur, Hamza finira pas récupérer le numéro de téléphone du jeune homme, qui n’était donc pas si hostile ! Le temps d’un trajet, le compartiment s’est avéré être un petit espace de connivence et de confort. Au Maroc, la vie gay est ainsi faite, on multiplie les astuces pour exister, on s’accommode des mensonges en famille, on surveille les programmes des télés occidentales accessibles, on s’offre des week-ends à Marrakech ou à Casablanca, on cloisonne consciencieusement ses connaissances, pour cela on se ruine avec son téléphone portable. A défaut de pouvoir partir en Europe, on s’aménage des fuites.

jeudi 26 février 2009

Echos de Thailande : le succès d'une BD homosexuelle... auprès des filles !

Un article du petit journal.com édition de Bangkok.

Qui a dit qu’une BD érotique homosexuelle était forcément destinée à un public homosexuel ? En Thaïlande, le succès de la bande dessinée Yaoi, sagas homosexuelles érotiques japonaises, cache une réalité étonnante : le lectorat est essentiellement composé de filles !

Les BD Yaoi sont cataloguées dans le champ de la pornographie par les autorités thaïlandaises. Un certain nombre ne contiennent pas plus de 15 à 20 % de scènes sexuelles (photo Parida Panseenun).

Les BD "Y" ou YAOI connaissent aujourd'hui un grand succès auprès des jeunes filles en Thaïlande. Cette bande dessinée japonaise à tendance érotique explore sous la forme de feuilleton les relations amoureuses entre hommes. Elle dévoile aussi bien des moments romantiques forts, la construction et les drames de la vie de couple, que les rapports sexuels de ces messieurs. Le Yaoi est plus communément appelé ici "Cartoon Y". Bien entendu, compte tenu du caractère érotique de cette bande dessinée, considérée par les autorités thaïlandaises comme pornographique, la vente en est interdite dans le royaume.
Malgré - ou grâce - à cette interdiction de vendre et d’acheter les Cartoon Y, le nombre de lectrices augmente sans cesse, selon les vendeurs, qui sont souvent des libraires, qui les passent sous le manteau. La plupart des lectrices étant des étudiantes, des points de vente sauvages s’organisent aussi dans des endroits clés comme Siam Square, centre de rencontre de la jeunesse dorée de Bangkok, où on se les arrache. Les plus jeunes les achètent généralement en ligne ou par la poste.

La recherche de l'homme idéal

Il n’est pas rare de voir des jeunes filles lire des Yaoi deux à trois fois par jour, certaines pouvant en dévorer jusqu’à dix dans la même journée ! Une vraie drogue. "J’aime bien la BD homosexuelle car les illustrations sont très jolies et sont différentes des BD d’amour pour les filles, nous dit Pin, une étudiante de 22 ans. Je lis environ 10 exemplaires par jour, c’est une vraie passion. Je trouve beaucoup de jeunes qui aiment lire ce genre de choses et on échange nos avis sur des forums spéciaux". Jick, 21 ans, également à l’université, nous dit être attirée par les BD Yaoi pour les émotions qui se dégagent des histoires et par le côté interdit aussi. "Je lis les BD et romans homos dès que j’ai du temps libre, dit-elle. BD homo après mes cours et romans homo tous les week-ends. J’aime trop lire les BD homo car c’est très joli, plus que les autres BD. Il faut dire que je me repose en lisant ça. La raison principale est que ces histoires d’hommes sont hyper romantiques et je suis très curieuse de savoir comment ils s’aiment ou comment ils font l’amour. Et surtout la relation entre hommes est émouvante et touchante. Une autre raison est que les adultes nous interdisent de lire ces BD, cela me donne donc envie de les lire. Et puis une image de deux hommes faisant l’amour est plus belle que l’image de sites ou de films cochons".
En revanche, les premiers intéressés semblent rester plutôt froids devant les BD Yaoi. Amnade, jeune homosexuel de 21 ans, nous dit que "les homos ne lisent pas ce truc, ce sont des histoires pour filles, pas pour les gays".

Scorpion Queen est traductrice de BD Yaoi à mi-temps pendant ses études. "On travaille en ligne, dit-elle, mais ce n’est pas toujours facile de traduire car il y a beaucoup de mots érotiques que je ne connais pas. Cela me pousse à lire des BD Yaoi pour me familiariser avec l’usage des mots". D’après elle, "cette BD n’est pas prête de disparaître malgré la censure car beaucoup de lectrices thaïlandaises y trouvent l’homme idéal, très sentimental, même s’il s’agit d’une relation entre hommes". Elle ajoute que la plupart des écrivains de BD érotique homos, comme les traductrices, sont des femmes.
Autrement dit cette BD sur les relations amoureuses entre des hommes est réalisée par des femmes pour des femmes.

Enquête réalisée par Parida Panseenun (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) jeudi 26 février 2009

Un phénomène exacerbé par une culture puritaine et la censure

La censure exercée par les autorités semble ne pas apporter les résultats escomptés. Il semblerait même que ce soit la censure elle-même qui exacerbe le phénomène Yaoi ainsi que la pression sociale très puritaine en Thaïlande. M. Channarong Bonnoon, professeur de philosophie bouddhiste à l’université Silpakorn considère que la censure n’est pas efficace, il vaut mieux selon lui éduquer tout simplement les jeunes à la sexualité. Pour lui, le fait que les auteures soient des femmes n'est pas surprenant car elles sont animées par une grande curiosité vis-à-vis du monde de l’homme et elles projettent à travers l’homosexuel, une image de l’homme idéal. Elles satisfont par là des lectrices qui ont finalement très peu accès à la vie quotidienne et aux sentiments des hommes et ont souvent un important manque affectif à combler. Mademoiselle Sakoon Pakdeekam, professeure de philosophie féministe à l’université Silpakorn, estime que cette curiosité des filles vient d’une part de la censure gouvernementale qui fait de tout ce qui touche à la sexualité un tabou. Elle pointe d’autre part le fait que le cartoon Y dépeint l’homme et l’amour idéal tel qu’ils sont perçus par les lectrices : les garçons y sont toujours beaux, doux et gentils et les filles découvrent dans les histoires les contours d’une vie sentimentale à laquelle elles rêvent. Les censeurs estiment que les Yaoi sont dangereux pour les jeunes car ils inspirent des mauvais comportements surtout dans le sexe ou la violence. Le plus souvent, les BD Y ne contiennent pas plus de 15 à 20% de pages révélant des scènes de sexe, le reste portant davantage sur la vie quotidienne, les crises amoureuses et les moments plus romantiques de la vie de couple des hommes. P.P. (LPJ - 26/02/2009)

mardi 27 janvier 2009

Cadeau du nouvel an asiatique

Images rapportées de voyage.

Quelle est l'esthétique masculine exposée actuellement sur les murs de Bangkok ?

mardi 20 janvier 2009

Show en plein air

Le sens pratique allié à une grande liberté à Phuket Thaïlande

Depuis qu'il est interdit de fumer dans les clubs thaïlandais les clients ont pris la fâcheuse habitude de rester dehors... Surtout en ce moment où la température extérieure n'est pas trop chaude. Du coup, les shows sont donnés sur la chaussée, entre deux passages de voiture...

Imaginez l'été prochain, un spectacle de la Folle Académie donné dans la rue Au Maire, avec une sono tonitruante...

samedi 17 janvier 2009

Retrouvailles avec les folles thaïlandaises

Certains voyagent pour se reposer, d’autres pour visiter le maximum de sites, Madame Hervé voyage pour rencontrer les folles locales !

Les habitués de ce blog connaissent ma passion pour le pays du sourire. J’essaye d’y aller au moins une fois par an, et j’y ai quelques amis que je retrouve avec plaisir. J’essaye aussi d’en rencontrer de nouveaux…

Je me suis retrouvé un beau matin entraîné dans une excursion en mer d’une journée : vous savez, on vous vend un forfait alléchant, départ de votre hôtel, voyage en bateau, repas, animation… Les thaïs sont très fort pour vous concocter des formules bien gratinées : le bateau est en fait un « speed boat » (on ne voit pas le paysage et on est secoués tout le long du trajet), la plage paradisiaque promise reçoit une quinzaine de bateaux comme le votre, et l’arrêt pour nager en mer se fait dans une crique tout aussi envahie où vous allez pouvoir respirer à fond les vapeurs d’essence… La promiscuité avec ce flot de touristes du monde entier vous permet de méditer sur l’état de notre planète : par exemple, pourquoi tous ces occidentaux blancs de peau s’exposent-ils tant au soleil des tropiques, pour ensuite dépenser autant d’argent en crèmes anti-rides et autres traitements de rajeunissement (Au moins sur ce coup là les thaïs gagnent sur tous les tableaux : ils offrent à la fois le soleil et les soins esthétiques !).

Embarqué dans cette galère, j’ai heureusement eu une consolation. Le guide de la journée affecté à mon groupe était une folle. Pas juste un gay efféminé gentil, non, une démente, bourrée de manières sympas ! Cheveux longs, ongles bien faits avec l’indispensable sac à mains énorme sous le bras. Toute la journée il s’en est donné à cœur joie, d’autant plus qu’il m’avait repéré, puisque j’étais accompagné du seul thaï du groupe ! Et mon copain a commencé à parler avec lui, et ils ont rigolé comme des folles, pour finir, nous ne nous sommes plus quittés de la journée.

Juste avant de débarquer, notre guide s’est lancé dans un grand numéro de séduction pour nous souhaiter tout le bonheur du monde et attirer les plus gros pourboires possibles. Et il a alors sorti une tirade dont il connaissait sans doute parfaitement l’effet garanti : « Mesdames et messieurs veillez à ne rien oublier à bord… vos affaires, votre femme, votre mari, surtout vos maris ! Si toutefois, mesdames, certaines d’entre vous souhaitent abandonner leur mari, n’hésitez pas, je me ferai un plaisir de m’occuper d’eux ! » Et tous ces touristes rigolaient, plutôt gentiment, abasourdis par une provocation aussi naturelle et charmante.

Folles de Thaïlande, je vous aime !

dimanche 27 juillet 2008

Intimités en pays homophobe

Quartiers d'été de La Taulière (4)

Je vous disais donc, qu'en pays homophobe, les folles font tout pour être visibles. C'est une question de survie. Si à un moment vous ne vous dites pas que vous en avez rien à foutre de leur machisme, vous ne sortirez jamais de la mentalité mauvaise vivante. Mais ce n'est pas toujours si évident, et surtout cela exige de votre part une attention de tous les instants. Certes, avec les copines vous déconnez dans la rue, mais vous gardez un œil vigilant. Si une voiture de police passe, vous avez un sursaut de retenue. Et puis il y a sans arrêt ces regards qui se posent sur vous, vous ne savez jamais si l'insulte ne va pas surgir d'un coup et si la déconnade ne va pas dégénérer en bataille de rue.

C'est pourquoi de temps en temps, qu'est ce qu'il est bon de se retrouver chez soi, entre folles ! Et dans un pays pauvre, où l'on vit en famille, ce n'est pas si évident de se trouver de tels espaces privés pour déconner entre soi. Mais Samir, la plus folle de la bande, est aussi le plus riche, il a son appart, le luxe. Du coup on s' y retrouve. Et c'est du délire.On se branche sur Internet, et je leur montre le site de La Boîte à Frissons, en particulier les photos du dernier bal des travs. Samir disparait dans la chambre, et revient avec des foulards. En trois tours de mains, les voilà tous à moitié nus en train de se travelotter avec les moyens du bord. Je sors du gloss qui traine dans mon sac, Rida a du mascara, et c'est parti ! On danse sur de la variétoche orientale et c'est la surenchère pour provoquer une nouvelle crise de rire. Le tout est filmé et photographié grâce à ces formidables merveilles technologiques que sont les téléphones portables hich-tech (Samir en a un dernier cri !).

Tout à coup, Samir change de disque. Il annonce sa chanteuse favorite et se pose au milieu de la pièce dans son costume improbable en prenant une moue inspirée. Je n'arrive pas à y croire... mais les premières notes de musique ne laissent aucun doute : c'est Dalida ! Promis que je n'invente rien, la folle Samir, follissime, qui n'a jamais mis les pieds à Paris, est un fan de Dalida. N'allez pas me dire que c'est un hasard !

Folles de tous les pays, unies derrière Dalida !

Deux bouts de tissu et les voilà travestis !

samedi 26 juillet 2008

La mauvaise vivante

Quartiers d'été de La Taulière (3)

Les copains folles casablancaises m'ont fourni une expression très amusante et tellement vraie ! Connaissez-vous "La mauvaise vivante" ? C'est l'anti folle, le garçon raisonnable qui ne veut pas faire d'excés, ne pas déranger, ne pas faire de bruit, se coucher tôt parce qu'il travaille le lendemain, boire avec modération (ceci dit ici on ne boit pratiquement pas d'alcool), il gagne bien sa vie mais ne fait pas profiter ses copains de son argent, etc. Il va de soit qu'il ne se met jamais de rouge à lèvres et qu'il est très masculin.

La version jeune nous donne un brillant garçon, pas toujours sexy, qui vient d'entrer dans un cabinet (d'avocat, de consulting, de communication d'entreprise, voire en plus osé, de design industriel), et qui donne la priorité à sa carrière. La version plus vieille est un homme mur, la cinquantaine plutôt bien conservé, qui sort avec un jeune, tout en continuant à vouloir se coucher tôt.

Dans une bande de folles il y a forcément un ou deux spécimens de ce genre là, et ils sont les souffres douleurs favoris : dès qu'ils rentrent se coucher (tôt parce qu'ils travaillent le lendemain...) on s'en donne à coeur joie pour déblatérer sur leur dos.

Moi j'ai bien compris la leçon, en vieillissant il faut lutter contre toute la mauvaise vivante qu'il y a en moi, et donc me remettre à boire du café le soir...

jeudi 24 juillet 2008

Les folles de casa

Quartiers d'été de La Taulière (2)

Sur ma terrasse face à la ville qui se réveille, tandis que mon mari dort encore, je lis le bouquin de Jean-Yves Le Talec, "Folles de France, repenser l'homosexualité masculine". Drôle de coincidence, puisqu'ici à Casablanca mes meilleurs amis sont justement des folles ! Des vraies comme il n'en existe pratiquement plus à Paris.

Dans les sociétés les moins permissives, les homos se planquent et s'arrangent pour passer inaperçus. C'est alors que surgit la folle : l'homo dans toute sa splendeur, qui loin de se cacher, vous explose à la gueule. Il choisit d'accentuer toute la féminité qui est en lui, et la retourne contre l'agresseur hétérosexuel. Et vas-y que je tortille du cul, que je sens bon, que j'ai plein de bagouzes, que mes fringues me sculptent et que je pue le sexe ! Et moi au moins je suis drôle, je suis comme je suis et je vous emmerde ! Et la folle va conquérir la société, elle part en guerre contre la connerie, revendique son droit à la différence, et finit par gagner la bataille : le tapis rainbow de la reconnaissance se déroule enfin. Le gay va pouvoir exister, et c'est à partir de ce moment là qu'il va préciser dans ses annonces de drague : "folles s'abstenir". Car le gay préfère la virilité, vous savez, celle qui vous rend invisible et inodore.

A Casa, la folle s'en donne à coeur joie ! Si on grimpe dans un taxi ce sera la provoc avec le chauffeur, on va minauder, soupirer, le faire rire, et au bout du compte obtenir avant la fin de la course son numéro de téléphone. Dans la rue, à condition tout de même d'être en bande, cela mate sec, et piaille ! Pas question d'être discrets. Comme en plus ici les hommes peuvent se prendre par la main, on en rajoute dans les accolades démonstratives. Et à chaque fois que le groupe croise une copine, c'est un débordement d'embrassades bruyantes.

Tout cette explosion de follitude se déroule tout de même sous la contrainte d'une société pas très souple. On croise des regards lourds, on entend des insultes, on frole parfois l'incident : quand ce conducteur de voiture, mignon comme un coeur, quitte le volant pour vous casser la gueule parce qu'il croit que vos cris étaient destinés à sa femme, il est délicat de lui expliquer qu'il était l'unique cible de ces avances ! On s'étonne soi même d'un geste tout de même trop déplacé en public, comme embrasser son copain sur la bouche. Encouragées par la bonne humeur communicative du groupe, les folles ne sont pas inconscientes, mais courageuses.

Je repense aux folles de Thaïlande, encore plus exubérantes, mais qui elles, évoluent dans un pays si permissif, qu'à côté des casablancaises, elles font figure de bourgeoises ! Et je dois redescendre sur terre lorsque lors d'un moment plus calme, Rida me confie qu'il rêve de venir vivre à Paris : "Je n'y suis allé qu'une fois mais je sais que là bas je pourrai y vivre ma sexualité vraiment libre." J'essaye de lui expliquer qu'il aura d'autres soucis, et qu'il perdra bien des côtés agréables de sa vie ici, mais rien n'y fait. Il quitterait ses copains, sa famille, rien que pour vivre plus librement son homosexualité. Dois-je alors retrouver un peu d'optimisme avec Habib, qui a mon âge, et n'est plus une folle, il observe ses plus jeunes compatriotes avec admiration : "même au Maroc les choses ont beaucoup évolué, crois moi, on voit des choses aujourd'hui que je n'aurai jamais imaginé voir, c'est plus facile pour nous, et cela va continuer de bouger dans le bon sens... "

Quoiqu'il advienne, les gays marocains peuvent remercier leurs folles !

mardi 22 juillet 2008

La terrasse balnéaire de Mme Hervé

Quartiers d'été de La Taulière (1)

Ne fantasmez pas sur les vacances de Mme Hervé. Je ne possède nulle résidence secondaire et en voyage je suis plus sédentaire que mobile. Cette année, mon quartier d'été est à Casablanca. Cette ville, ignorée des touristes, est grande, bruyante, déglinguée. Il n'y a cependant pas mieux pour goûter à la dolce-vita marocaine. En particulier, il existe ici une vraie vie gay locale, certes un peu underground, mais dans son genre, flamboyante ! Rien à voir avec le bling bling occidentalo-centré-marchand de Marrakech ou d'Agadir.

Je m'installe dans un appartement prêté par un ami marocain rencontré jadis grâce à mes bonnes oeuvres envers l'association locale de lutte contre le sida. L'immeuble date des années 30, il est beau et très bien conçu, comme beaucoup d'autres bâtisses de l'ancien centre ville : derrière les apparences des façades peu entretenues se camoufle une superbe architecture coloniale Art-Déco.

En vacances certains aiment avoir la vue sur la mer, moi j'ai vue sur la ville ! J'ai une terrasse, au septième étage, qui surplombe toute la ville (ici il y a au moins trois villes : l'ancienne médina, le centre ville de l'époque coloniale où je suis, et le centre ville moderne dans la partie européenne post-coloniale, aujourd'hui la plus chic-chiante avec ses grandes enseignes de fringues que l'on retrouve partout dans le monde).

Et comme je passe la plupart de mes journées à l'appartement (ben oui c'est ma villa de vacances, je bouquine, j'écoute de la musique, j'écris, je reçois les amis), j'ai toute la vie de la grande ville à mes pieds. La rumeur automobile gronde, inlassablement ponctuée de coups de klaxons hystériques. Et je peux, sans sortir, respirer sur ma terrasse le grand air du large en méditant sur la fragilité des civilisations.

Dans ce fatras humain, je me ressource. Car plus que le décor, plus que le climat, au demeurant très agréable à Casa, plus que les attractions historico-culturelles, ce qui m'intéresse dans les voyages, c'est de rencontrer des amis et de vivre un peu de temps auprès d'eux. (A suivre...)

La vue rêvée de ma station balnéaire.



vendredi 20 juin 2008

Des toilettes pour travestis dans un lycée de la campagne thaïlandaise

Puisque La Taulière vous le dit : la Thaïlande est un pays formidable !

Par Ambika Ahuja - AP - BANGKOK - Un lycée de la Thaïlande rurale vient d'inaugurer des toilettes pour travestis, réservés aux jeunes garçons qui viennent en cours habillés en filles.

L'établissement Kampang (province de Sisaket, dans le nord-est de la Thaïlande) avait en effet réalisé une étude au dernier trimestre montrant que plus de 200 des 2.600 élèves se considéraient comme "transgenre", explique son directeur, Sitisak Sumontha.

Au retour des vacances en mai, l'établissement a donc dévoilé de nouvelles toilettes unisexes, portant comme symbole une silhouette coupée en deux, pour moitié un homme dessiné en bleu, pour l'autre une femme en rouge. Il est indiqué en-dessous "toilettes pour travestis".

Une nouveauté saluée par trois étudiants, venus se repoudrer le nez et s'épiler les sourcils au passage. "Ca me fait tellement plaisir", confie Vichai Sangsakul, qui porte une petite coupe courte ébouriffée agrémentée d'une barrette rose. "Cela fait mauvais genre d'aller dans les toilettes des filles. Que penseraient les gens?", a-t-il expliqué sur la nouvelle chaîne thaïlandaise PBS.

Si les régions rurales de Thaïlande restent très conservatrices sur bien des points, l'initiative du lycée Kampang reflète un autre aspect de la société thaï: sa tolérance vis-à-vis de la très visible communauté transgenre, qui regroupe travestis, transexuels ou hermaphrodites.

"Ces étudiants pourront aller aux toilettes tranquillement sans avoir peur qu'on les regarde, qu'on se moque d'eux ou qu'on les pelote", souligne le directeur de l'établissement. Les "katoey", nom thaïlandais des transgenres, qui choisissaient les toilettes pour filles mettaient mal à l'aise certaines élèves et ceux qui allaient chez les garçons se faisaient souvent harceler ou agresser, explique-t-il.

Les élèves "n'ont pas de problèmes avec les travestis mais aller dans les mêmes endroits privés, comme des toilettes, les rend mal à l'aise", dit-il. "Même si les jeunes travestis se comportent de façon encore plus féminine que les jeunes filles, leur anatomie reste celle d'un garçon".

Pour lui, ce concept des toilettes pour travestis répond à un besoin croissant dans les établissements scolaires et universités thaïlandaises.

Kampang n'est pas le premier établissement à installer de telles toilettes, même si son directeur pense qu'il s'agit d'une première dans le secondaire. En 2003, un institut technique de 1.500 étudiants de la province de Chiang Mai avait installé des petits coins du "Lotus rose" pour ses 15 élèves travestis.

Et le ministère de l'Education a récemment annoncé un recensement du nombre d'étudiants transgenres dans les universités du pays afin d'envisager des toilettes ou des dortoirs séparés.

Les "katoey" apparaissent régulièrement à la télévision dans les séries, et dans tout Bangkok, travaillent dans les grands magasins au rayon produits de beauté, dans les restaurants à la mode, dans des bureaux, mais aussi dans le milieu de la prostitution. La Thaïlande organise également des concours de beauté transgenre.
AP

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